Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Symboles et coutumes
Les symboles végétaux et lumineux de Noël disent tous à peu près la même chose : au plus sombre de l’hiver, la vie continue et la lumière revient. Le houx, le lierre et le gui restent verts quand le reste de la nature dort ; la couronne de l’Avent et les bougies comptent les jours jusqu’à la fête ; le poinsettia, venu du Mexique, porte la nuit de Noël jusque dans son nom.
Chacun a pourtant son histoire propre, parfois bien plus ancienne que le christianisme, parfois étonnamment récente : la couronne de l’Avent, par exemple, a été inventée en 1839.
| Symbole | D’où il vient | Ce qu’il signifie |
|---|---|---|
| Houx | Verdure d’hiver des campagnes anglaises, relue par le christianisme | La couronne d’épines du Christ ; la protection de la maison |
| Lierre | Associé au houx dans la tradition anglaise | La renaissance, mais aussi la mort et la mélancolie |
| Gui | Plante sacrée des druides selon Pline l’Ancien ; mythe nordique de Balder | L’amour, la vie qui dure, le baiser de Noël |
| Couronne de l’Avent | Hambourg, 1839, Johann Hinrich Wichern | L’attente de Noël, un cierge par dimanche de l’Avent |
| Bougies | Fêtes romaines du solstice, liturgie chrétienne | Le retour de la lumière |
| Poinsettia | Mexique, la « Flor de Noche Buena » | La fleur de la nuit de Noël |
Rentrer du feuillage vert dans la maison en plein hiver est un geste plus ancien que Noël. L’article de l’Encyclopédie canadienne sur Noël au Canada rappelle que des rameaux d’espèces toujours vertes ornaient maisons et temples lors des fêtes du solstice dans tout l’Empire romain, et qu’aux Saturnales, fête romaine de décembre, on s’offrait des cadeaux, en particulier des bougies de cire, peut-être pour signifier le retour de la lumière après le solstice.
Le christianisme a repris ces verdures en leur donnant un sens nouveau. Pour Peter Glaves, de l’université de Northumbria, auteur d’un article de The Conversation sur le houx et le lierre, apporter de la végétation verte dans la maison est étroitement lié à l’idée de renaissance, celle du printemps comme celle du Christ. Houx, lierre et gui ont en commun d’être des plantes vertes en hiver, et leur écologie explique en grande partie leurs usages culturels.
Le sapin appartient à la même famille de symboles, mais son histoire, des villes d’Alsace aux cours d’Europe, mérite un récit à part : l’histoire du sapin de Noël.
Le gui doit une grande part de son prestige à un texte latin du Ier siècle. Dans son Histoire naturelle (livre XVI, chapitre 95), Pline l’Ancien écrit que les druides de Gaule ne tenaient rien pour plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte, à condition que ce soit un chêne. Le gui de chêne étant rare, sa cueillette obéissait à un rituel précis, que Pline décrit ainsi dans la traduction anglaise de Bostock et Riley conservée par la bibliothèque numérique Perseus.
Clad in a white robe the priest ascends the tree, and cuts the mistletoe with a golden sickle, which is received by others in a white cloak.
Deux taureaux blancs étaient ensuite sacrifiés. Selon Pline, les Gaulois prêtaient au gui le pouvoir de rendre féconds les animaux stériles et d’agir comme antidote à tous les poisons. Les Celtes, rappelle Peter Glaves, y voyaient une plante qui guérit tout.
Cette réputation a laissé une trace jusque dans les vœux du Nouvel An. Au Québec, le nom de la guignolée, quête de porte en porte avant Noël, viendrait de l’expression « Au gui l’an neuf » : c’est l’une des coutumes racontées dans Noël au Québec, entre réveillon et tourtière.
S’embrasser sous le gui viendrait d’un mythe nordique, selon les Jardins botaniques royaux de Kew. Balder, fils d’Odin, est tué par une flèche faite de gui ; sa mère, Frigg, le pleure, et ses larmes deviennent les baies blanches de la plante, signe de son amour pour lui. Kew reconnaît que l’interprétation de ces légendes varie, mais y voit le point de départ de l’association entre le gui et l’amour. Les Celtes, eux, suspendaient des brins de gui au-dessus des portes.
La coutume prend son essor au XIXe siècle grâce à la littérature, en Angleterre comme en Amérique. Dans Les Papiers posthumes du Pickwick Club de Charles Dickens, comme dans les nouvelles de Washington Irving, on s’embrasse sous le gui. La règle de l’époque, rapporte Kew, autorisait un homme à embrasser toute femme placée sous le gui, et l’on cueillait une baie à chaque baiser ; accepter portait bonheur, refuser portait malheur.
