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D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Maisons à colombages de Colmar décorées de lumières et de flocons, à la tombée du jour

Noël en France

Noël en Alsace : bredele, marchés, traditions

Noël en Alsace se reconnaît à trois choses : les enfants y attendent saint Nicolas et le Christkindel plutôt que le Père Noël, les familles y cuisent des bredele pendant tout l’Avent, et le sapin y possède ses plus anciennes archives. La fête y dure aussi plus longtemps qu’ailleurs, puisque ses personnages occupent la région de la Saint-Nicolas jusqu’à l’Épiphanie.

  • 8 chapitres
  • 4 sources citées
  • 4 questions en fin de page
01

Noël en Alsace, une saison plutôt qu’une nuit

Le Noël alsacien s’étend sur plusieurs semaines, parce que la région a gardé toutes les fêtes qui entourent le 25 décembre. Le 6 décembre appartient à saint Nicolas, l’Avent aux bredele et aux marchés, la nuit du 24 à l’Enfant Jésus, et les figures de la saison ne quittent la scène qu’à l’Épiphanie.

Cette longueur tient à l’histoire. L’Alsace et la Moselle ont été traversées, et parfois conquises, par plusieurs peuples, et chacun a laissé ses légendes de fin d’année. Le résultat ressemble moins à une tradition qu’à une superposition : un saint évêque venu de Myre, un enfant de lumière, un croque-mitaine de château fort, un âne gourmand et, arrivé le dernier, le Père Noël.

02

Saint Nicolas, Christkindel, Hans Trapp : qui passe dans les maisons alsaciennes ?

En Alsace, trois personnages se partagent Noël, et le Père Noël n’en fait pas partie. Le site Noël en Alsace de l’agence régionale du tourisme le formule sans détour : « À l’approche de Noël, nulle présence du Père Noël mais bien celle d’un trio de personnages : Saint-Nicolas, Christkindel et Hans Trapp. »

Saint Nicolas ouvre la saison le 6 décembre. L’évêque de Myre, protecteur des enfants, des veuves, des faibles et des prisonniers, passe coiffé de sa mitre, crosse en main, dans un long manteau violet, et récompense les enfants méritants. La légende le fait même voyager de cheminée en cheminée, la hotte remplie de friandises. Les Alsaciens et les Lorrains lui prêtent notamment le miracle des trois enfants ressuscités, victimes d’un boucher cupide.

Hans Trapp marche à ses côtés, et il fait peur exprès. Carrure imposante, cheveux hirsutes, visage noirci par une barbe épaisse, il menace d’emporter dans son sac les enfants désobéissants pour les abandonner dans une forêt sombre. La légende le rattache à un seigneur bien réel, Hans von Trotha (ou Trotta), qui tenait le château de Berwartstein, non loin de Wissembourg, et terrorisait la population. Le Rüpelz, vêtu d’une peau de bête, d’un haillon de jute et d’une chaîne qu’il traîne au sol, tient le même rôle. Ces compagnons sombres ont des cousins dans tout l’espace alpin, que présente notre dossier sur Krampus et le Père Fouettard.

Le Christkindel apporte la douceur après la peur. Voilée, vêtue d’une longue robe blanche, coiffée d’une couronne surmontée de quatre bougies, elle rassure les enfants effrayés par Hans Trapp. Malgré son nom, l’Enfant Jésus alsacien a pris les traits d’une jeune fille : la légende en fait une incarnation de sainte Lucie, celle qui ramène la lumière, et ses quatre bougies figurent les quatre dimanches de l’Avent. C’est elle qui apportait les cadeaux aux grands-parents des Alsaciens d’aujourd’hui, quand le Père Noël n’existait pas encore dans la région.

Reste le Peckeresel, l’âne qui porte pains d’épices et friandises. Son nom associe « peck », le bec, et « essel », l’âne, et la tradition veut que les enfants déposent pour lui une gerbe de foin sur le pas de la porte, parfois une carotte. Quant au Père Noël, il est le plus jeune de la bande : il n’arrive en Alsace qu’après la Seconde Guerre mondiale, « et encore tout doucement », selon le Professeur Sappinus, le conteur chargé des légendes de Noël à Sélestat.

