Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Les fêtes de décembre et janvier
Saint Nicolas ne fait jamais sa tournée seul : un compagnon sombre le suit, chargé d’effrayer les enfants que le saint ne récompense pas. Dans les Alpes autrichiennes et bavaroises, c’est le Krampus, démon cornu et velu qui secoue ses chaînes ; en Lorraine, le Père Fouettard, homme en noir armé d’un fouet ; dans le nord de l’Alsace, Hans Trapp, croque-mitaine de l’hiver.
Le rôle se ressemble d’une région à l’autre, mais chacun de ces personnages a sa légende, et toutes ne sont pas aussi anciennes qu’elles le prétendent. Tous gravitent autour du 6 décembre, jour de la fête du saint, dont les traditions sont racontées dans la Saint-Nicolas du 6 décembre, dans l’Est et en Belgique.
| Personnage | Où | À quoi on le reconnaît | Origine avancée |
|---|---|---|---|
| Krampus | Autriche, Bavière et régions voisines | Cornes, fourrure, masque de bois, cloches, chaînes et verges | Jeux de saint Nicolas des jésuites ; nom tiré d’un mot signifiant griffe |
| Perchten | Régions alpines de Bavière et d’Autriche | Masques sculptés, peaux, cloches ; bonnes ou mauvaises | Perchta, figure légendaire attestée à la fin du Moyen Âge |
| Père Fouettard | Lorraine, autour de Metz | Habits sombres, barbe noire, fouet | Légende du siège de Metz, en 1552 |
| Hans Trapp | Nord de l’Alsace | Croque-mitaine, figure de l’hiver | Le chevalier Hans von Trotha, mort en 1503 |
Le Krampus est une créature diabolique de la tradition alpine qui accompagne saint Nicolas le 6 décembre. L’office de tourisme de Salzbourg le présente ainsi : « In Alpine tradition, Krampus is a devil-like creature who accompanies Saint Nicholas on 6 December. » Là où le saint distribue des cadeaux, le Krampus arrive avec des chaînes et une verge, à la recherche des enfants qui n’ont pas été aussi sages qu’ils l’auraient dû.
On le décrit souvent comme mi-bouc, mi-démon : cornes recourbées, fourrure hirsute, crocs, masque de bois sculpté à la main, lourdes cloches. Selon Salzbourg, la tradition du Krampus existait dans tout l’empire des Habsbourg et dans les régions voisines. Selon National Geographic, des courses de Krampus, où des hommes déguisés en diables envahissent les rues, se tiennent encore en Autriche, en Allemagne, en Hongrie, en Slovénie et en République tchèque.
Le Krampus se montre la veille de la Saint-Nicolas. Selon le folklore rapporté par National Geographic, il apparaît la nuit du 5 décembre, la Krampusnacht ; le lendemain, jour de la Saint-Nicolas (Nikolaustag), les enfants allemands regardent si la chaussure ou la botte laissée devant la porte contient des cadeaux, récompense de leur sagesse, ou une verge, signe du contraire.
Le partage des rôles est net. Saint Nicolas récompense les enfants avec des friandises ; le Krampus, lui, frappe de verges de bouleau les enfants jugés « wicked » et les emporte dans son antre. L’acteur autrichien Christoph Waltz l’a résumé à la télévision américaine, cité par le magazine : « St. Nicholas comes with praise and presents and wisdom ». Le Krampus, lui, vient avec un bâton et un sac.
Le nom Krampus viendrait d’un mot qui signifie griffe, mais les sources ne s’accordent pas sur la langue. National Geographic le dérive de l’allemand krampen ; l’office de tourisme de Salzbourg invoque les longues griffes du personnage et cite le mot italien grampa. Dans les deux cas, le Krampus tire son nom de ses griffes.
Son allure puise dans un fonds plus ancien. Pour l’historien Peter Jelavich, professeur à l’université Johns Hopkins, interrogé par National Geographic, « It's really a pagan character which gets added onto Christmas, and stays in the Catholic countries ». Le magazine lui trouve aussi des traits communs avec les satyres et les faunes de la mythologie grecque.
L’origine du Krampus est plus chrétienne qu’il n’y paraît. L’office de tourisme du Tyrol a interrogé Karl Berger, spécialiste des coutumes locales et directeur du musée du patrimoine régional tyrolien, à Innsbruck. Pour lui, le Krampus était un élément central des jeux de saint Nicolas introduits par les jésuites au temps de la Contre-Réforme, avec une fonction éducative : son apparition devait pousser chacun à reconnaître ses torts et à revenir dans le droit chemin catholique.
