Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Les fêtes de décembre et janvier
Les chrétiens orthodoxes qui fêtent Noël le 7 janvier ne célèbrent pas une autre date : ils fêtent le 25 décembre, mais celui du calendrier julien, qui retarde aujourd’hui de treize jours sur le calendrier grégorien de la vie civile. Le 25 décembre julien tombe donc le 7 janvier de nos agendas, et la veille de Noël le 6 janvier.
Tous les orthodoxes ne sont pas dans ce cas. Depuis 1923, une partie des Églises orthodoxes a adopté un calendrier julien révisé et fête Noël le 25 décembre, comme les catholiques et les protestants. La date de Noël sépare donc moins l’Orient de l’Occident que les Églises orthodoxes entre elles.
Le père Lawrence Farley, prêtre de l’Église orthodoxe en Amérique, résume le malentendu avec humour. Beaucoup de gens ont appris que les orthodoxes fêtent Noël treize jours après les chrétiens d’Occident ; lui leur répond que beaucoup d’orthodoxes fêtent Noël le 25 décembre avec les autres chrétiens, et que ceux qui suivent le calendrier julien le fêtent aussi le 25 décembre, simplement plus tard :
even those Orthodox who use the Julian calendar also celebrate Christmas on December 25 but just don’t get around to that date until January 7
Le service de l’œcuménisme du diocèse de Paris en tire la conclusion qui s’impose : parler d’un « Noël catholique » le 25 décembre et d’un « Noël orthodoxe » le 7 janvier est une erreur. Certains orthodoxes fêtent Noël le 25 décembre, et certains catholiques de rite oriental le 7 janvier, selon la communauté à laquelle ils appartiennent, dans la diaspora ou dans le pays de leur Église.
L’écart vient d’une réforme du calendrier civil, pas d’un désaccord sur la fête. Le calendrier julien, hérité de Rome, place une année bissextile tous les quatre ans sans exception, ce qui le rend un peu trop long : au fil des siècles, ses dates glissent par rapport aux saisons. En 1582, le pape Grégoire XIII impose à l’Église romaine un calendrier corrigé, que l’on appelle depuis grégorien.
Le père Farley rappelle que cette réforme n’avait aucune force légale hors de l’Église romaine : chaque pays l’a adoptée pour son calendrier civil quand il l’a voulu. L’Espagne, le Portugal, la France et l’Italie en 1582, la Grande-Bretagne protestante en 1752, la Suède et la Finlande l’année suivante, le Japon en 1873, l’URSS en 1918, la Grèce en 1923. Adopter le calendrier grégorien pour la vie civile n’obligeait pas une Église à l’adopter pour ses fêtes : l’Église russe a gardé le calendrier julien pour sa liturgie. Il précise aussi que le concile de Nicée, contrairement à ce qu’on lit parfois, n’avait imposé aucun calendrier civil.
L’écart vient d’une réforme du calendrier civil, pas d’un désaccord sur la fête.
L’écart n’est pas figé. Le calendrier grégorien supprime trois années bissextiles tous les quatre siècles, le julien n’en supprime aucune. Les treize jours actuels deviendront donc quatorze en 2100, année bissextile pour l’un et pas pour l’autre : à partir de là, le Noël julien tombera le 8 janvier.
En mai 1923, un congrès réuni à Constantinople propose aux Églises orthodoxes un calendrier julien révisé. La notice d’OrthodoxWiki en donne le mécanisme : le 1er octobre 1923 julien devient le 14 octobre, soit treize jours supprimés, et une nouvelle règle des années bissextiles, proposée par l’astronome Milutin Milanković, délégué du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, aligne ce calendrier sur le grégorien pour des siècles.
