Aller au contenu

D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Feu d'artifice aux gerbes bleues et blanches qui éclatent dans le ciel nocturne

Les fêtes de décembre et janvier

La Saint-Sylvestre : traditions du monde

Pourquoi le dernier soir de l’année porte-t-il le nom d’un pape ? Parce que Sylvestre Ier, évêque de Rome au temps de Constantin, a été inhumé un 31 décembre, et que l’Église l’a fêté ce jour-là dès le IVe siècle.

  • 7 chapitres
  • 4 sources citées
  • 4 questions en fin de page

Autour de ce nom, chaque pays a construit sa façon de passer minuit : douze raisins en Espagne, cent huit coups de cloche au Japon, un premier visiteur porteur de présents en Écosse, du métal fondu versé dans l’eau en Allemagne. Ces rituels ont l’air immémoriaux. Certains sont pourtant récents, et leur histoire, quand on la reprend source en main, réserve des surprises. Voici d’où ils viennent.

01

Pourquoi le 31 décembre s’appelle la Saint-Sylvestre

Le 31 décembre ne commémore donc pas un exploit : il garde la trace d’une date d’inhumation notée à Rome au IVe siècle.

Le 31 décembre porte le nom du pape Sylvestre Ier, qui dirige l’Église de Rome de 314 à 335. L’article que lui consacre la Catholic Encyclopedia donne sa date de mort, le 31 décembre 335, et explique l’origine de la fête : son nom figure au 31 décembre dans la Depositio episcoporum, la liste des jours d’inhumation des évêques de Rome, une liste « compiled barely a year after his death ». La même date apparaît dans le calendrier de Philocalus. Ce jour est donc, conclut l’encyclopédie, celui de ses funérailles.

On sait en réalité peu de chose de son pontificat, qui coïncide pourtant avec l’époque où, sous Constantin, la situation publique de l’Église change du tout au tout. Le Liber pontificalis le dit fils d’un Romain nommé Rufinus ; il occupe le siège de Rome vingt et un ans, et l’on associe à son nom la fondation de l’école de chant romaine. Sylvestre fait bâtir une église funéraire au-dessus de la catacombe de Priscilla, sur la via Salaria, et c’est là qu’il est enterré. Les récits les plus célèbres à son sujet, comme la guérison et le baptême de l’empereur Constantin par le pape, sont qualifiés d’entièrement légendaires par la même encyclopédie. Le 31 décembre ne commémore donc pas un exploit : il garde la trace d’une date d’inhumation notée à Rome au IVe siècle.

02

Le 1er janvier n’a pas toujours ouvert l’année

Célébrer le changement d’année dans la nuit du 31 décembre suppose que l’année commence le 1er janvier, ce qui n’a pas toujours été le cas. Le guide de datation des documents anciens de l’université de Nottingham rappelle qu’outre-Manche, l’année commençait officiellement le 25 mars, jour de l’Annonciation, appelé Lady Day. Le même guide retrace la réforme du calendrier : en 1582, le pape Grégoire XIII fait succéder le 15 octobre au 4 octobre pour corriger les dix jours de trop accumulés par le calendrier julien.

La France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal adoptent le nouveau calendrier dès 1582 ; la Grande-Bretagne attend 1752, et doit alors effacer onze jours : le 2 septembre 1752 est immédiatement suivi du 14 septembre. La Russie ne passe au calendrier grégorien qu’en 1917, la Grèce en 1923. C’est pourquoi certaines fêtes gardent aujourd’hui deux dates, comme le montre le Noël orthodoxe fêté en janvier.

L’Écosse en offre un exemple frappant. À Burghead, dans le Moray, le Nouvel An se fête le 11 janvier, sous le nom de vieil Hogmanay : un tonneau de bois enflammé est porté à travers la ville, puis déposé sur une colline voisine où il brûle jusqu’au lendemain. L’écart de onze jours avec le 31 décembre rappelle celui que la Grande-Bretagne a effacé en 1752 ; le lien paraît probable, sans que la source touristique qui décrit la fête l’établisse.

03

Espagne : douze raisins sur les douze coups de minuit

En Espagne, on avale un grain de raisin à chaque coup de minuit, douze en tout, un pour chacun des mois qui viennent. La coutume paraît ancestrale ; elle date en réalité de la fin du XIXe siècle, et elle est née d’une moquerie. Le quotidien elDiario.es en retrace l’histoire : en 1882, le maire de Madrid, José Abascal y Carredano, frappe d’une amende de cinq pesetas quiconque ferait des excès la veille des Rois, le 5 janvier, nuit de tapage dans la capitale.

