Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Les fêtes de décembre et janvier
La galette des rois perpétue un jeu très ancien : tirer au sort un roi d’un jour grâce à une fève cachée dans un gâteau. Les Romains le pratiquaient pendant les Saturnales, et les chrétiens l’ont transporté à l’Épiphanie, la fête du 6 janvier.
Une couronne de papier doré, le plus jeune caché sous la table pour distribuer les parts, une fève qu’on cherche du bout de la fourchette : le rituel se joue presque à l’identique d’une maison à l’autre. Le gâteau, lui, change selon la région, et son histoire est pleine de querelles de métiers, de famines et de révolutions.
L’Épiphanie est une fête chrétienne venue d’Orient, fixée au 6 janvier, dont le nom veut dire manifestation. Selon la page que l’Église catholique en France consacre à la fête de l’Épiphanie, elle célébrait d’abord, en Orient, le baptême du Christ au Jourdain plus que les épisodes de son enfance, tandis qu’en Occident « elle est surtout la fête des Mages ou des « Rois » ».
En France, le 6 janvier n’est pas un jour férié. L’Église catholique célèbre donc la fête le dimanche qui l’entoure : « là où ce jour n’est pas férié, la célébration de cette fête est fixée au dimanche le plus proche du 6 janvier ». C’est pourquoi la galette se partage si souvent un dimanche de début janvier.
L’Épiphanie ferme les douze jours de Noël, ouverts le 25 décembre. Pour l’Église arménienne, le 6 janvier reste même le jour de Noël, comme l’explique notre article quand fête-t-on Noël dans le monde. Le récit des Mages, venu de l’Évangile de Matthieu, a donné son nom à la fête des Rois ; la galette, elle, vient d’ailleurs.
Désigner un roi par le sort, grâce à un objet caché dans une part de gâteau, remonte à l’Antiquité. La Bibliothèque nationale de France, dans un billet du blog Gallica sur la galette, rappelle que pendant les Saturnales de la fin décembre, maîtres et esclaves mangeaient à la même table, et qu’un esclave devenait « roi d’un jour », Saturnalicius princeps, s’il trouvait dans sa part une fève ou un petit objet. Pour une journée, il pouvait exaucer tous ses désirs.
Les chrétiens ont transporté la coutume vers l’Épiphanie, et le Moyen Âge l’a conservée. « C’est durant le quatorzième siècle que se répand la coutume du gâteau des rois et la coutume du « roi boit ». » Le gâteau est alors coupé en autant de parts que d’invités, plus une, la part de Dieu ou part de la Vierge, généralement donnée à un pauvre. Et celui qui tire la fève doit offrir une tournée à toute l’assemblée.
La Provence revendique l’un des plus anciens témoignages. Selon l’office de tourisme Destination Luberon, l’origine du gâteau des rois provençal remonterait à la papauté d’Avignon, et un premier tirage des rois est attesté à la fin du XIVe siècle au couvent des Dominicains.
La galette des boulangers est née d’une querelle de métiers, si l’on suit la BnF. Au XVIe siècle, boulangers et pâtissiers se disputent le monopole du gâteau des rois, et François Ier tranche en faveur des pâtissiers. Les boulangers contournent l’interdiction en vendant non plus des gâteaux, mais des galettes.
En 1711, une famine dévastatrice frappe le royaume, et le Parlement proscrit la galette pour réserver la farine au pain. Sous la Révolution, élire un roi, même d’un jour, n’est plus de saison : la fête reste appréciée, mais le gâteau devient « galette de la liberté » ou « de l’égalité », sans fève, sans roi et sans couronne.
La galette des boulangers est née d’une querelle de métiers, si l’on suit la BnF.
Une autre coutume a longtemps tenu : depuis le XVIIe siècle, les boulangers offraient la galette à leurs clients. Juste avant la Première Guerre mondiale, ils s’en plaignent, parce que cette gratuité fait baisser leurs ventes de pain et leur coûte trop cher. L’usage disparaît avec la guerre.
Deux gâteaux se partagent la France. Au nord, la galette était d’abord une pâte feuilletée simplement dorée au four et servie avec des confitures, la « galette sèche » ; elle s’est garnie ensuite de frangipane, notamment sous l’impulsion de Louis XIV, qui ne dédaignait pas de se prêter au jeu. Au sud, le gâteau des rois est une couronne briochée à la fleur d’oranger, couverte de fruits confits censés figurer les joyaux de la couronne.
| Galette des rois | Gâteau des rois | |
|---|---|---|
| Pâte | Feuilletée | Brioche levée |
| Garniture | Frangipane (crème d’amande) | Sans crème, parfumée à la fleur d’oranger |
| Forme | Disque plat, doré au four | Couronne décorée de fruits confits et de sucre |
| Où | Nord et ouest de la France | Provence et tout le sud |
En Provence, écrit l’office de tourisme du Luberon, « le gâteau des rois est une brioche parfumée à la fleur d’oranger ». On y glisse souvent, avec la fève, un petit sujet en céramique, parfois un santon : la fève désigne le roi, le sujet revient à la reine. Le même jour, les santons des Rois mages rejoignent l’enfant Jésus dans les crèches provençales, et le gâteau referme un cycle ouvert à la veillée par les treize desserts de Provence.
