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D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Photophore en céramique en forme de Père Noël au long bonnet rouge, une bougie allumée à l'intérieur, devant un fond de lumières floues

Histoire de Noël

Du Père Noël à saint Nicolas : les origines du personnage

Le Père Noël n’a pas une origine unique. Il est né de la rencontre entre saint Nicolas, évêque de Myre au IVe siècle, des coutumes de cadeaux déposés dans les souliers, et quelques auteurs et dessinateurs new-yorkais du XIXe siècle qui lui ont donné son traîneau, ses rennes et sa silhouette ronde.

  • 8 chapitres
  • 4 sources citées
  • 4 questions en fin de page

En France, il prend une place nouvelle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au point d’être brûlé en effigie devant la cathédrale de Dijon.

01

Un personnage composite, pas un héritage unique

Chercher un ancêtre unique au Père Noël mène à une impasse. Le Père Noël supplicié, l’essai que Claude Lévi-Strauss publie en 1952 dans Les Temps modernes, part de ce constat : la diversité de ses noms, Père Noël, saint Nicolas, Santa Claus, montre qu’« il est le produit d’un phénomène de convergence et non un prototype ancien partout conservé ».

Lévi-Strauss allait plus loin dans le temps. Il voyait dans le Père Noël le résultat d’une « fusion syncrétique de plusieurs personnages » : l’Abbé de Liesse, roi de Noël pour un temps, qui régnait le 25 décembre, l’évêque-enfant élu le jour des Saints-Innocents, le 28 décembre, et saint Nicolas, fêté le 6. Il y ajoutait le Jul scandinave, célébré lui aussi en décembre, et rattachait l’ensemble à la libertas decembris dont parle Horace, la liberté de décembre des Saturnales romaines, dont le roi de la fête serait l’ancêtre lointain de tous ces personnages.

Trois apports se sont ainsi rejoints. Un saint très populaire, Nicolas, dont la fête du 6 décembre s’accompagnait de cadeaux pour les enfants. Des coutumes domestiques, comme les souliers posés devant l’âtre. Et une mise en forme américaine, au XIXe siècle, qui a fixé le costume, le traîneau et la date du 24 décembre. Le Father Christmas anglais s’est lui aussi fondu dans le mélange, comme on le voit en suivant les traditions du Noël anglais, du pudding au Boxing Day.

02

Saint Nicolas, l’évêque qui déposait des cadeaux

Le point de départ est un évêque bien réel : Nicolas, évêque de Myre au IVe siècle. Le St. Nicholas Center, qui documente le culte du saint et ses traditions, résume ce qui a fait sa popularité : une générosité discrète envers les pauvres et une protection particulière des enfants, dont il est devenu le saint patron. Sa fête, le 6 décembre, est restée celle des cadeaux dans une grande partie du continent européen.

La Réforme protestante du XVIe siècle, hostile au culte des saints, a tenté d’effacer ces coutumes. Elle n’y est durablement parvenue qu’en Angleterre : ailleurs, note le St. Nicholas Center, les familles ont continué de glisser noix, pommes et friandises dans les souliers laissés près du lit, sur le rebord de la fenêtre ou devant l’âtre. Aujourd’hui encore, la Saint-Nicolas du 6 décembre, en Lorraine et en Belgique, garde ce visage ancien du porteur de cadeaux, escorté de ses compagnons plus sombres, Krampus et le Père Fouettard.

Lévi-Strauss en tirait une conclusion nette. La prédilection du Père Noël d’Europe occidentale pour les cheminées et les chaussures vient, selon lui, d’un déplacement récent de la fête de saint Nicolas, assimilée à la célébration de Noël trois semaines plus tard. Le saint de décembre a glissé vers le 25.

03

New York au XIXe siècle, la fabrique de Santa Claus

On raconte souvent que les colons hollandais auraient apporté leur Sinterklaas à la Nouvelle-Amsterdam, la future New York. Le St. Nicholas Center est plus prudent : « Although it is almost universally believed that the Dutch brought St. Nicholas to New Amsterdam, scholars find scant evidence of such traditions in Dutch New Netherland. » Les chercheurs trouvent donc peu de traces de ces traditions dans la colonie néerlandaise.

Le vrai démarrage est plus tardif, et très new-yorkais. John Pintard, fondateur en 1804 de la New-York Historical Society, promeut saint Nicolas comme patron de la ville. En 1809, Washington Irving publie une satire, Knickerbocker’s History of New York, où apparaît un saint Nicolas jovial, bourgeois hollandais à la pipe de terre plutôt qu’évêque. Le 6 décembre 1810, pour le premier dîner de la Saint-Nicolas de la société, Pintard commande au graveur Alexander Anderson la première image américaine du saint, qui garnit de friandises des bas suspendus à la cheminée.