This means that the two calendars will first differ in 2800
Jusqu’en 2800, le 25 décembre du calendrier révisé tombe donc le 25 décembre grégorien. Ce calendrier a été adopté par les Églises de Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche, de Grèce, de Chypre, de Roumanie, de Pologne et de Bulgarie (cette dernière en 1963). Il a été refusé par les Églises de Jérusalem, de Russie, de Serbie, d’Ukraine et de Géorgie, ainsi que par les communautés dites vieux-calendaristes. Pâques, en revanche, reste calculée selon le calendrier julien dans toutes les Églises orthodoxes, sauf en Finlande et en Estonie.
Le diocèse de Paris compte chez les chrétiens quatre dates de Noël : « le 25 décembre, le 6 janvier, le 7 janvier et aussi le 19 janvier à Jérusalem ». Le tableau suivant les répartit d’après les sources citées sur cette page.
| Église ou pays | Date de Noël dans le calendrier civil | Pourquoi |
|---|---|---|
| Églises orthodoxes de Russie, de Serbie, de Géorgie, de Jérusalem | 7 janvier | Calendrier julien |
| Orthodoxes du Monténégro et de Macédoine du Nord | 7 janvier | Calendrier julien |
| Éthiopie (Genna) | 7 janvier | Date des orthodoxes éthiopiens, selon l’agence de presse du pays |
| Églises de Constantinople, d’Alexandrie, d’Antioche, de Grèce, de Chypre, de Roumanie, de Pologne, de Bulgarie | 25 décembre | Calendrier julien révisé |
| Église orthodoxe d’Ukraine | 25 décembre | Calendrier julien révisé, adopté en 2023 |
| Église arménienne apostolique | 6 janvier (19 janvier à Jérusalem) | Noël et baptême du Christ fêtés ensemble |
Toutes les dates de Noël, toutes confessions confondues, sont rassemblées dans notre page sur les dates de Noël dans le monde.
Le 6 janvier prend trois sens selon l’Église. Dans les Balkans orthodoxes, c’est la veille de Noël, dernier jour du jeûne. Pour les catholiques latins, c’est l’Épiphanie, douze jours après Noël, que la France fête avec la galette des rois. Pour l’Église arménienne apostolique, c’est Noël lui-même.
Les Arméniens ont gardé l’usage le plus ancien. Le diocèse de Paris rappelle qu’aux premiers siècles, certains chrétiens célébraient le même 6 janvier la naissance de Jésus, l’Épiphanie et les noces de Cana, et qu’au plus tard en 354 on a détaché une fête de Noël distincte, fixée au 25 décembre. L’Église arménienne apostolique n’a pas séparé les deux fêtes : le 6 janvier, elle célèbre en une seule Théophanie la venue du Christ et son baptême. Seul son patriarcat de Jérusalem, resté au calendrier julien, la fête le 19 janvier.
Le même compte relie ces dates aux douze jours de Noël : toutes les Églises fêtent l’Épiphanie douze jours après leur Noël, le 6 ou le 19 janvier, l’Église arménienne mise à part.
En Serbie, au Monténégro et en Macédoine du Nord, le Noël orthodoxe est une fête de famille, plus calme que le Nouvel An, qui est le jour où l’on échange traditionnellement les cadeaux. Les correspondants du service balkanique de Radio Free Europe en décrivent les étapes :
As Orthodox believers, most Serbians, Montenegrins, and Macedonians celebrate Christmas on January 7, sharing many of the same distinctive regional customs.
La veille, le 6 janvier, s’appelle Badnji dan. Elle doit son nom au badnjak, des branches de chêne que le chef de famille va couper le matin et que l’on allume dans l’âtre au début du repas du soir, pour qu’elles brûlent pendant tout le jour de Noël. Le rite ressemble à notre bûche de Noël et a probablement des origines préchrétiennes, liées au retour du soleil après le solstice. À Belgrade, le badnjak est brûlé chaque année devant la cathédrale Saint-Sava ; en ville, beaucoup achètent désormais leurs branches au marché pour décorer la table, faute de cheminée.
