Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Noël en France
La veillée de Noël, c’est le temps d’attente du 24 décembre au soir, passé en famille autour du feu jusqu’à minuit. Pendant des siècles, elle a compté davantage que le repas : on y entretenait la bûche, on y racontait des histoires, les enfants posaient leurs souliers devant l’âtre, et la soirée s’achevait par la messe de minuit ou par un souper tardif.
L’Institut national de l’audiovisuel a rassemblé, dans un dossier d’archives consacré aux Noëls d’antan, les souvenirs de Français âgés, parfois centenaires, filmés par la télévision entre les années 1960 et 1980. Le constat qui s’en dégage tient en une phrase : « Au début du XXe siècle, le cœur de la soirée de Noël n'était pas le réveillon, mais la veillée. »
Cette veillée réunissait la famille, élargie aux voisins et aux amis, près du poêle ou de la cheminée. Les enfants avaient le droit exceptionnel de se coucher tard, et le mot qui revient dans tous ces témoignages, relève l’INA, est celui de simplicité. Une veillée ne se préparait pas comme un banquet : elle se vivait comme une attente partagée.
Cette soirée s’inscrivait dans un temps de répit. L’INA rappelle que, dans une France encore rurale, la trêve des confiseurs était une période de retrouvailles pour les familles, et que l’on y fêtait la naissance de l’enfant Jésus autant que le solstice d’hiver : la bûche dans la cheminée, l’orange dorée et les bougies disaient toutes le retour de la lumière.
Certaines familles ont gardé ce rythme très longtemps, comme le montre l’un des reportages réunis par l’INA : « En 1974, à Pommiers, on veillait toujours à l’ancienne. » Les hommes épluchaient les marrons près de l’âtre pendant que les femmes préparaient le gâteau traditionnel et garnissaient la volaille, et le plus bavard de la tablée se lançait dans un récit de Noël.
Toute veillée de Noël tournait autour du feu. Le Musée de Bretagne, dans un article sur les traditions et coutumes de Noël tiré de ses collections, rappelle l’origine solaire du rite : dans l’âtre, « une bûche était brûlée pour symboliser le soleil renaissant ». La nuit du 24 au 25 décembre, proche du solstice d’hiver, se prêtait à ce symbole de la lumière qui revient.
La tradition chrétienne a donné au même feu un second sens. Pendant la veillée, il rappelait que l’Enfant de la crèche n’avait, pour se réchauffer, que le souffle du bœuf et de l’âne. En Basse-Bretagne, on disait que les anges ou la Vierge venaient se chauffer près de l’âtre pour veiller sur les enfants restés à la maison pendant la messe de minuit.
La bûche elle-même faisait l’objet d’un rituel. Dans les témoignages recueillis par l’INA, un ancien évoque la « bûche au feu » bénie par l’aïeul, puis conservée plusieurs semaines pour apporter le bonheur à la maisonnée. Le choix de ce bois, ses noms régionaux et les pouvoirs prêtés à ses cendres ont une longue histoire, racontée dans l’histoire de la bûche de Noël, du foyer au dessert.
Une veillée se passait d’abord à écouter. Les archives de l’INA montrent une veillée d’Auvergne où l’on chante et danse avant de partir en cortège aux flambeaux vers l’église illuminée, et un « diseur d’histoires » qui tient son auditoire en haleine. En 1967, un centenaire racontait encore à ses petits-enfants une histoire de berger.
La nuit de Noël passait pour une nuit où l’ordre du monde vacille. Un témoin de l’INA rapporte une croyance ancienne : il ne fallait pas entrer dans l’étable ce soir-là, sous peine de surprendre les bœufs en prière. En Bretagne, selon le Musée de Bretagne, fées, korrigans et autres êtres fantastiques se montraient au moment de l’élévation, visibles des seuls animaux, et le feu de la bûche servait aussi à les tenir à distance.
Les chants débordaient le seuil de la maison. D’après les folkloristes cités par le Musée de Bretagne, des mendiants allaient de porte en porte la nuit de Noël pour chanter des vœux de santé, de prospérité et de paix en échange de dons. Le lendemain, jour de la Saint-Étienne, les enfants du pays de Tréguier parcouraient les rues pour présenter leurs souhaits contre quelques gâteaux ou quelques pièces.