Les usages de la région étaient d’ailleurs mêlés. Les colons allemands de Pennsylvanie fêtaient la Saint-Nicolas, tandis qu’à New York la coutume anglaise des cadeaux du Nouvel An, installée en 1558, a duré jusqu’en 1847, d’après le St. Nicholas Center. Santa Claus s’est construit au croisement de ces calendriers.

Le vrai démarrage est plus tardif, et très new-yorkais.

En 1821 paraît un petit livre illustré, le premier livre lithographié d’Amérique selon le St. Nicholas Center, dans lequel un « Sante Claus » arrive du Nord en traîneau, tiré par un renne volant. Le détail est décisif : pour la première fois, il passe la veille de Noël, et non plus le 6 décembre.

04

1823 : un poème donne au personnage son traîneau et ses rennes

Le 23 décembre 1823, un journal de Troy, dans l’État de New York, le Sentinel, publie sans nom d’auteur un poème intitulé A Visit from St. Nicholas. L’Academy of American Poets, qui en donne le texte intégral, rappelle qu’avant lui Santa Claus était plutôt représenté comme un personnage maigre, peu jovial, qui voyageait à cheval et distribuait les leçons de morale autant que les cadeaux.

Le poème change tout. Il installe « a miniature sleigh, and eight tiny reindeer », un traîneau miniature et huit petits rennes qu’il nomme un par un, fait descendre le visiteur par la cheminée et lui donne un ventre rond qui tremble quand il rit. L’attelage a depuis sa propre légende, et le renne le plus célèbre de la troupe n’apparaît pas encore dans ce texte.

L’auteur du poème, lui, fait débat. Clement Clarke Moore, professeur de langues bibliques à New York, revendique le poème treize ans après sa parution ; beaucoup l’attribuent plutôt à Henry Livingston, qui écrivait des vers humoristiques pour les enfants. Quel que soit son auteur, c’est ce texte qui a installé le personnage dans les maisons : il ne sermonne plus, il entre sans bruit pendant que tout le monde dort.

05

Thomas Nast dessine le Père Noël moderne

Il manquait une image. Elle arrive pendant la guerre de Sécession, sous le crayon de Thomas Nast, dessinateur de Harper’s Weekly. Sa gravure Santa Claus in Camp, en page de titre du numéro de Noël daté du 3 janvier 1863, montre Santa Claus arrivé en traîneau dans un camp de l’armée de l’Union pour distribuer aux soldats des chaussettes chaudes et des journaux. Pour le Metropolitan Museum of Art, qui conserve l’estampe, le moment est fondateur : « This was the moment that Nast conceived and introduced our modern image of Santa Claus. »

Nast, né en Allemagne, mêle les traditions européennes de saint Nicolas aux lutins du folklore de son pays natal. Il dessine le personnage chaque année jusqu’en 1886, selon le St. Nicholas Center, et fixe ainsi la barbe fleurie, les fourrures, la silhouette ronde et la pipe de terre. Le Père Noël a désormais un visage.

Ce Santa Claus a eu un effet inattendu sur les Églises américaines. Le St. Nicholas Center rapporte que les écoles du dimanche, d’abord hostiles à la célébration de Noël, découvrent dans les années 1850 qu’un sapin, un Santa Claus et des cadeaux améliorent nettement la fréquentation. Le personnage profane a ainsi contribué à ramener la fête de Noël dans les églises.

06

Coca-Cola n’a pas inventé le costume rouge

C’est l’idée reçue la plus tenace : le Père Noël serait habillé de rouge parce que c’est la couleur de Coca-Cola. La marque elle-même la dément. Sur la page d’histoire de The Coca-Cola Company consacrée à Haddon Sundblom, une source intéressée puisqu’elle raconte sa propre publicité, l’entreprise reconnaît que Santa portait déjà un manteau rouge avant que Sundblom ne le peigne, et attribue à Nast le passage d’un manteau fauve au rouge.

La marque revendique en revanche d’avoir uniformisé l’image. Selon elle, « prior to 1931, Santa was depicted as everything from a tall gaunt man to a spooky-looking elf ». À partir de 1931, l’illustrateur Haddon Sundblom peint pour ses publicités un Père Noël chaleureux et replet, inspiré du poème de 1823, et le fera jusqu’en 1964. Pour modèle, il prend d’abord un ami, Lou Prentiss, représentant de commerce à la retraite, puis son propre reflet dans un miroir. Le St. Nicholas Center nuance : dès la fin des années 1920, un Santa Claus américain standard, grandeur nature, vêtu d’un costume rouge bordé de fourrure, s’était imposé grâce à des illustrateurs comme N. C. Wyeth, J. C. Leyendecker ou Norman Rockwell. Coca-Cola a surtout diffusé massivement une image déjà fixée.