Les dates vont dans ce sens. Au Tyrol, les premières mentions de Krampus remontent aux jeux de saint Nicolas du XVIIIe siècle, alors que les premières Perchten y apparaissent dès le XVIIe siècle. L’idée que ces figures masquées chassent les mauvais esprits de l’hiver est, elle, bien plus tardive : elle ne s’impose qu’à la fin du XIXe siècle, quand des érudits du romantisme tardif se passionnent pour les coutumes alpines.
L’histoire du personnage n’a pas toujours été paisible. Selon National Geographic, l’Église catholique l’a longtemps réprimé en interdisant les célébrations bruyantes à son nom, et pendant la Seconde Guerre mondiale les fascistes européens le dénonçaient comme une création des sociaux-démocrates.
Krampus et Perchten défilent parfois ensemble, mais ce ne sont pas les mêmes figures. Le Krampus appartient au cortège de saint Nicolas, au début de décembre. Les Perchten, que l’on ne rencontre que dans les régions alpines de Bavière et d’Autriche, tireraient leur nom d’un personnage légendaire, Perchta (ou Berchta), et n’apparaissent selon la tradition qu’entre le solstice d’hiver, le 21 décembre, et l’Épiphanie, le 6 janvier. Cette période recoupe les douze jours de Noël, de Noël à l’Épiphanie.
Il existe deux sortes de Perchten : les Schönperchten, bienveillantes, et les Schiachperchten, malfaisantes, dont les masques sont particulièrement effrayants. Les unes comme les autres portent des cloches destinées à chasser l’hiver. Karl Berger rattache Perchta à l’Épiphanie : mentionnée dès la fin du Moyen Âge, elle mêle éléments chrétiens et non chrétiens, et les nuits entre le 25 décembre et le 6 janvier étaient l’occasion de se masquer, de se déguiser et, pour une fois dans l’année, de mal se conduire sans être puni.
Le XXe siècle a brouillé la frontière. L’engouement folklorique a fait naître des « Krampusperchten » hybrides et une foule de groupes locaux, appelés Pässe : l’office de tourisme de Salzbourg en compte environ 200 pour Salzbourg seulement. Les Perchten de Gastein, précise-t-il, défilaient déjà en 1837 lors d’une visite de l’empereur Ferdinand Ier.
Les défilés de Krampus ont lieu autour du 6 décembre et marquent, au Tyrol, le début de l’hiver. Près de Rattenberg, où le Krampus se nomme Peaschtl, le son des lourdes cloches de métal résonne dans les villages le jour de la Saint-Nicolas, et le soir les Krampusse du village défilent en frappant de vieux bidons d’essence à coups de gourdins de bois.
Chaque vallée a ses usages et ses noms : Teufeln, Perchten, Krampal ou Kleibeifen. Dans l’Oberland tyrolien, les « Tuifl » sortent dès la mi-novembre ; à Haiming, ils portent un pantalon rouge sous leurs peaux de bête, une habitude venue, explique le club local, des anciens emballages de pain d’épices qui montraient toujours un Krampus aux jambes rouges. À Matrei, dans le Tyrol oriental, les Kleibeife défient les jeunes hommes à la lutte, et le « Tischzoichn » voit des groupes de jeunes défendre une lourde table de bois que les Krampusse tentent de renverser.
Les défilés de Krampus ont lieu autour du 6 décembre et marquent, au Tyrol, le début de l’hiver.
Les masques, appelés Larven, sont sculptés à la main et peuvent coûter jusqu’à 1 000 euros, selon le Tyrol. Tous les clubs ne voient pas d’un bon œil les masques modernes, plus inspirés du Seigneur des anneaux que des traditions alpines ; à Breitenbach am Inn, berceau du Peaschtl, on reste strict sur le dessin des masques.
Le Krampus a aussi traversé l’Atlantique. National Geographic décrit des fêtes et des défilés de Krampus aux États-Unis, et Peter Jelavich voit dans ces célébrations modernes une sorte d’« Halloween for adults ».
Le Père Fouettard est le compagnon de saint Nicolas en Lorraine : un homme vêtu de sombre, à la barbe noire, armé d’un fouet, qui menace les enfants pas sages pendant que l’évêque distribue les cadeaux. Son origine la plus souvent racontée est une légende messine, que le média régional BLE Lorraine introduit avec prudence : « Selon la version la plus répandue, le Père Fouettard trouverait son origine, en Pays Messin, dans le célèbre siège de Charles Quint à Metz en 1552 ».