La nuit de Noël passait pour une nuit où l’ordre du monde vacille.
Le geste le plus attendu des enfants était de déposer leurs souliers ou leurs sabots devant l’âtre avant d’aller dormir. L’INA le décrit dans la France d’avant-guerre : tous alignaient sabots ou galoches au pied de la cheminée, et certains dressaient même le couvert pour le Père Noël. Au matin, on y trouvait une orange, des friandises, parfois un présent modeste ; Jean Giono se souvenait d’un « Noël somptueux » où il avait reçu une paire de ciseaux et des marrons glacés.
Le porteur de cadeaux n’a pas toujours été le même. Le Musée de Bretagne rappelle que, dans plusieurs provinces, c’est l’enfant Jésus qui apportait les présents dans la nuit du 24 au 25 décembre, tandis qu’en Lorraine et dans les Flandres saint Nicolas passait dès le 6 décembre. Le Père Noël, apparu aux États-Unis au milieu du XIXe siècle comme une réminiscence de saint Nicolas, n’est arrivé en Europe qu’après la Première Guerre mondiale.
Le cadeau de décembre est bien plus ancien que tous ces personnages. Le Musée de Bretagne rappelle aussi qu’à Rome on échangeait déjà des présents au solstice d’hiver, au nom de la déesse Strenia, dont le bois sacré a donné son nom aux étrennes. Au XVIIIe siècle, les adultes de la bonne société s’offraient même des « fantaisies en faïence », de petites chaussures remplies d’amandes en sucre ou de bagues, clin d’œil au soulier des enfants.
Un ancien instituteur de l’Aube, interrogé par l’INA, s’amusait encore de cette concurrence entre le Père Noël et le petit Jésus. Pour suivre le personnage de l’évêque de Myre au vieillard vêtu de rouge, voyez la métamorphose de saint Nicolas en Père Noël.
La veillée n’a pas disparu, elle a changé de forme. Le sapin, que l’INA dit généralisé en France après la Seconde Guerre mondiale, a pris la place de l’âtre au centre de la pièce, et les cadeaux se déposent désormais à son pied plutôt que dans les souliers. La structure de la soirée est pourtant restée : on se réunit, on attend minuit ou le lendemain matin, et les enfants veillent plus tard que d’habitude.
Le Musée de Bretagne conclut son article sur une idée juste. Les fêtes de Noël réunissent croyants et non-croyants, mêlent les coutumes de toutes les contrées, et plutôt que de se perdre, les traditions « évoluent et s’enrichissent de génération en génération ». Chaque famille compose ainsi sa propre veillée, avec des gestes anciens et d’autres qu’elle a inventés.
Parmi ces rituels plus récents : la photo de groupe devant le sapin, le jeu de société ressorti une fois l’an, ou le pull à motifs que chacun enfile pour la soirée. Pour ce dernier, les modèles ne manquent pas chez Le Pull Moche, boutique de pulls de Noël, une adresse que nous éditons aussi, précisons-le. Ces coutumes neuves ne remplacent pas les anciennes : elles s’y greffent, comme le sapin s’est un jour greffé sur l’âtre.
Le mot réveillon résume l’histoire de la soirée. L’article que le Dictionnaire de l’Académie française consacre au réveillon fait dériver le mot de réveiller, l’atteste au XVIe siècle et le définit comme un « Repas de fête pris au cours de la nuit de Noël ou de celle du jour de l’an, généralement à une heure avancée ». Le réveillon est donc, au sens propre, le repas de ceux qui ne dorment pas.
Au XIXe siècle, le dictionnaire d’Émile Littré parle d’un « Repas extraordinaire que l'on fait dans le milieu de la nuit. » Il cite l’écrivain Marchangy, pour qui ces repas ont lieu « dans toutes les classes, même les plus pauvres ». Littré avance aussi une étymologie savoureuse : le mot viendrait peut-être de l’impératif réveillons, mis pour réveillons-nous.
Le mot est ancien et voyageur. Littré en relève un emploi au XVIe siècle chez Agrippa d’Aubigné, dans la bouche d’un Gascon qui se souvient des « rebeillons » partagés sous la tente en Savoie. Il a même eu un sens en peinture : Littré cite Diderot, pour qui « Les artistes appellent réveillons des accidents de lumière qui rompent la monotonie d'un endroit de la toile ». L’Académie garde ce sens, vieilli, d’une touche claire posée pour relever des tons sombres. Une lumière dans la nuit : la définition convient aussi à la veillée.
