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D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Palmes de palmiers vues d'en bas, entourées de guirlandes lumineuses dorées, sur un ciel de nuit

Noël en France

Chanté Nwel : Noël aux Antilles

Le Chanté Nwel, c’est l’art de chanter Noël en créole, tel qu’on le pratique en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane : des cantiques français anciens repris en chœur sur des rythmes antillais, avec des refrains créoles et un repas partagé. Il occupe les semaines qui séparent la Toussaint du 25 décembre, dans les maisons comme sur les grandes scènes.

  • 8 chapitres
  • 4 sources citées
  • 4 questions en fin de page
01

Chanté Nwel, chanter Noël aux Antilles et en Guyane

Le Chanté Nwel est une pratique collective : on se réunit pour chanter ensemble les cantiques de Noël, à la manière antillaise. Outre-mer La 1ère présente le Chanté Nwel comme une pratique ancrée dans la tradition antillo-guyanaise, faite de chants qui mêlent profane et sacré. Ces chants sont issus d’anciennes chansons populaires de Noël françaises du Moyen Âge, que l’on agrémente de refrains en créole sur des rythmes de biguine, de mazurka, de valse créole ou de zouk.

Aux Antilles françaises, même les chansons de Noël de l’Hexagone prennent ce nom. Le Routard cite Mon beau sapin, Minuit chrétien et Petit papa Noël, connus là-bas sous le nom créole de Chanté Nwèl ; l’orthographe hésite d’ailleurs entre Nwel et Nwèl, et vous croiserez les deux.

02

De la Toussaint à Noël : quand chante-t-on ?

Le Chanté Nwel commence aujourd’hui plus tôt qu’autrefois. Radio Caraïbes Internationale (RCI) rappelle que, calées sur le calendrier catholique, les soirées allaient traditionnellement du premier dimanche de l’Avent au 24 ou 25 décembre, et qu’elles démarrent désormais parfois dès la Toussaint passée. Outre-mer La 1ère décrit la même amplitude, du lendemain de la Toussaint au 25 décembre, aux Antilles, en Guyane et dans l’Hexagone, où les communautés ultramarines organisent les leurs.

L’Avent reste le cœur de la saison : c’est pendant ces quatre semaines que les groupes partent en tournée. Pour un visiteur, il n’existe pas de programme centralisé ; le Routard conseille de se renseigner auprès des offices de tourisme et des services culturels des communes.

03

Des cantiques arrivés avec la colonisation

Les chants du Chanté Nwel sont d’abord des cantiques européens, apportés aux Antilles par l’Église au temps de l’esclavage. Dans un entretien accordé à Martinique La 1ère, Élisabeth Landi, professeure d’histoire au lycée de Bellevue, revient sur ce point de départ, que la rédaction résume ainsi : « Arrivés avec la colonisation, les cantiques de Noël ont été imposés aux esclaves par l’Église catholique. » Au XVIIIe siècle, Noël se chante en français, parfois en latin, et laisse peu de place aux expressions locales.

Les dates d’origine varient selon les sources. RCI écrit que la tradition « remonterait au 16e siècle », et le conditionnel est le sien. Le Routard, citant Marie-Hélène Joubert, spécialiste de la tradition de Noël aux Antilles françaises, précise que les cantiques, composés en Europe en latin dès le Ve siècle puis traduits en langue vernaculaire, sont arrivés avec les missionnaires : « Au départ, ce sont les Jésuites qui les ont enseignés. » AZ Martinique rattache pour sa part la pratique à l’obligation, inscrite dans le Code noir, de baptiser les esclaves et de les instruire dans la religion catholique.

Le livret vert que les participants tiennent en main garde la trace de cette origine. Selon RCI, ses chants viennent de la France médiévale, plus précisément de Lyon et d’Avignon, et certains passages sont encore en latin. Si vous voulez remonter à la source de ce répertoire, l’histoire des chants de Noël en France en retrace les grandes étapes.