03

Les bredele, petits gâteaux qui portent des vœux

Les bredele sont les petits gâteaux secs que les Alsaciens et les Mosellans s’offrent pendant l’Avent : anisbredele, butterbredele, vanillebredele, spritzbredele, schwowebredele. Le reportage de France 3 Grand Est consacré au Noël alsacien en donne l’ampleur : « Plus de 300 petits gâteaux secs différents selon un récent recensement. » Des écrits du XVIe siècle les montrent déjà vendus au marché de la Saint-Nicolas, l’ancêtre de l’actuel marché de Noël de Strasbourg.

La forme compte davantage que le goût, parce que chaque emporte-pièce exprime un souhait.

Ces gâteaux ne finissaient pas tous dans une boîte en fer : ils servaient aussi à orner le sapin. Alain Suhr, maître boulanger à la Maison du pain de Sélestat, raconte qu’on les perçait d’un petit trou pour les suspendre au sapin. Les enfants secouaient les branches chaque jour et mangeaient ceux qui tombaient, de sorte que la provision tienne jusqu’à Noël.

La forme compte davantage que le goût, parce que chaque emporte-pièce exprime un souhait. La forme d’origine serait un simple cercle, figure de l’hostie. Le losange repousse le mauvais œil avec ses pointes ; l’ange, dont le nom grec signifie envoyé, appelle une bonne nouvelle ; le sapin, qui vit même dans le froid, figure l’arbre de vie ; l’étoile, celle des mages, annonce l’abondance ; le champignon promet la longévité. Pour que le vœu opère, le bredele doit être offert : on le donne à celui à qui l’on souhaite quelque chose.

Les recettes, elles, circulent rarement par écrit. Beurre, sucre, farine, œufs, épices, agrumes, amandes ou noisettes : la base est simple, mais chaque famille a ses proportions et ses tours de main, transmis oralement des parents aux enfants et jalousement gardés, malgré les livres de recettes qui paraissent chaque saison.

04

Bredele, bredala, bredle : un mot qui change d’un village à l’autre

Le mot bredele vient du haut allemand brot, le pain, et il se prononce différemment selon l’endroit où vous le goûtez. On dit bredele dans le Bas-Rhin, bredala dans le Haut-Rhin, bredle à Strasbourg et braedele en Moselle ; certains parlent de Winachtsbredele pour rappeler qu’ils sont de Noël. Le dictionnaire français ne l’a accueilli qu’en 2018, et sous sa forme plurielle, ce qui fait grincer les linguistes alsaciens : au singulier, le mot s’écrit bredle.

Cette géographie des mots dit quelque chose du Noël alsacien. Une même coutume y vit en plusieurs dialectes, portée par les familles plus que par les institutions, et chaque vallée tient à sa prononciation comme à sa recette.

05

Le sapin de Noël, une affaire alsacienne depuis 1521

La plus ancienne mention écrite connue d’un sapin de Noël se trouve à Sélestat, dans un livre de comptes de 1521. L’office de tourisme de Sélestat décrit ce registre, conservé aux Archives municipales : le 21 décembre 1521, jour de la Saint-Thomas où l’on coupait traditionnellement les sapins, la ville verse 4 schillings à des gardes forestiers pour surveiller la forêt communale. Si la ville dépensait de l’argent pour protéger ses arbres, c’est que l’habitude d’aller en couper un pour le décorer était déjà répandue.

D’autres écrits des archives de Sélestat, datés de 1546, 1555 et 1557, confirment la coutume, et la Bibliothèque humaniste de la ville en expose un fac-similé lors de ses expositions sur l’arbre de Noël. Ces archives prouvent que l’usage est attesté très tôt en Alsace, pas qu’il y est né. Pour la suite de l’histoire, voyez comment le sapin de Noël a gagné le reste de l’Europe.

06

Le Christkindelsmärik, marché de l’Enfant Jésus

Le marché de Noël de Strasbourg porte un nom alsacien, Christkindelsmärik, le marché de l’Enfant Jésus, et il remonte à 1570. La chronologie publiée par la Ville de Strasbourg en retrace les grandes étapes : installation place Broglie en 1870, titre de capitale de Noël en 1992, Grand Sapin dressé place Kléber en 2000, Village du partage ouvert en 2002 pour réunir les associations locales au cœur des fêtes.