Le repas de la veille reste sans viande, puisqu’il clôt le jeûne : poisson rôti, haricots, pommes de terre, pain, salade, compote, fruits secs et frais. On glisse souvent de la paille sous la nappe, en souvenir de l’étable de la Nativité. Pendant les fêtes, on se salue autrement qu’à l’ordinaire : l’un annonce que le Christ est né, l’autre répond qu’il est vraiment né.
Le déjeuner de Noël, après l’office du matin, rompt le jeûne. Au centre de la table, la česnica, un pain sans levure dont chaque famille a sa recette, cache une pièce de monnaie : celui qui la trouve dans sa part peut espérer une année prospère. Suivent le porc rôti, la pečenica, les sarma, feuilles de chou farcies, et le baklava aux noix.
L’Éthiopie fête elle aussi Noël le 7 janvier, sous le nom de Genna. L’agence de presse éthiopienne décrit Lalibela, célèbre pour ses églises taillées dans la roche et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, comme le lieu où tous les fidèles voudraient passer ce jour-là. Des centaines de milliers de personnes s’y pressent, avec les pèlerins, les moines et les prêtres.
La fête y a une résonance particulière, puisqu’elle coïncide avec l’anniversaire du roi saint Lalibela. La ville porte le surnom de Jérusalem de l’Afrique, pour ses onze églises et pour le cours d’eau artificiel baptisé Jourdain qui, selon l’agence, fut une vision du roi. Les cérémonies, précise-t-elle, ont très peu changé depuis des siècles.
L’Ukraine offre l’exemple le plus récent d’un changement de date. Le Kyiv Independent rapporte que le président Volodymyr Zelensky a signé le 28 juillet 2023 une loi qui déplace le Noël férié du 7 janvier au 25 décembre, dans le cadre, selon lui, d’un renoncement à l’héritage russe. La veille, l’Église orthodoxe d’Ukraine avait adopté le calendrier julien révisé, avec effet au 1er septembre suivant : ses fêtes à date fixe, Noël compris, tombent désormais aux mêmes dates que dans le calendrier grégorien.
Jusque-là, l’Église orthodoxe d’Ukraine et les gréco-catholiques ukrainiens suivaient l’ancien calendrier julien, comme l’Église orthodoxe russe. Le père Farley le reconnaît de son côté : pour ses défenseurs, le calendrier julien sert aussi à marquer la différence entre l’orthodoxie et le reste du monde chrétien. La date de Noël, chez les orthodoxes, n’est donc pas seulement une affaire d’astronomie ; elle dit aussi à quelle Église, et parfois à quel pays, on se rattache.
Parce qu’une partie des Églises orthodoxes fixe ses fêtes selon le calendrier julien, qui retarde de treize jours sur le calendrier grégorien. Elles fêtent Noël le 25 décembre julien, qui correspond au 7 janvier du calendrier civil. Ce n’est donc pas une autre date de Noël, mais le même 25 décembre compté dans un autre calendrier.
Non. Depuis le congrès de Constantinople de 1923, les Églises qui ont adopté le calendrier julien révisé, comme celles de Constantinople, de Grèce, de Roumanie ou de Bulgarie, fêtent Noël le 25 décembre. Les Églises de Russie, de Serbie, de Géorgie et de Jérusalem le fêtent le 7 janvier. L’Église orthodoxe d’Ukraine est passée au 25 décembre en 2023.
Le 6 janvier est la veille du Noël fêté le 7 : dans les Balkans, c’est le jour du badnjak et du repas sans viande qui clôt le jeûne. C’est aussi la date de Noël de l’Église arménienne apostolique, qui célèbre le même jour la naissance et le baptême du Christ, sauf à Jérusalem où elle le fête le 19 janvier.
Oui, pour les Églises qui suivent le calendrier julien : l’écart avec le calendrier grégorien passera de treize à quatorze jours en 2100, et leur Noël tombera alors le 8 janvier. Pour les Églises du calendrier julien révisé, Noël reste le 25 décembre grégorien jusqu’en 2800.
Le magazine
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