Une partie des classes populaires réplique en déplaçant sa fête au 31 décembre, pour se moquer de la haute société madrilène, qui avait emprunté à la France et à l’Allemagne l’habitude de finir l’année par un dîner élégant où l’on servait des raisins. « El primer registro escrito que menciona la costumbre de las doce uvas data de 1895 », précise le journal. En 1897, la presse parle déjà d’une « costumbre madrileña », et en 1903 on mange les raisins jusqu’à Santa Cruz de Tenerife.

L’essor définitif date de 1909, selon la version la plus répandue : les viticulteurs du Bajo Vinalopó, dans la région d’Alicante, se retrouvent avec une récolte excédentaire et s’entendent avec le gouvernement et les commerçants pour pousser la vente de raisins. La télévision fait le reste : en 1962, la radio-télévision publique espagnole décide de retransmettre en direct les coups de minuit depuis la Puerta del Sol. Un détail que beaucoup ignorent, note elDiario.es : les douze coups ne marquent pas les douze dernières secondes de l’année, mais les douze premières de la suivante. La boule de laiton qui annonce les coups, sur l’horloge de la place, est montée chaque 31 décembre puis démontée après la fête, et les Madrilènes consomment en moyenne 250 000 kilos de raisins ce soir-là.

L’hiver espagnol compte bien d’autres rendez-vous, de la grande loterie de décembre aux Rois du 6 janvier ; nous les racontons dans notre article sur les traditions de Noël en Espagne.

04

Écosse : Hogmanay et le premier pas de l’année

Les Écossais appellent le 31 décembre Hogmanay, et c’est l’une des plus grandes fêtes de leur calendrier. Selon VisitScotland, l’office national du tourisme écossais, ses origines remontent aux anciennes fêtes du solstice d’hiver et aux fêtes vikings du cœur de l’hiver, bien avant que Noël ne soit largement célébré dans le pays. La fête déborde volontiers sur le jour de l’An, et même sur le 2 janvier, lui aussi férié en Écosse.

Le rite le plus attachant s’appelle le first-footing, le premier pas : juste après minuit, on rend visite à ses amis et voisins en apportant des présents censés porter chance, comme du shortbread ou un morceau de charbon. VisitScotland précise que cette coutume reste vivace en bien des endroits. À minuit, on se prend par la main pour chanter Auld Lang Syne, que Robert Burns a transcrite en 1788 à partir d’une chanson écossaise plus ancienne, et dont le titre évoque le temps d’autrefois.

Le feu occupe une grande place dans ces fêtes. À Stonehaven, dans l’Aberdeenshire, des participants font tournoyer des boules enflammées dans les rues juste avant minuit, un geste censé purifier et renouveler l’année ; à Biggar, un immense feu de joie est allumé au centre du bourg. Édimbourg, de son côté, organise une procession aux flambeaux et une grande fête de rue, avec un feu d’artifice au-dessus du château à minuit. Ailleurs, la soirée passe par des ceilidhs, ces bals de musique et de danse traditionnelles, ou par un feu de joie partagé entre voisins.

05

Japon : Ōmisoka, cent huit coups de cloche et des nouilles

Au Japon, le 31 décembre s’appelle Ōmisoka. Le site d’information Nippon.com explique le nom : dans l’ancien calendrier lunaire, chaque mois finissait le trentième jour, si bien que le mot désignant ce trentième jour, misoka, a fini par désigner le dernier jour du mois. Le dernier jour de l’année est devenu le grand misoka.

Le rite central se déroule dans les temples bouddhiques : les cloches y sont frappées cent huit fois, lors du joya no kane, pour chasser les cent huit passions humaines, comme l’avidité et l’envie. La cérémonie symbolise une purification qui permet d’accueillir l’année nouvelle l’esprit en paix. Ce sont d’ordinaire les moines qui sonnent, mais certains temples laissent les visiteurs y prendre part.

On mange aussi des toshikoshi soba, les nouilles du passage de l’année, une habitude répandue depuis le milieu du XVIIIe siècle environ : leur forme longue et fine exprime un vœu de longue vie, et leur facilité à se rompre l’idée de couper net avec les malheurs de l’année écoulée. La soirée a aussi ses rituels modernes. Le concours de chansons Kōhaku uta gassen, diffusé chaque année par la NHK depuis 1951, oppose pendant quatre heures et demie une équipe rouge, traditionnellement féminine, et une équipe blanche, traditionnellement masculine, une répartition qui n’est plus strictement respectée. Les amateurs de musique classique ont la Neuvième Symphonie de Beethoven, jouée par les orchestres japonais en décembre depuis la fin des années 1940. Le Japon a d’ailleurs réinventé Noël à sa manière, comme le raconte notre article sur le Noël japonais et le poulet frit. Les plus jeunes, eux, se retrouvent pour des comptes à rebours géants, à Universal Studios Japan à Osaka ou devant le siège du gouvernement métropolitain de Tokyo.