Le récit est le suivant. En 1552, l’empereur Charles Quint assiège Metz, ville libre tenue par une garnison française sous les ordres du duc de Guise. BLE Lorraine avance le chiffre de 55 000 soldats impériaux face à 3 500 soldats français et 1 500 miliciens messins, pour une ville de 20 000 habitants. Pour redonner courage aux assiégés, la corporation des tanneurs aurait inventé un personnage grotesque armé d’un fouet, qui poursuivait jeunes filles et jeunes gens. Le visage allongé et sévère, la barbe noire et les habits sombres du personnage seraient ceux de l’empereur lui-même, dont il ferait la caricature.
Metz libérée l’année suivante, le personnage au fouet aurait été ressuscité et associé au passage de saint Nicolas, pour devenir « un tanneur de fesses », à la fois ennemi et accompagnateur de l’évêque de Myre. Rien de tout cela n’est un fait établi : c’est une tradition locale, que les défilés de décembre entretiennent. Le Père Fouettard y côtoie un autre croque-mitaine messin, le Graoully, dragon de la légende de Metz. Pour le versant lumineux de l’histoire, celui de l’évêque devenu Père Noël, voyez les origines du Père Noël, de saint Nicolas à nos jours.
En Alsace du Nord, le personnage qui fait peur aux enfants en décembre s’appelle Hans Trapp. La Ville de Strasbourg le rattache à un homme réel : un chevalier brigand à la sinistre réputation, Hans von Trotha (ou von Dratt), qui vivait à la fin du XVe siècle au château de Berwartstein, dans l’actuel Palatinat, non loin de Wissembourg.
Le souvenir qu’il a laissé tient en une phrase de la même page : « An evil figure who spread terror, he terrorized the inhabitants of northern Alsace until his death in 1503. » Devenu Hàns Tràpp dans la tradition, il y incarne l’hiver, accompagné du cortège des ombres venues de l’autre monde, résurgence, selon Strasbourg, de très anciennes croyances populaires. Les autres figures et coutumes de la région ont leur place dans Noël en Alsace, entre bredele et marchés.
Le compagnon sombre sert d’abord à éduquer. Karl Berger le dit du Krampus des jeux jésuites, conçu pour ramener les fidèles dans le droit chemin ; la légende messine donne au Père Fouettard le même rôle de menace face à un saint qui récompense. Le couple fonctionne par contraste : la bonté de l’évêque se lit mieux à côté de la verge de son compagnon.
Il sert aussi à rire et à se faire peur ensemble. Pour Karl Berger, ces coutumes se situent aujourd’hui entre tradition et modernité : les clubs de Krampus revendiquent leur ancrage régional tout en empruntant au heavy metal, au cinéma et aux réseaux sociaux. Voilà, je crois, ce qui explique la vogue actuelle du personnage : on ne croit plus guère au Krampus, mais on aime toujours frissonner à son passage.
Tous deux accompagnent saint Nicolas et menacent les enfants pas sages, mais ils viennent de traditions différentes. Le Krampus est un démon cornu et velu des Alpes autrichiennes et bavaroises, lié aux jeux de saint Nicolas des jésuites. Le Père Fouettard est un homme en noir armé d’un fouet, propre à la Lorraine, dont la légende place la naissance au siège de Metz en 1552.
La Krampusnacht, la nuit du Krampus, a lieu le 5 décembre au soir, veille de la Saint-Nicolas. Selon le folklore rapporté par National Geographic, le Krampus y apparaît avant que les enfants ne découvrent, le 6 au matin, des cadeaux ou une verge dans la chaussure laissée devant la porte. Les défilés de Krampus se tiennent autour de ces deux dates.
C’est la version la plus répandue, mais elle relève de la légende. Selon le récit rapporté par BLE Lorraine, la corporation des tanneurs aurait inventé un personnage armé d’un fouet pendant le siège de Metz par Charles Quint, en 1552, pour redonner courage aux habitants. BLE Lorraine ne cite aucune source d’époque à l’appui de cette origine.
Hans Trapp est le croque-mitaine du nord de l’Alsace. Selon la Ville de Strasbourg, il dérive d’un chevalier brigand réel, Hans von Trotha, qui vivait au château de Berwartstein près de Wissembourg et qui terrorisa la région jusqu’à sa mort en 1503. La tradition en a fait une figure de l’hiver.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.
Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.
Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Sylvestre, douze jours de Noël, Épiphanie.