Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Les fêtes de décembre et janvier
La Saint-Nicolas se fête le 6 décembre, jour présumé de la mort de Nicolas, évêque de Myre au IVe siècle, devenu le patron des enfants et des écoliers. Dans l’Est de la France, en Lorraine surtout, et en Belgique, c’est une fête de famille à part entière : la veille, les enfants posent leurs souliers près de la cheminée avec une carotte pour l’âne du saint ; au matin, ils y trouvent pain d’épices, friandises ou jouet, tandis que le père Fouettard menace ceux qui n’ont pas été sages.
Derrière ces gestes simples se cache une longue histoire : un évêque d’Asie Mineure dont on ne sait presque rien, des reliques enlevées par des marins italiens, un duc de Lorraine qui fait du saint le protecteur de son pays, et une légende de boucher qui fait encore frissonner les enfants de Nancy.
Le saint Nicolas de l’histoire est un évêque de Myre, en Asie Mineure, dans l’actuelle Turquie. Le Centre interdiocésain du patrimoine et des arts religieux de Belgique (CIPAR) résume ce que les historiens avancent : il serait né à Patare vers 260, dans une riche famille chrétienne, serait devenu orphelin à vingt ans et aurait consacré la plus grande part de son héritage aux plus démunis, avant d’être choisi comme évêque de Myre sans avoir été prêtre. Emprisonné sous Dioclétien, libéré vers 313 sous Constantin, il aurait pris part au concile de Nicée en 325 et serait mort dans les années 330.
Le même centre prévient pourtant, avec une honnêteté qu’on aimerait lire plus souvent : « Une nette disproportion se remarque entre ce qu’on sait de sa vie, c’est-à-dire à peu près rien, et son culte, quant à lui très développé. » Presque tout ce que l’on raconte de Nicolas appartient donc à la légende. Et c’est la légende qui a fait la fête.
Le tournant se joue en 1087. Les ossements de l’évêque, conservés à Myre et réputés suinter une huile sacrée, sont enlevés par des marins de Bari, qui les ramènent dans leur ville des Pouilles la nuit du 9 mai 1087 ; une basilique est bâtie pour les accueillir entre 1089 et 1197. De là, le culte gagne l’Occident : les Normands installés en Italie du Sud le rapportent vers la Normandie, d’où il se répand dans les pays du Nord.
Le 6 décembre correspond à la date présumée de la mort de Nicolas, que la tradition appelle sa dormition. C’est la règle ordinaire du calendrier des saints : on fête le jour où le saint quitte la terre, pas celui où il y arrive. Bari honore d’ailleurs son saint deux fois par an, le 6 décembre et du 7 au 9 mai, en souvenir de l’arrivée des reliques par la mer.
En Lorraine, la fête commence en réalité la veille. La fiche consacrée aux fêtes de Saint-Nicolas de Nancy dans l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France décrit l’usage qui se fixe au XIXe siècle : le soir du 5 décembre, dans chaque village, un homme du pays habillé en saint Nicolas, barbu, crossé et mitré, passe de maison en maison, souvent accompagné d’un âne. Il bénit la maison, interroge les enfants sur leur conduite, leur recommande l’obéissance et leur distribue quelques friandises ou des noisettes. Le père Fouettard, lui, rabroue ceux dont on lui a rapporté les bêtises.
Si saint Nicolas est le patron des enfants, c’est à cause d’une histoire franchement effrayante. Trois petits enfants partis glaner aux champs se perdent et demandent l’hospitalité à un boucher, qui les tue, les découpe et les met au saloir. Sept ans plus tard, saint Nicolas frappe à la même porte, réclame le petit salé préparé sept ans plus tôt, puis ressuscite les trois enfants pendant que le boucher s’enfuit. La Légende dorée, au XIIIe siècle, rapporte déjà ce miracle.
La version chantée que connaissent les Lorrains, « La légende des trois enfants », est un ancien cantique du XVIe siècle, que Gérard de Nerval reprend environ 350 ans plus tard. Selon la fiche d’inventaire de Nancy, il n’est pas rare, en Lorraine, d’entendre des adultes de tout âge en entonner les premiers couplets, comme ceux de la comptine « Grand saint Nicolas patron des écoliers ».
Si saint Nicolas est le patron des enfants, c’est à cause d’une histoire franchement effrayante.
L’origine de ce patronage tient peut-être à une méprise. Le CIPAR rappelle qu’on représentait autrefois le saint à côté d’une tour tronquée, ouverte pour laisser voir la tête et le buste de trois officiers qu’il avait sauvés d’une condamnation injuste. La tour aurait été prise pour un baquet, et les officiers pour des enfants. L’iconographie garde la trace de ces hésitations : dans certaines images, trois jeunes filles remplacent les garçons dans le cuveau.
Ces jeunes filles renvoient à une autre légende, qui explique un détail des souliers de décembre. Nicolas aurait sauvé trois sœurs que leur père, trop pauvre pour les doter, s’apprêtait à livrer à la prostitution : il aurait jeté des bourses pleines d’argent dans les bas qu’elles avaient mis à sécher sur la cheminée. C’est en souvenir de ce geste, selon le CIPAR, que les enfants reçoivent une orange à la Saint-Nicolas, un fruit qu’on appelait autrefois pomme d’or.
