Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Symboles et coutumes
Le premier calendrier de l’Avent imprimé, sorti des presses munichoises en 1908, n’avait aucune fenêtre : il proposait aux enfants des images à découper et à coller, une par jour, jusqu’à Noël. Le calendrier de l’Avent est pourtant né bien avant lui, dans les familles protestantes d’Allemagne au XIXe siècle, sous des formes que chacun fabriquait chez soi : des traits de craie, des images, des brins de paille, des bougies.
Son principe n’a pas changé depuis : rendre visible l’attente de Noël, jour après jour, pour ceux qui ont le plus de mal à patienter.
Le calendrier de l’Avent vient d’Allemagne, et plus précisément du milieu protestant du XIXe siècle. L’éditeur Richard Sellmer, qui publie des calendriers de l’Avent à Stuttgart depuis 1945, en retrace l’histoire sur son site. Dans les familles pieuses, raconte-t-il, on accrochait au mur une image par jour de décembre, vingt-quatre en tout. Ailleurs, on dessinait vingt-quatre traits de craie sur un mur ou sur une porte, et les enfants avaient le droit d’en effacer un chaque matin.
D’autres gestes faisaient le même travail. On déposait un brin de paille par jour dans la crèche jusqu’à la veille de Noël ; on laissait se consumer chaque jour une bougie de l’Avent jusqu’au repère suivant ; certaines maisons avaient leur « horloge de Noël ». La plus ancienne forme connue de calendrier fait main remonte, selon le même éditeur, à 1851.
Ce compte à rebours s’inscrit dans un Avent allemand très ritualisé, que raconte notre page sur les traditions de Noël en Allemagne.
Le calendrier à vingt-quatre cases a choisi la simplicité d’un mois qui s’achève la veille de Noël.
L’Avent est le temps qui précède Noël dans le calendrier chrétien : quatre dimanches, dont le premier ouvre l’année liturgique. Le mot vient du latin adventus, la venue. Le calendrier de l’Avent en est la version domestique, celle qui compte les jours plutôt que les dimanches.
Ce détail explique une différence que beaucoup de familles remarquent sans se l’expliquer. L’Avent liturgique ne commence pas à date fixe, et sa durée varie d’une année à l’autre. Le calendrier à vingt-quatre cases a choisi la simplicité d’un mois qui s’achève la veille de Noël. Le premier calendrier de bougies, à Hambourg, suivait au contraire l’Avent de l’Église, et sa longueur changeait chaque année.
Le plus célèbre des calendriers de bougies est une roue de charrette. En 1839, le pasteur protestant Johann Hinrich Wichern, qui accueillait des enfants en difficulté dans sa fondation du Rauhes Haus, à Hambourg, voulut leur rendre visible le temps qui les séparait de Noël. La fondation, qui existe toujours, raconte la suite en une phrase :
Und so bastelte er 1839 aus einem Wagenrad und Kerzen den ersten Adventskranz der Welt.
En français : c’est ainsi qu’il fabriqua en 1839, avec une roue de charrette et des bougies, la première couronne de l’Avent au monde. Cette première couronne était donc un calendrier. Le journal des musées d’histoire de Hambourg en décrit le fonctionnement : suspendue sous le plafond de la salle de prière, la roue portait une bougie pour chaque jour de l’Avent, de grandes bougies blanches pour les dimanches et de petites bougies rouges pour les jours de semaine. On en allumait une de plus chaque jour, jusqu’à la veille de Noël où toutes brûlaient. Comme l’Avent n’a pas toujours la même longueur, le nombre de bougies rouges variait d’une année à l’autre, entre 18 et 24.
Le sapin n’est venu garnir la roue qu’à partir de 1860. La couronne à quatre bougies que l’on pose aujourd’hui sur la table en est une version réduite, pensée pour entrer dans les salons : elle ne garde que les dimanches. Le sens que l’on prête à ces bougies et aux autres symboles de la saison est raconté dans notre page sur le houx, le gui, la couronne et les bougies de Noël.
Le nom qui revient le plus souvent est celui de Gerhard Lang (1881-1974), fils d’un pasteur souabe de Maulbronn. Enfant, il avait reçu de sa mère un carton divisé en vingt-quatre cases, et sur chacune elle avait cousu un « Wibele », une petite pâtisserie. Devenu associé de l’atelier lithographique Reichhold & Lang, à Munich, il remplace les pâtisseries par des images aux couleurs vives, à découper et à coller sur un carton.
En 1908, ce premier calendrier de l’Avent, encore dépourvu de fenêtres, sortit des presses.
On l’appelait alors le calendrier de Noël munichois. La notice que la base museum-digital consacre à la maison Reichhold und Lang précise que Lang le fit d’abord imprimer à Munich chez F. Reichhold sous la devise « Im Land des Christkindes », au pays de l’Enfant Jésus. C’est sous le nom de « Münchener Weihnachtskalender », suivi de la mention « Im Lande des Christkinds », que sort ensuite le premier calendrier de l’Avent à rencontrer un succès commercial. La maison en publie des dizaines de modèles :
Bis Ende der 1930er Jahre wurden in seinem Verlag 30 verschiedene Adventskalender in 40 Ausführungen aufgelegt.