06

Allemagne : lire l’année dans le plomb fondu, puis dans la cire

En Allemagne, la nuit de la Saint-Sylvestre avait son oracle domestique, le Bleigießen. On faisait fondre un petit morceau de plomb dans une cuillère au-dessus d’une bougie, puis on le versait d’un coup dans un bol d’eau froide, où il se figeait en formes que chacun interprétait pour deviner ce que réservait l’année suivante.

Ce rituel a disparu des rayons. D’après le portail d’information allemand t-online, une règle européenne limite désormais la teneur en plomb des produits à 0,3 %, alors que les figurines vendues pour le Bleigießen en contenaient plus de 70 %. Chauffer du plomb dégage des vapeurs toxiques, et le métal se retrouve sur les mains et les cuillères ; il est particulièrement dangereux pour les enfants. L’Office fédéral allemand de l’environnement conseille de le remplacer par de la cire : le Wachsgießen se pratique exactement de la même manière.

07

Ce que ces rituels du Nouvel An ont en commun

Le tableau suivant résume les rituels du Nouvel An présentés sur cette page, avec la date la plus ancienne que donnent leurs sources.

PaysRituelPremière trace citéeCe qu’il exprime
EspagneDouze raisins aux douze coups de minuit1895 (première mention écrite)Un raisin par mois, pour la chance
ÉcosseFirst-footing et Auld Lang Syne1788 (chanson transcrite par Burns)Le premier visiteur apporte la chance
JaponJoya no kane et toshikoshi sobaMilieu du XVIIIe siècle (soba)Chasser les passions, couper avec les malheurs
AllemagneBleigießen, puis WachsgießenNon datée par la sourceLire l’année dans une forme figée
RomeFête de saint SylvestreIVe siècle (Depositio episcoporum)Mémoire d’une inhumation

Mis côte à côte, ces rituels se ressemblent plus qu’il n’y paraît. Presque tous comptent : douze raisins, cent huit coups de cloche, douze coups d’horloge. Presque tous font appel au feu ou à la lumière, des boules enflammées de Stonehaven au tonneau de Burghead. Et tous accordent un poids particulier au premier geste de l’année, qu’il s’agisse du premier visiteur qui franchit le seuil en Écosse ou de la première forme lue dans l’eau en Allemagne.

À mes yeux, c’est la vraie leçon de la Saint-Sylvestre : la date du Nouvel An n’a rien de naturel, elle a changé selon les pays et les siècles, et chaque peuple a inventé ses propres gestes pour la rendre solennelle.

Questions fréquentes

Pourquoi le 31 décembre s’appelle-t-il la Saint-Sylvestre ?

Le 31 décembre est la fête du pape Sylvestre Ier, évêque de Rome de 314 à 335. Son nom figure à cette date dans la Depositio episcoporum, la liste romaine des jours d’inhumation des évêques, rédigée environ un an après sa mort : le 31 décembre est donc le jour de ses funérailles.

Pourquoi mange-t-on douze raisins à minuit en Espagne ?

La coutume est née à Madrid à la fin du XIXe siècle : les classes populaires ont repris, pour s’en moquer, un usage de la haute société qui finissait l’année avec des raisins. La première mention écrite des douze raisins date de 1895, et une récolte excédentaire en 1909 a achevé de la populariser. On avale un raisin à chaque coup de minuit, un par mois de l’année nouvelle.

Qu’est-ce que le first-footing écossais ?

Le first-footing est une tradition de Hogmanay, le Nouvel An écossais : juste après minuit, on rend visite à ses amis et voisins en apportant des présents censés porter chance, comme du shortbread ou un morceau de charbon.

Pourquoi les cloches sonnent-elles 108 fois au Japon le 31 décembre ?

Pendant le rite bouddhique du joya no kane, les cloches des temples sont frappées 108 fois pour chasser les 108 passions humaines, comme l’avidité et l’envie. Le rite symbolise une purification avant l’année nouvelle, et certains temples laissent les visiteurs sonner eux-mêmes.

Le magazine

Les cinq rubriques

Deux bougies de cire allumées parmi des noix et des pommes de pin dorées, dans la pénombre

Histoire de Noël

Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.

Deux verres de vin chaud vus du dessus, avec bâton de cannelle, anis étoilé, canneberges et rondelle d'orange, près d'oranges tranchées et d'un brin de romarin

Noël en France

La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.

Grands sapins lumineux surmontés d'étoiles devant des façades soulignées d'ampoules, sous la neige, la nuit en ville

Noël dans le monde

Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.

Bractées rouge vif d'un poinsettia en gros plan, autour des petites fleurs vertes du cœur de la plante

Symboles et coutumes

Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.