Le nom dit l’essentiel : avant d’être une foire, c’était le marché de l’Enfant Jésus, celui qui apportait les cadeaux. Pour situer Strasbourg parmi ses voisins d’Allemagne et d’Autriche, notre tour des marchés de Noël d’Europe les met côte à côte.

07

À table : berawecka, oie farcie et kougelhopf

La table alsacienne de Noël penche vers le sucré, sans renoncer aux plats de fête salés. Dans un article de l’Académie du Goût, la confiturière Christine Ferber décrit le berawecka comme « un merveilleux pain de fruits séchés », servi au retour de la messe de minuit, le 24 décembre. Poires, quetsches, épices, amandes et noix y sont liées par une toute petite quantité de pâte à pain, et la préparation commence dès la fin de l’été, quand on fait sécher les fruits.

Le soir du 24 reste souvent léger : Christine Ferber évoque un pâté en croûte aux quatre volailles et au foie gras, servi avec une salade croquante. Pour le grand repas de fête, le chef Julien Binz cite l’oie farcie parmi les classiques de la région, avec une farce aux oignons, au persil, aux marrons et au foie de volaille, une cuisson longue et du chou rouge. Le kougelhopf, brioche emblématique de la région, et le pain d’épices accompagnent toute la saison.

08

Où retrouver le Noël alsacien d’autrefois

Le Musée alsacien de Strasbourg garde la mémoire de ces coutumes dans des intérieurs reconstitués, dont une Stùb, la pièce à vivre des maisons alsaciennes. La présentation du musée par les Musées de la Ville de Strasbourg pose la question qui résume sa démarche : « Que représentent les rites du Schiweschlawe, de l’arbre de Noël, de la chasse au ‘hamets ou des souhaits de baptême ? » Le musée est engagé dans une longue rénovation : consultez sa page avant de vous déplacer.

À Sélestat, la Maison du pain présente l’une des plus grandes variétés de bredele de la région, et la Bibliothèque humaniste montre le fac-similé du registre de 1521. Les parades de la Saint-Nicolas, où Hans Trapp accompagne encore le saint, restent le meilleur moyen de voir ces personnages en chair et en os. Pour le pain d’épices, compagnon de toutes ces fêtes, l’histoire du pain d’épices alsacien mérite un détour à part.

Ce qui me semble le plus alsacien, dans tout cela, c’est la coexistence des deux visages de la saison. Le Noël de la région garde ses figures inquiétantes à côté de ses figures lumineuses, et c’est peut-être ce qui le rend si vivant.

Questions fréquentes

Le Père Noël est-il fêté en Alsace ?

Oui, mais il y est arrivé tard. Selon le Professeur Sappinus, le conteur des légendes de Noël à Sélestat interrogé par France 3 Grand Est, il ne s’installe dans la région qu’après la Seconde Guerre mondiale. Avant lui, les cadeaux venaient de saint Nicolas le 6 décembre et du Christkindel à Noël, deux figures qui restent très présentes.

Qui est le Christkindel alsacien ?

Le Christkindel, l’Enfant Jésus, apparaît en Alsace sous les traits d’une jeune fille voilée, en robe blanche, coiffée d’une couronne à quatre bougies qui figurent les quatre dimanches de l’Avent. La légende en fait une incarnation de sainte Lucie, porteuse de lumière. Elle apportait autrefois les cadeaux et rassure les enfants effrayés par Hans Trapp.

Que signifient les formes des bredele ?

Chaque forme de bredele exprime un souhait pour celui qui le reçoit. Le losange repousse le mauvais œil, l’ange appelle une bonne nouvelle, le sapin figure l’arbre de vie, l’étoile annonce l’abondance et le champignon la longévité. La forme d’origine serait un simple cercle, image de l’hostie, et le vœu n’opère que si le bredele est offert.

Pourquoi dit-on que le sapin de Noël est né en Alsace ?

Parce que la plus ancienne mention écrite connue d’un sapin de Noël se trouve à Sélestat, dans un livre de comptes de 1521 : la ville y paie des gardes forestiers pour protéger ses sapins le jour de la Saint-Thomas. D’autres écrits de 1546, 1555 et 1557 confirment l’usage. Ces archives prouvent que la coutume est attestée très tôt en Alsace, pas qu’elle y soit née.

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