Peter Glaves ajoute une lecture moins sage : les premières associations du gui étaient plutôt sexuelles, ce que suggère la forme de la plante, avec ses baies blanches à la jonction des tiges. Le nom anglais, mistletoe, signifierait même « dung on a stick », de la fiente sur une branche : Pline croyait déjà que les graines du gui devaient passer par un oiseau pour germer.
Oui, le gui est toxique, et il se garde hors de portée des enfants et des animaux. Kew est net : « Despite its romantic reputation, mistletoe is actually poisonous to humans. » Kew attribue cette toxicité à la phoratoxine, une substance concentrée surtout dans les feuilles.
Le degré de risque varie selon les variétés. The Conversation précise que les variétés d’Europe du Sud contiennent des toxines, que celles du Royaume-Uni le sont moins et qu’aucun cas récent d’empoisonnement n’y est connu. La prudence reste la règle : un bouquet de gui se suspend en hauteur, là où ni un enfant ni un chien ne peut attraper les baies tombées.
Oui, le gui est toxique, et il se garde hors de portée des enfants et des animaux.
Le houx est le symbole de Noël le plus chargé de sens chrétien. Ses feuilles piquantes et ses baies rouges évoquent la couronne d’épines du Christ, une lecture que The Conversation résume ainsi : « It is the holly that most closely bears the crown – its spiny leaves and red berries link to Jesus’ crown of thorns. » L’auteur relève lui-même le paradoxe : ce lien expliquerait mieux la place du houx à Pâques qu’à Noël.
D’autres usages, plus terre à terre, ont compté. Le houx était un arbre précieux des parcs à cerfs et des domaines de chasse, où il servait de nourriture en hiver ; dans la New Forest, au sud de l’Angleterre, on le coupe encore pour nourrir les poneys. Son feuillage dense et piquant protégeait aussi les jeunes arbres de valeur contre les animaux qui les broutent.
Le houx passait enfin pour protéger la maison. Celui que l’on dispose autour de la porte agirait, selon une croyance rapportée par Peter Glaves, comme un papier tue-mouches pour les fées, en piégeant les esprits malveillants qui tenteraient d’entrer.
Le lierre accompagne le houx dans la tradition anglaise, jusque dans le chant de Noël The Holly and the Ivy. L’association serait bien plus ancienne que Noël : The Conversation la rattache à l’idée d’un houx masculin et d’un lierre féminin, brûlés ensemble lors de la fête païenne de Beltane.
Le lierre est le plus ambivalent des feuillages de Noël. Comme le gui, il est lié à la fois à Noël et à l’amour ; mais il est aussi associé à la mort et à la mélancolie, en même temps qu’à la renaissance. Plante grimpante toujours verte, il forme dans la cime des arbres des masses denses qui peuvent nuire à son hôte, exactement comme le gui.
La couronne de l’Avent est un cercle de branchages verts portant quatre bougies, que l’on allume une à une, un dimanche après l’autre, jusqu’à Noël. L’Église catholique en France y voit « quatre cierges sur un cercle de rameaux verts », une belle évocation de ce temps où, écrit-elle, « le temps de l’Avent apporte cette sereine et discrète lumière qui déjà annonce la joie de Noël ».
Son origine est pourtant précise, et protestante. Elle est née à Hambourg, au Rauhes Haus, un foyer pour enfants pauvres fondé par le théologien Johann Hinrich Wichern. Le journal des musées historiques de Hambourg date la première couronne de 1839.
Es war im Jahre 1839, als unter der Decke des Betsaals des Rauhen Hauses in Hamburg-Horn zum ersten Mal die Lichter des Adventskranzes angingen.
En français : c’est en 1839 que, sous le plafond de la salle de prière du Rauhes Haus, à Hamburg-Horn, les lumières de la couronne de l’Avent s’allumèrent pour la première fois. Cette première couronne ne ressemblait guère aux nôtres. En bois, grande comme une roue de charrette, elle portait des bougies rouges pour les jours de semaine et des bougies blanches pour les dimanches de l’Avent ; on en allumait une de plus chaque jour, si bien qu’à la veille de Noël toutes brûlaient.