La Lorraine a une raison précise d’aimer saint Nicolas, et une date. La fiche d’inventaire la donne en une phrase : « René II, à l'issue de la bataille de Nancy en 1477, a fait de saint Nicolas le patron de la Lorraine. » Le duc vient de vaincre Charles le Téméraire sous les murs de sa capitale ; le saint devient le protecteur du duché, et il est encore célébré dans la plupart des villes et villages de la région.
Le culte lorrain est pourtant plus ancien que la bataille. Il s’enracine à Saint-Nicolas-de-Port, au sud-est de Nancy, où l’association Connaissance et renaissance de la basilique de Saint-Nicolas-de-Port rapporte la tradition fondatrice : « L’histoire a retenu qu’un chevalier nommé Aubert de Varangéville, de passage à Bari, aurait rapporté une phalange de saint Nicolas », qu’il déposa au village de Port vers 1090. Cette relique, la « dextre bénissante », attire des foules de pèlerins ; l’association estime que, de toutes les reliques du saint, c’est celle de Saint-Nicolas-de-Port qui a connu le plus de succès avec celles de Bari.
Une anecdote dit bien l’attachement des Portois à leur trésor. Dans la nuit du 6 au 7 décembre 1905, l’année de la séparation des Églises et de l’État, le bras-reliquaire est volé avec d’autres pièces, probablement pour le soustraire à l’inventaire des biens de l’Église. Vingt-cinq ans plus tard, en 1930, le curé découvre la totalité du trésor sur le maître-autel, au soir de la procession traditionnelle. Cette procession aux flambeaux rassemble toujours des milliers de personnes, le samedi le plus proche du 6 décembre.
À Nancy, la Saint-Nicolas est tenue pour la principale fête de famille de l’année : la fiche d’inventaire note que les parents installés dans d’autres régions reviennent pour l’occasion et que les générations s’y mêlent. Le grand défilé en est le sommet. Saint Nicolas y abandonne peu à peu son âne : une voiture en 1909, puis un premier char en 1924, à l’initiative de la Fédération des commerçants. Le boucher et les trois enfants du saloir entrent dans le cortège en 1933 et ne le quittent plus.
Le déroulé est réglé comme une pièce de théâtre. Plus de cinquante éléments défilent sur 1,3 kilomètre, dont les chars des communes de la métropole. L’intensité monte jusqu’aux trois personnages de la légende : le père Fouettard juché sur son âne mécanique, le boucher qui harangue la foule depuis sa boutique roulante, puis les trois enfants dans le saloir. Saint Nicolas ferme la marche sur un char illuminé. La fiche compte près de 100 000 spectateurs pour le seul défilé de 2017.
Le moment le plus attendu se joue ensuite place Stanislas. Saint Nicolas paraît au balcon de l’hôtel de ville et reçoit des mains du maire les clés de la cité, après un discours adressé à tous, et d’abord aux personnes démunies. Confettis, feux d’artifice, applaudissements : cette remise symbolique des clés s’installe dans les années 1980, en même temps que le feu d’artifice de clôture.
La Saint-Nicolas familiale tient en quelques gestes, appris en famille plus qu’à l’école. Le soir, les enfants déposent près de la cheminée ou de la porte leurs souliers, autrefois leurs sabots, avec une carotte pour l’âne. Selon les familles, on laisse aussi au saint un dessin ou une lettre, et à son âne de l’avoine ou un morceau de sucre.
Au matin, chaque enfant découvre un pain d’épices, un jouet, et jadis une orange, que la fiche d’inventaire décrit comme un « fruit exceptionnel et cher alors ». Les plus indisciplinés trouvaient des verges, invitation assez directe à mieux se tenir. Ce compagnon qui menace pendant que le saint récompense a ses équivalents ailleurs en Europe : nous leur consacrons un article, Krampus, père Fouettard et les compagnons sombres de saint Nicolas.
La coutume des cadeaux familiaux est ancienne. La fiche d’inventaire la dit précisément attestée au XVIIe siècle, dans les familles modestes comme chez les plus illustres. Une scène peinte au château de Schönbrunn montre la famille impériale de Habsbourg-Lorraine fêtant la Saint-Nicolas en 1760 : la jeune Marie-Antoinette reçoit un cadeau, tandis que son frère Ferdinand est menacé de verges par sa sœur Marie-Christine. Leur père, François-Étienne de Lorraine, avait emporté la tradition de ses ancêtres jusqu’à Vienne.
Le pain d’épices à l’effigie du saint est l’autre marqueur de la fête lorraine. À Nancy, la maison Lefèvre-Lemoine confectionne dès 1840 des saint Nicolas en chocolat et en pain d’épices ; Joseph Eidel, maître-confiseur de la maison Jean Lalonde à partir de 1902, est le premier à dessiner sur le pain d’épices des yeux, une bouche et un sourire, en plus de la barbe, de la crosse et de la mitre. Pour l’histoire de ce gâteau d’hiver, voyez aussi notre article sur le pain d’épices de Noël en Alsace.