04

Comment les cantiques sont devenus créoles

Les cantiques imposés ont été transformés par ceux qui les chantaient, jusqu’à devenir une musique antillaise. Élisabeth Landi le résume : les chanteurs « ont ajouté des rythmes qui leur étaient propres, des mots de créole (…) et même des événements de l’actualité du moment ». Tambours, ti-bwa et chachas remplacent l’orgue, et les cantiques quittent parfois l’église pour être chantés autour des cases, après le travail.

Le Routard avance une explication, d’après Marie-Hélène Joubert : la période de Noël coïncidait avec les fêtes de la fécondité de certaines religions africaines apportées par les esclaves, qui ont peu à peu glissé leurs propres symboles et codes culturels dans les chants. Les airs européens deviennent biguine, gwo ka, bélé ; les textes liturgiques restent, mais des couplets s’y ajoutent, souvent improvisés pendant l’exécution. RCI situe à partir du XIXe siècle l’arrivée du ti-bwa, du cha-cha, du ka et du tambour, avec des refrains créoles parfois profanes.

Les cantiques imposés ont été transformés par ceux qui les chantaient, jusqu’à devenir une musique antillaise.

La forme la plus reconnaissable de ce métissage est la ritournelle, le refrain en créole que tout le monde reprend. Loulou Boislaville, directeur du groupe folklorique de la Martinique et auteur de la plupart des Chanté Nwèl en créole, a écrit la plus célèbre, An nou chanté Nwèl, dont le refrain appelle Noël à venir soulager, guérir et sauver : « Nowèl ! Vini soulajé nou ! Nowèl ! Vini pou guéri nou ! Nowèl ! Vini pou sové nou ! » Le Routard lui attribue une large part dans la reconnaissance du Chanté Nwèl comme patrimoine immatériel martiniquais, dans la seconde moitié du XXe siècle.

05

Chanter pour exister : une résistance sans révolte

Pour Élisabeth Landi, cette transformation relève d’une résistance au long cours, pas d’une révolte frontale. Personne, explique-t-elle, ne décidait un matin de résister en chantant Noël ; mais par ce qu’elle appelle un processus de « digestion », les esclaves affirmaient leur existence et leur façon de voir le monde. Sa formule tient en une ligne : « On peut agir sur les corps, mais on ne peut pas agir sur l’identité ».

Certaines versions en gardent la trace. Au XIXe siècle, raconte-t-elle, il arrivait qu’à la place du Christ sauveur on chante Cyrille Bissette, figure politique de l’abolitionnisme. Aujourd’hui encore, le groupe Ravine-Plate commence par d’autres airs, parfois même la Marseillaise, avant que « brusquement le rythme casse ». L’historienne y voit ce qu’elle appelle l’agentivité, « la capacité des dominés à trouver les failles du système qu’on leur impose pour y faire leur place ».

Le résultat, selon elle, n’est ni africain ni européen : les chantés Noël martiniquais sont devenus « nos chantés Noël, porteurs de notre identité ». C’est, à mon sens, ce qui explique qu’une tradition née d’une contrainte se vive comme une fierté.

06

Mon filao, beau filao : un répertoire qui se met à l’heure de l’île

Le Chanté Nwel adapte aussi les chansons de Noël au paysage antillais. L’exemple le plus parlant, cité par le Routard, transpose Mon beau sapin sous les tropiques : « Mon filao, beau filao, que j’aime ta souplesse / Quand tu naquis au pays chaud / On te baptisa filao ». Le filao, arbre des pays chauds, prend la place du sapin.

Les groupes ne choisissent pas pour autant entre le sacré et le profane. Ils chantent la naissance de Jésus, l’arrivée des rois mages et les aventures du père Noël, en créole, en français et en latin, sur des airs de valse, de zouk, de biguine ou de mazurka, décrit le Routard. AZ Martinique note que le public vient avec un seul objet indispensable, le livret vert où sont écrites les paroles des cantiques : un couplet latin peut y précéder une ritournelle créole que toute l’assistance reprend.