Autrement dit, jusqu’à la fin des années 1930, sa maison publie trente calendriers différents, en quarante versions. En 1940, la pénurie de papier qui suit l’entrée en guerre, la concurrence et la pression sur les prix obligent Gerhard Lang à cesser d’imprimer des calendriers et à fermer sa maison.
Le titre d’inventeur se discute pourtant. L’éditeur Sellmer signale qu’une librairie évangélique de Hambourg publia probablement dès 1902 une horloge de Noël imprimée pour les enfants, qu’un calendrier de Noël fut offert en 1904 avec le Neues Tagblatt de Stuttgart, et que le musée régional de Basse-Autriche retient l’année 1903. Tout dépend de ce que l’on appelle un calendrier de l’Avent ; celui de Lang est le premier à avoir fait école.
Les fenêtres qui s’ouvrent, devenues la signature du calendrier de l’Avent, apparaissent vers 1920, toujours selon l’éditeur Sellmer. Au début des années 1920, l’imprimerie Sankt Johannis, dans le pays de Bade, fabrique aussi des calendriers religieux dont les fenêtres cachent non pas des images, mais des versets de la Bible : le calendrier de papier retrouve alors le sens liturgique de l’Avent.
La Seconde Guerre mondiale arrête net cet essor : le papier manque, et la fabrication de calendriers illustrés est interdite. En 1945, Richard Sellmer fonde à Stuttgart une maison d’édition et publie le premier calendrier de l’Avent de l’après-guerre, « La petite ville », qu’elle vend encore. L’entreprise qui raconte cette histoire est donc aussi l’une de ses actrices : son récit est précieux, et il reste celui d’un fabricant.
Beaucoup de calendriers cachent aujourd’hui un chocolat derrière chaque case, ce qui renoue d’une certaine façon avec les pâtisseries cousues par la mère de Gerhard Lang : une gourmandise par jour. Les entreprises s’en sont emparées : garni de chocolat ou non, observe l’éditeur Sellmer, le calendrier de l’Avent est devenu un objet publicitaire très répandu, souvent associé à un jeu-concours ou à des bons de réduction.
Deux formes récentes prolongent l’idée. Le calendrier virtuel ouvre chaque jour de décembre, en ligne, une vidéo, un morceau de musique ou un bon d’achat. Le calendrier de l’Avent vivant, lui, est une coutume de voisinage : chaque soir de l’Avent, on se retrouve devant une fenêtre différente, décorée pour l’occasion, pour chanter, raconter des histoires de Noël et partager quelques spécialités. Les communautés religieuses l’apprécient particulièrement.
En chemin, les cases croisent d’autres fêtes de décembre. La sixième tombe le jour de la Saint-Nicolas, fêtée le 6 décembre dans l’Est et en Belgique ; la treizième, le jour de la Sainte-Lucie, fête des lumières en Suède.
Un calendrier de l’Avent compte vingt-quatre cases parce qu’il mesure l’attente, et que l’attente s’arrête le soir du 24 décembre, veille de Noël. Les vingt-quatre traits de craie et les vingt-quatre images des familles protestantes faisaient déjà ce compte, tout comme le carton aux vingt-quatre pâtisseries que Gerhard Lang avait reçu enfant. La roue de Wichern, qui suivait le véritable Avent, finissait elle aussi le 24 : c’est ce soir-là que toutes ses bougies brûlaient ensemble.
Le jour de Noël lui-même n’a donc pas de case. Il n’en a pas besoin : c’est le jour que toutes les autres annoncent.
Le calendrier imprimé est attribué à Gerhard Lang, dont l’atelier munichois publie en 1908 un calendrier à images à découper, encore sans fenêtres. Le principe est plus ancien : dès le XIXe siècle, les familles protestantes allemandes comptaient les jours avec des traits de craie, des images ou des bougies, et la plus ancienne forme faite main connue date de 1851. D’autres dates sont avancées pour le premier calendrier imprimé, entre 1902 et 1904.
Les premiers calendriers à petites portes apparaissent vers 1920. Au début des années 1920, une imprimerie du pays de Bade en fabrique aussi dont les fenêtres cachent des versets de la Bible plutôt que des images.
Parce qu’il compte les vingt-quatre jours qui mènent à la veille de Noël. L’Avent liturgique, lui, commence le quatrième dimanche avant Noël et n’a donc pas une durée fixe. Le premier calendrier de bougies, créé à Hambourg en 1839, suivait cet Avent liturgique : son nombre de bougies changeait chaque année.
La première couronne de l’Avent était un calendrier. En 1839, Johann Hinrich Wichern garnit une roue de charrette d’une bougie par jour de l’Avent, blanches pour les dimanches et rouges pour les autres jours. Le sapin n’est venu la décorer qu’à partir de 1860, et la couronne à quatre bougies d’aujourd’hui n’en garde que les dimanches.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.
Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.
Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Sylvestre, douze jours de Noël, Épiphanie.