Ailleurs, les variantes abondent : à Dunkerque, une galette beurrée proche de la tropézienne ; à Bordeaux, la couronne bordelaise ; dans le Loiret, le pithiviers.
Le rituel obéit à quelques règles que la tradition a peu changées. On coupe autant de parts que de convives, parfois une de plus pour le pauvre. Le plus jeune se cache sous la table et désigne à qui revient chaque part, pour que le hasard reste le seul juge.
La chanson qu’on fredonne en partageant la galette a une date précise. « J’aime la galette, savez-vous comment ? » vient d’une pièce de théâtre, La Mansarde des artistes, et se chante en tirant les rois depuis 1824, selon Gallica. Le peintre Jan Steen, lui, a fixé le jour des rois dans une scène de fête et de libation.
À l’origine, la fève était un légume, un simple haricot. Comme celui qui la trouvait devait payer la tournée, des convives peu scrupuleux l’avalaient discrètement. On l’a donc remplacée par un objet dur, plus difficile à escamoter.
Vers 1870 arrivent les fèves en porcelaine, de Saxe puis de Limoges, selon la BnF : d’abord des poupons, signes de fécondité, puis des porte-bonheur, des animaux, des personnages. Les premières fèves en plastique apparaissent en 1960. Leurs collectionneurs portent un nom savant, les fabophiles.
Les dates varient d’une source à l’autre. Au musée de la fève de Blain, en Loire-Atlantique, dont la radio ICI a présenté la collection, l’hôtesse retient cette chronologie : « il y a eu la fève en porcelaine entre les années 1890 et 1930 », puis la fève en plastique dans les années 1950 et 1960, la fève en métal doré ou en pâte de verre dans les années 1990, avant que la céramique ne domine. Deux décennies séparent la BnF et le musée pour l’arrivée de la porcelaine : l’histoire des petits objets se date moins bien que celle des rois.
La République a gardé la galette et supprimé le roi. Chaque année, le président reçoit à l’Élysée les meilleurs boulangers et pâtissiers de France pour la cérémonie de la galette de l’Épiphanie, mais cette galette géante ne contient jamais de fève, et personne n’y est couronné. L’Institut national de l’audiovisuel fait remonter l’usage à 1975, quand Valéry Giscard d’Estaing rétablit la tradition : « Décision fut prise par le pâtissier de l’Élysée de ne pas y placer de fève. »
Nicolas Sarkozy l’expliquait en 2010 : « Il n'y en a pas (de fève), car on ne saurait désigner un roi au sein de la présidence de la République ». La galette de l’Élysée rejoint ainsi la galette de l’égalité des révolutionnaires. La règle a pourtant connu une entorse : en 1990, rapportait le journal de TF1, des artisans soucieux de se faire bien voir avaient glissé dans le gâteau de François Mitterrand beaucoup de fèves et beaucoup de couronnes, en espérant que le président tomberait dessus.
Parce que l’Épiphanie, fête chrétienne du 6 janvier, a recueilli un jeu plus ancien : tirer au sort un roi d’un jour grâce à une fève cachée dans un gâteau, comme les Romains le faisaient pendant les Saturnales. En Occident, l’Épiphanie est devenue la fête des Mages, ou des Rois, d’où le nom du gâteau. La coutume du gâteau des rois se répand au XIVe siècle.
La galette des rois, surtout présente dans le nord et l’ouest de la France, est un disque de pâte feuilletée garni de frangipane. Le gâteau des rois, traditionnel en Provence et dans le sud, est une couronne de brioche parfumée à la fleur d’oranger et décorée de fruits confits, qui figurent les joyaux de la couronne.
Pour que la distribution des parts soit laissée au hasard. Caché sous la table, le plus jeune convive ne voit pas où se trouve la fève et désigne à qui revient chaque part. Le rituel est décrit aussi bien par la BnF que par les usages provençaux.
Il devient roi, ou reine, porte la couronne et choisit sa reine ou son roi. Au Moyen Âge, il devait offrir une tournée à l’assemblée ; en Provence, l’usage veut qu’il offre le prochain gâteau des rois.
Parce qu’on ne couronne pas de roi, même pour rire, à la présidence de la République. Quand Valéry Giscard d’Estaing a rétabli la galette à l’Élysée en 1975, le pâtissier a décidé de ne pas y mettre de fève, et l’usage s’est maintenu depuis.
Le magazine
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