Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Les fêtes de décembre et janvier
Les douze jours de Noël ne précèdent pas la fête : ils la suivent. Ils vont du 25 décembre à la veille de l’Épiphanie, le 5 janvier au soir, ou jusqu’au 6 janvier selon la façon de compter, et forment depuis au moins le VIe siècle une suite de jours de fête que l’Angleterre a appelée Christmastide.
Les douze jours de Noël commencent le jour de Noël lui-même et s’achèvent avec l’Épiphanie. La Folger Shakespeare Library définit la Twelfth Night, la douzième nuit, comme « the final night in the celebration of the Twelve days of Christmas », celle qui marque la fin de la saison de Noël. Dans l’Angleterre élisabéthaine, l’Épiphanie tombant le 6 janvier, cette dernière nuit était celle du 5.
Chaque jour de la période compte comme un jour de fête, et c’est d’abord ce qui la définit. Dans l’Angleterre rurale, elle suspendait presque tout travail des champs ; partout, elle rythmait les repas, les visites et le moment où l’on rangeait la verdure de Noël. La période a laissé des traces dans toute l’Europe, des gâteaux à fève de l’Épiphanie aux nuits masquées des Alpes.
Compter douze jours à partir du 25 décembre mène au 5 janvier ; compter douze nuits mène à la nuit du 5 au 6, veille de l’Épiphanie. Les deux usages coexistent, et les sources elles-mêmes flottent : le Smithsonian Magazine fait finir les douze jours le 5 janvier, « Twelfth Day », tout en l’assimilant à la fête de l’Épiphanie, qui tombe pourtant le 6. Retenez que la période s’achève avec l’Épiphanie, la veille au soir ou le jour même selon les traditions.
Le compte se décale pour les Églises qui suivent le calendrier julien et fêtent Noël le 7 janvier, dont notre article sur le Noël orthodoxe explique la date. La liturgie catholique, de son côté, prolonge la saison bien au-delà du 6 janvier.
On lit souvent que le concile de Tours, en 567, aurait proclamé les douze jours de Noël ; le texte dit quelque chose de plus modeste, et de plus intéressant. Roger Pearse, qui travaille sur les textes chrétiens anciens, a vérifié les canons dans l’édition des actes conciliaires de Jean Hardouin, parue en 1714. Le canon souvent cité, le onzième, n’a rien à voir avec la question ; le passage utile est le canon 17, qui règle les jeûnes des moines.
Ce canon impose aux moines un jeûne quotidien en décembre jusqu’à Noël, puis le lève pour la période suivante, avec cette justification :
Et quia inter natale Domini & epiphania omni die festivitates sunt, itemque prandebunt.
Autrement dit : parce qu’entre Noël et l’Épiphanie chaque jour est une fête, les moines prendront leur repas de midi. Le concile ne crée donc pas la période, il la constate, et en tire une règle de jeûne pour les monastères. Il en excepte trois jours au début de janvier, réservés à des litanies destinées à contrer les usages païens des calendes, et fixe la messe du 1er janvier, fête de la Circoncision.
Dans le calendrier catholique, les huit premiers jours forment l’octave de Noël, du 25 décembre au 1er janvier, et plusieurs fêtes s’y succèdent. Le calendrier liturgique de l’AELF, l’association épiscopale qui publie les textes de la liturgie en français, les place ainsi :
| Date | Fête |
|---|---|
| 25 décembre | Nativité du Seigneur |
| 26 décembre | Saint Étienne, premier martyr |
| 27 décembre | Saint Jean, apôtre et évangéliste |
| 28 décembre | Les saints Innocents, martyrs |
| Un dimanche de l’octave | La Sainte Famille |
| 1er janvier | Sainte Marie, Mère de Dieu, jour octave de Noël |
| 6 janvier | Épiphanie du Seigneur |
La saison liturgique, elle, déborde les douze jours. Le site Liturgie & Sacrements de l’Église catholique en France cite les normes universelles de l’année liturgique : « Le temps de Noël s’étend des premières Vêpres de Noël jusqu’au dimanche après l’Épiphanie, ou après le 6 janvier ». C’est la fête du Baptême du Seigneur, célébrée ce dimanche-là, qui clôt le cycle.
Au milieu de l’octave tombe aussi la Saint-Sylvestre, le 31 décembre, dont les coutumes font l’objet de notre article sur les traditions du Nouvel An dans le monde.
En Angleterre, la douzième nuit était le point d’orgue des fêtes, une soirée de désordre permis. La Folger Shakespeare Library la décrit comme la frontière entre la saison festive et le monde du travail, et y rattache la comédie de Shakespeare Twelfth Night, or What You Will, pleine de travestissements, de festins et de confusions. La bibliothèque juge possible, sans pouvoir l’affirmer, qu’Élisabeth Ire ait commandé la pièce pour ses fêtes de janvier 1601 ; la première représentation publique connue date du 2 février 1602, au Middle Temple Hall de Londres, jour de la Chandeleur.
La soirée avait son gâteau, et il ressemble beaucoup au nôtre. En présentant sa recette de Twelfth Night cake, la Folger explique que ceux qui trouvent les fèves séchées ou les petits objets cachés dans leur part sont couronnés « Twelfth Night Kings », distribuent des cadeaux aux enfants et choisissent chants et jeux. La parenté avec la galette des rois et sa fève saute aux yeux, même si chaque pays a gardé sa pâtisserie.