07

Dijon, 1951 : le Père Noël brûlé sur le parvis

En France, le personnage prend une place nouvelle au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec les grands sapins illuminés aux carrefours, les cartes de vœux et les Pères Noël des grands magasins. Lévi-Strauss voyait dans cet essor de Noël « un résultat direct de l’influence et du prestige des États-Unis d’Amérique ». Cette américanisation a provoqué un incident resté célèbre.

Le dimanche 23 décembre 1951, à Dijon, une effigie du Père Noël est pendue aux grilles de la cathédrale puis brûlée sur le parvis, devant plusieurs centaines d’enfants des patronages, avec l’accord du clergé qui l’accusait de paganiser la fête. Le communiqué publié ensuite, que Lévi-Strauss reproduit d’après la dépêche de France-Soir, affirme que pour les chrétiens la fête de Noël « doit rester la fête anniversaire de la naissance du Sauveur ». Dès le lendemain, un communiqué officiel convoquait les enfants de Dijon pour le soir même : le Père Noël leur parlerait du haut des toits de l’hôtel de ville.

L’affaire a partagé la ville et nourri les éditoriaux. Elle a surtout inspiré à Lévi-Strauss une analyse du personnage, qu’il résume d’une formule : « Le Père Noël est vêtu d’écarlate : c’est un roi. » Pour l’ethnologue, ce vieillard bienveillant relève de la famille des divinités, puisqu’il reçoit un culte des enfants « sous forme de lettres et de prières », une pratique qui a aujourd’hui son adresse et ses usages, décrits dans l’histoire des lettres adressées au Père Noël. Son essai se referme sur une question : « Reste à savoir si l’homme moderne ne peut pas défendre lui aussi ses droits d’être païen. »

08

Les grandes dates du Père Noël

  • IVe siècle : Nicolas est évêque de Myre ; sa fête, le 6 décembre, deviendra celle des cadeaux aux enfants.
  • 1809 : Washington Irving publie Knickerbocker’s History of New York et son saint Nicolas jovial.
  • 1810 : Alexander Anderson grave la première image américaine de saint Nicolas.
  • 1821 : un livre illustré montre un Santa Claus en traîneau, qui passe désormais la veille de Noël.
  • 1823 : A Visit from St. Nicholas lui donne huit rennes et la descente par la cheminée.
  • 1863 : Thomas Nast publie Santa Claus in Camp dans Harper’s Weekly.
  • 1931 : Haddon Sundblom peint son premier Père Noël pour Coca-Cola.
  • 1951 : une effigie du Père Noël est brûlée devant la cathédrale de Dijon.
  • 1952 : Claude Lévi-Strauss publie Le Père Noël supplicié.

Questions fréquentes

Le Père Noël a-t-il été inventé par Coca-Cola ?

Non. Le Père Noël vêtu de rouge existait avant les publicités de Coca-Cola, et la marque le reconnaît elle-même sur sa page d’histoire. Thomas Nast l’avait déjà habillé de rouge au XIXe siècle, et les illustrateurs américains des années 1920 l’avaient fixé en costume rouge bordé de fourrure. Les peintures de Haddon Sundblom, à partir de 1931, ont surtout diffusé cette image dans le monde entier.

Quelle est la différence entre saint Nicolas et le Père Noël ?

Saint Nicolas est un évêque du IVe siècle, fêté le 6 décembre, qui apporte des friandises aux enfants dans l’Est de la France, en Belgique et dans une partie de l’Europe. Le Père Noël est un personnage plus récent, façonné à New York au XIXe siècle à partir de la figure du saint, qui passe la nuit du 24 au 25 décembre. Le premier est un saint vêtu en évêque, le second un vieillard en costume rouge venu du Nord.

Pourquoi le Père Noël passe-t-il par la cheminée ?

Les enfants posaient depuis longtemps leurs souliers devant l’âtre pour la Saint-Nicolas. Washington Irving, au début du XIXe siècle, fait descendre son saint Nicolas par les cheminées, et le poème A Visit from St. Nicholas, en 1823, popularise définitivement cette image. Lévi-Strauss voyait dans ce goût pour les cheminées et les chaussures l’héritage direct de la fête de saint Nicolas.

Pourquoi a-t-on brûlé le Père Noël à Dijon en 1951 ?

Le 23 décembre 1951, une effigie du Père Noël a été pendue puis brûlée devant la cathédrale de Dijon, avec l’accord du clergé, qui lui reprochait de paganiser Noël et d’éclipser la fête de la Nativité. L’affaire a divisé l’opinion et la municipalité a fait réapparaître le Père Noël dès le lendemain. Claude Lévi-Strauss en a tiré un essai célèbre, Le Père Noël supplicié.

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