Veillée et réveillon ne s’opposent donc pas : le second est né de la première. Tant que la nuit de Noël se passait debout, il fallait bien manger au cœur de la nuit ou au retour de l’office, et l’Académie donne encore pour exemple l’expression faire le réveillon après la messe de minuit. Le même dictionnaire note que, par extension, le mot désigne la fête elle-même, et particulièrement celle du 31 décembre : le réveillon de la Saint-Sylvestre.
La table de la veillée était sobre, et c’est peut-être ce qui surprend le plus aujourd’hui. L’INA oppose la table actuelle du réveillon, qui croule sous les mets, aux fêtes d’il y a une centaine d’années, et le Musée de Bretagne note que beaucoup économisent désormais pour s’offrir un repas gastronomique.
Les anciens filmés par l’INA décrivent des repas frugaux, relevés de quelques confiseries et de fruits acidulés ; des Limousins très âgés se souviennent du boudin à la compote, de l’assiette du Père Noël, des oranges et des pralines. En Bretagne, selon le Musée de Bretagne, le boudin et la bouillie de froment au miel ont longtemps été les plats traditionnels de la nuit de Noël, et ceux qui fêtaient le Nouvel An ce soir-là mangeaient des crêpes de blé nouveau.
Le festin, quand il y en avait un, venait plus tard, et chaque région en a fixé le menu à sa façon. Les repas de Noël des régions françaises en gardent la mémoire, et la Provence en a fait un rituel complet, avec les treize desserts du gros souper. La veillée, elle, reste le moment où l’on attend ensemble.
La veillée de Noël a surtout laissé des images. Le Musée de Bretagne conserve une peinture de Jean Frélaut (1879-1954), Veillée de Noël au coin de la cheminée, et une estampe de 1844, Les merveilles de la nuit de Noël, offerte aux premiers souscripteurs du Foyer breton d’Émile Souvestre, dont le titre annonce les prodiges prêtés à cette nuit. L’article du musée reproduit aussi des cartes postales et des photographies qui permettent de suivre les coutumes de Noël sur plus d’un siècle.
Les archives audiovisuelles prennent le relais au XXe siècle. Les reportages rassemblés par l’INA, tournés en Auvergne, dans le Limousin ou dans l’Aube, ont fixé la voix des derniers témoins des veillées d’avant-guerre, avec leurs marrons, leurs contes et leurs souliers alignés. Ils rappellent que la veillée n’a jamais eu besoin de décor coûteux : un feu, du temps, et des gens réunis pour attendre ensemble le milieu de la nuit.
La veillée est le temps passé ensemble le soir du 24 décembre, à attendre minuit autour du feu, en racontant des histoires et en chantant. Le réveillon est le repas pris au cœur de cette nuit, souvent au retour de la messe de minuit. Le mot vient de réveiller : c’est le repas de ceux qui veillent. Au début du XXe siècle, selon les archives de l’INA, la veillée comptait davantage que le repas.
On entretenait le feu de la bûche, qu’on bénissait parfois avant de l’allumer. On écoutait un conteur, on chantait, on épluchait les marrons, et les enfants avaient le droit de se coucher tard. La soirée se terminait souvent par la marche vers l’église pour la messe de minuit, puis par un repas simple.
Les enfants déposaient leurs souliers ou leurs sabots devant l’âtre pour y recevoir friandises et petits cadeaux pendant la nuit. Le geste vient des coutumes de la Saint-Nicolas, le 6 décembre, et de l’enfant Jésus qui apportait les présents dans plusieurs provinces. Le Père Noël en a hérité en arrivant en Europe.
Le mot réveillon dérive du verbe réveiller et il est attesté au XVIe siècle, selon le Dictionnaire de l’Académie française. Le dictionnaire de Littré le définit au XIXe siècle comme un repas extraordinaire pris au milieu de la nuit, et avance une étymologie possible : l’impératif réveillons, pour réveillons-nous.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.
Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.
Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Sylvestre, douze jours de Noël, Épiphanie.