Dans l’espace alpin, les nuits entre Noël et l’Épiphanie avaient leur propre personnage, la Perchta. L’office de tourisme du Tyrol la présente comme une figure légendaire liée à l’Épiphanie, mentionnée dès la fin du Moyen Âge, dont les légendes mêlent éléments chrétiens et non chrétiens. Pendant les nuits du 25 décembre au 6 janvier, de nombreuses coutumes voulaient que l’on porte des masques et que l’on se déguise.
Le masque offrait, une fois l’an, la liberté de mal se conduire sans être puni : voler de la nourriture ou boire plus que de raison, précise la même source. Ces nuits, que l’on appelle Rauhnächte dans une partie de l’espace germanique, finissent avec l’Épiphanie, comme en Italie, où la Befana passe la nuit qui précède l’Épiphanie : notre article sur Noël en Italie raconte cette vieille femme qui clôt les fêtes.
La fin des douze jours est le moment traditionnel pour ranger la verdure de Noël, mais deux usages s’opposent depuis longtemps. Roger Pearse les a retrouvés tous les deux. Un manuel de réception de 1892, The Art of Entertaining de Mary Sherwood, exige que tout soit ôté avant la douzième nuit ; un auteur anglais de 1847, George Soane, rapporte au contraire la croyance selon laquelle le romarin, le laurier, le lierre, le houx et le gui des maisons devaient être décrochés à la Chandeleur, le 2 février, sans laisser une branche ni même une feuille.
Vous pouvez ranger votre sapin à l’Épiphanie ou garder la verdure jusqu’à la Chandeleur : les deux dates ont leurs partisans depuis des siècles.
Le même Soane évoque Thomas Tusser, auteur en 1557 d’un poème didactique sur l’agriculture, Five Hundred Points of Good Husbandry, qui défendait la douzième nuit parce qu’il voulait voir les ouvriers reprendre le travail. Une édition annotée de 1812 note qu’en Angleterre presque aucun travail des champs ne se faisait avant la fin des fêtes : festins et visites remplissaient la période, puis le Plough Monday, premier lundi qui suivait, rappelait les laboureurs à la charrue.
Aucune règle ne tranche. Vous pouvez ranger votre sapin à l’Épiphanie ou garder la verdure jusqu’à la Chandeleur : les deux dates ont leurs partisans depuis des siècles.
La chanson anglaise qui énumère les cadeaux offerts chaque jour par un amoureux est d’abord une comptine sans musique, imprimée en 1780. Le Smithsonian Magazine rappelle que sa plus ancienne version imprimée connue figure dans Mirth Without Mischief, un livre pour enfants, sous la forme d’un poème cumulatif : chaque couplet reprend tous les précédents. Sa mélodie actuelle ne date que du début du XXe siècle, adaptée par le compositeur Frederic Austin à partir d’un air traditionnel.
Son origine exacte reste inconnue. Des auteurs cités par le magazine y voient un jeu de mémoire et de gages pour la douzième nuit : le meneur récite un couplet, chacun le répète, le meneur en ajoute un autre en accélérant, et celui qui se trompe sort du cercle. Il existe aussi un poème écossais très proche, The Yule Days, et une origine française est parfois avancée.
Une théorie répandue veut que la chanson ait servi à enseigner en secret le catéchisme aux enfants catholiques anglais. Le Smithsonian la juge très improbable : elle n’apparaît que dans les années 1990, aucun document ne l’étaye, et les notions qu’elle prétend coder étaient communes à toutes les confessions chrétiennes.
Depuis 1984, une banque américaine chiffre chaque année les cadeaux de la chanson, par jeu. Le Christmas Price Index de PNC additionne le prix de la perdrix et de son poirier, des tourterelles, des anneaux d’or, des danseuses et des tambours. Dans son édition publiée en novembre 2025, les douze cadeaux coûtaient 51 476,12 dollars, soit 4,5 % de plus que l’année précédente, la plus forte hausse venant des cinq anneaux d’or.
En comptant chaque répétition des couplets, soit 364 cadeaux, la facture montait à 218 542,98 dollars. La banque présente elle-même son indice comme une version légère de l’indice officiel des prix à la consommation. Le clin d’œil montre surtout combien la comptine de 1780, et avec elle l’idée d’une fête qui dure douze jours, reste vivante.
Ils commencent le 25 décembre et s’achèvent avec l’Épiphanie. En comptant les jours, on arrive au 5 janvier ; en comptant les nuits, à la nuit du 5 au 6 janvier, la Twelfth Night anglaise. La liturgie catholique prolonge la saison de Noël jusqu’au dimanche qui suit l’Épiphanie, fête du Baptême du Seigneur.
Parce que douze jours séparent Noël de l’Épiphanie, et que chacun d’eux était considéré comme un jour de fête. Le second concile de Tours, en 567, le constate déjà dans son canon 17 : entre Noël et l’Épiphanie, chaque jour est une fête, si bien que les moines n’y jeûnent pas. L’Angleterre a donné à cette période le nom de Christmastide.
Aucune règle ne l’impose. Deux traditions anciennes coexistent : tout ranger à la fin des douze jours, autour de l’Épiphanie, ou garder la verdure jusqu’à la Chandeleur, le 2 février. Des textes anglais du XIXe siècle défendent l’une ou l’autre date.
Sa plus ancienne version imprimée connue date de 1780, dans le livre pour enfants Mirth Without Mischief, sous forme de comptine sans musique. Elle servait peut-être de jeu de mémoire et de gages pour la douzième nuit. Sa mélodie actuelle a été adaptée au début du XXe siècle par Frederic Austin.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.
Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.
Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Sylvestre, douze jours de Noël, Épiphanie.