En Belgique, la Saint-Nicolas compte parmi les fêtes les plus attendues des enfants. Le CIPAR rappelle qu’autrefois, les enfants remplissaient un sabot de foin pour le cheval blanc du saint, laissé devant la cheminée, et le retrouvaient au matin rempli de friandises. En Wallonie, un âne aide saint Nicolas à porter les jouets ; en Flandre, Sinterklaas arrive en bateau d’Espagne avec son cheval blanc et défile dans les grandes villes en distribuant friandises et spéculoos.
Le spéculoos est le biscuit de la fête. Un reportage de franceinfo sur le spéculoos, patrimoine belge, le résume ainsi : « Saint-Nicolas fait le tour des maisons et des écoles, avec son lot de cadeaux, et toujours des spéculoos. » La pâte tient en trois ingrédients, beurre, sucre brun et farine, mais ce sont les épices, aux proportions gardées secrètes, qui lui donnent son goût. Le reportage le dit vieux de 500 ans.
La fête déborde du cadre familial. Certaines entreprises belges offrent à leur personnel, le 6 décembre, un petit colis de spéculoos, de chocolat et de mandarines, et les étudiants de Liège et de Namur fêtent leur protecteur par un grand cortège. À Liège, ville jumelée avec Nancy, la première fête étudiante de Saint-Nicolas remonte à 1904.
Au Luxembourg, la tradition a connu un épisode inattendu. Après la libération du pays par les Alliés, en septembre 1944, des soldats américains repliés à Wiltz découvrent le Kleeschen, le saint Nicolas luxembourgeois. Le 6 décembre 1944, un caporal américain, Richard Brookins, parcourt les rues en « American St. Nick » et distribue aux enfants des bonbons et le chocolat des rations militaires.
Saint Nicolas et le Père Noël se ressemblent, et ce n’est pas un hasard : le second doit beaucoup au premier. Là où la Saint-Nicolas reste vivante, les deux ne se confondent pourtant pas. Saint Nicolas porte les habits d’un évêque, la mitre sur la tête, la crosse dans la main gauche, et il bénit de la droite ; il passe le 6 décembre, avec son âne ou son cheval, flanqué du père Fouettard. Le Père Noël, lui, arrive dans la nuit du 24 au 25.
Le CIPAR remarque que les images du XXe siècle montrent saint Nicolas en aimable vieillard à longue barbe blanche, ce qui le fait souvent confondre avec son compère. Comment l’évêque de Myre a traversé l’Atlantique pour devenir Santa Claus, c’est l’objet de notre article sur les origines du Père Noël.
En Alsace, la fête prend encore d’autres couleurs. La fiche d’inventaire range parmi les compagnons de saint Nicolas le père Fouettard, Hans Trapp et le Christkindel, et note que le saint y apporte des friandises comme les männele, petits bonshommes briochés. Ces personnages ont leur place dans notre dossier sur Noël en Alsace.
Si vous voulez voir la fête plutôt que la lire, voici les rendez-vous décrits par les sources citées ici :
D’une ville à l’autre, le scénario reste le même : un saint qui récompense, un compagnon qui menace, des friandises modestes et des enfants qui retiennent leur souffle. La Saint-Nicolas a survécu à la Révolution, aux deux guerres mondiales et à la concurrence du Père Noël sans changer de morale, ce qui en dit long sur la force de cette tradition de décembre.
Le 6 décembre est la date présumée de la mort de Nicolas, évêque de Myre au IVe siècle. Le calendrier des saints retient le jour de la mort, que la tradition appelle ici la dormition. En Lorraine, la fête commence dès le soir du 5 décembre : c’est ce soir-là que saint Nicolas passait autrefois de maison en maison, et que les enfants déposent leurs souliers près de la cheminée.
Saint Nicolas est un évêque : il porte la mitre et la crosse, passe le 6 décembre avec un âne ou un cheval blanc, et il est accompagné du père Fouettard, chargé de gronder les enfants pas sages. Le Père Noël, qui descend en partie de lui, apporte les cadeaux dans la nuit du 24 au 25 décembre. En Lorraine, en Alsace et en Belgique, les deux fêtes coexistent.
La veille, les enfants posent leurs souliers près de la cheminée ou de la porte, avec une carotte, de l’avoine ou un morceau de sucre pour l’âne du saint. Au matin, ils y trouvent traditionnellement un pain d’épices, des friandises, un petit jouet et parfois une orange, souvenir des bourses d’or que Nicolas aurait jetées dans les bas de trois jeunes filles. En Belgique, les spéculoos sont de la partie.
Nancy organise un grand défilé, clos par la remise des clés de la ville au saint place Stanislas. Saint-Nicolas-de-Port accueille une procession aux flambeaux le samedi le plus proche du 6 décembre. Metz, Épinal et d’autres villes lorraines ont leurs défilés de chars ; en Belgique, les étudiants de Liège et de Namur organisent leur propre cortège.
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