Selon la date du premier dimanche de l’Avent, la couronne de Wichern comptait de 18 à 24 bougies rouges. Les branches de sapin et les rubans blancs ne l’ornent qu’à partir de 1860. La couronne à quatre bougies est une version réduite, pensée pour entrer dans les salons : pour la rendre maniable, on n’a gardé que les bougies des quatre dimanches. Compter les jours avant Noël a pris d’autres formes encore, dont le calendrier de l’Avent, avec son histoire et ses traditions.
Les bougies de Noël célèbrent la lumière au moment où les jours sont les plus courts. Dans l’hémisphère Nord, le solstice d’hiver tombe entre le 20 et le 23 décembre, et les fêtes romaines ou celtes de cette saison célébraient déjà le renouveau et le retour de la lumière. Selon l’Encyclopédie canadienne, le christianisme y a trouvé un complément naturel : la naissance du Christ, lumière venue dans le monde.
Les bougies ont trouvé leur place sur le sapin bien avant les guirlandes électriques. Une légende populaire, que l’Encyclopédie canadienne rapporte sans la garantir, attribue à Martin Luther l’idée d’éclairer l’arbre de bougies pour figurer les étoiles d’une nuit de Noël claire. Le passage de la flamme à l’ampoule, puis aux lumières des villes, est une autre histoire : l’histoire des illuminations de Noël.
Dans les églises, le cierge garde son sens liturgique. Sur la couronne de l’Avent, la flamme qui gagne un cierge de plus chaque dimanche dit l’approche de Noël, et la lumière grandit à mesure que la fête approche.
Le poinsettia, que l’on appelle en français étoile de Noël, est le plus jeune des symboles de cette liste. Au Mexique, on le nommait plante de feu, feuille peinte ou « Flor de Noche Buena », la fleur de la nuit de Noël, en référence à une première floraison que la légende place la veille de Noël. Ce que l’on prend pour des pétales rouges sont des feuilles disposées en étoile, d’où son nom français.
Son nom botanique vient d’un diplomate américain. Le service historique de la Chambre des représentants des États-Unis raconte que Joel Roberts Poinsett, nommé en 1825 premier représentant diplomatique des États-Unis au Mexique, rapporte la plante « As early as 1826 » et la cultive dans ses serres de Caroline du Sud ; la date exacte de ce premier envoi varie d’un récit à l’autre. Poinsett en adresse des spécimens au botaniste Robert Buist, à Philadelphie.
Exposée le 6 juin 1829 sous le nom latin d’Euphorbia pulcherrima, la plante est l’une des vedettes de la première exposition florale de la Société d’horticulture de Pennsylvanie. En 1835, Buist la rebaptise Euphorbia Poinsettia en l’honneur de Poinsett, et le nom s’impose en Europe comme aux États-Unis.
Le baiser sous le gui viendrait d’un mythe nordique : les larmes de Frigg, pleurant son fils Balder tué par une flèche de gui, seraient devenues les baies blanches de la plante, signe de son amour. La coutume s’est répandue au XIXe siècle en Angleterre et en Amérique, grâce à Dickens et à Washington Irving. On cueillait alors une baie à chaque baiser.
Pour la tradition chrétienne, les feuilles piquantes et les baies rouges du houx évoquent la couronne d’épines du Christ. Plante verte en plein hiver, il dit aussi la vie qui continue. Une croyance ancienne lui prêtait enfin le pouvoir de protéger la maison en piégeant les esprits malveillants à la porte.
Les quatre bougies correspondent aux quatre dimanches de l’Avent : on en allume une de plus chaque dimanche jusqu’à Noël. La première couronne, créée à Hambourg en 1839 par Johann Hinrich Wichern, portait une bougie par jour de l’Avent : de 18 à 24 bougies rouges pour les jours de semaine, et des blanches pour les dimanches. La version à quatre bougies est une réduction pensée pour les maisons.
Oui : les Jardins botaniques royaux de Kew rappellent que le gui est toxique pour l’homme, en particulier ses feuilles, qui contiennent de la phoratoxine. Kew conseille de le tenir éloigné des enfants et des animaux. Suspendez-le en hauteur et ramassez les baies qui tombent.
Le poinsettia doit son nom français à ses feuilles rouges disposées en étoile, que l’on prend souvent pour des pétales. Au Mexique, d’où il vient, on l’appelait « Flor de Noche Buena », la fleur de la nuit de Noël, parce que la légende place sa première floraison la veille de Noël. Son nom de poinsettia rend hommage au diplomate américain Joel Roberts Poinsett.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
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