07

Chez l’habitant : instruments de fortune et repas partagé

Dans sa forme traditionnelle, le Chanté Nwel se tient chez l’habitant, entre famille, voisins et amis, chacun apportant sa part ; RCI mentionne aussi une forme en procession, appelée ribote. AZ Martinique précise qu’au XXe siècle la pratique passe dans la sphère familiale et du voisinage, et que l’on partage en chantant un repas auquel chacun a contribué, souvent sous forme de buffet.

Marie Porino, disciple de Loulou Boislaville et directrice de groupes de Chanté Nwèl au Gros-Morne, se souvient pour le Routard de ces soirées d’après la messe de Noël, chez les voisins. Les parents arrivaient avec des instruments de fortune : chachas faits de boîtes de lait concentré remplies de graines de réglisse, coques de lambi, ti-bwa. Chacun apportait à manger, sirop de groseille, pois d’Angole, ragoût de cochon, pâtés. Pour comparer avec la veillée telle qu’on la vit dans l’Hexagone, voyez les rituels de la veillée du 24 décembre.

08

Des cours aux stades : les grands groupes

Le Chanté Nwel a changé d’échelle en quelques décennies, du salon familial aux stades. Le Routard décrivait des groupes structurés en associations, dont certains répètent dès juillet, partent en tournée pendant l’Avent et se produisent devant des foules de 10 000 personnes, avec guitares, synthétiseurs et batteries aux côtés des chachas et des ti-bwa. RCI parle d’une « professionnalisation » de la tradition, avec des événements publics organisés par les communes, parfois payants.

Les noms des groupes circulent d’une île à l’autre : Ravine Plate, Troubadours 972 ou Yanm Sasa en Martinique, Kasika et Cactus Cho en Guadeloupe, cités par Outre-mer La 1ère, tournent aux Antilles comme dans l’Hexagone. Cette professionnalisation n’a pas effacé le rôle social de la pratique : le Routard note que la plupart des groupes chantent aussi dans les maisons de retraite, les prisons et les hôpitaux.

Élisabeth Landi regarde ces foules sans les juger : « Si des masses de gens suivent, c’est que ça correspond à une attente. » Des pratiques voisines existent dans plusieurs territoires de la Caraïbe, rappelle-t-elle, et les traditions de Noël en Amérique latine montrent d’autres fêtes où le catholicisme des missionnaires s’est mêlé aux cultures locales. Aux Antilles, le Chanté Nwel reste un moment où l’on chante ensemble ce que l’on a fait sien.

Questions fréquentes

Que veut dire Chanté Nwel ?

Chanté Nwel signifie « chanter Noël » en créole. L’expression désigne les soirées où l’on chante ensemble les cantiques de Noël à la manière antillaise, avec des refrains créoles et des instruments comme le ti-bwa, le chacha et le tambour. Elle désigne aussi, par extension, les chansons de Noël elles-mêmes.

Quand ont lieu les Chanté Nwel ?

Traditionnellement, du premier dimanche de l’Avent au 24 ou 25 décembre, en suivant le calendrier catholique. Les soirées commencent désormais souvent dès le lendemain de la Toussaint. Elles se tiennent aux Antilles, en Guyane et dans l’Hexagone, où les communautés ultramarines organisent les leurs.

Qu’est-ce que le livret vert du Chanté Nwel ?

C’est le petit recueil où sont imprimées les paroles des cantiques chantés pendant les Chanté Nwel. Le public l’apporte à chaque soirée pour suivre les couplets. Selon RCI, ses chants viennent de la France médiévale, notamment de Lyon et d’Avignon, et certains passages sont encore en latin.

Le Chanté Nwel est-il une tradition religieuse ?

Il est né de cantiques religieux, apportés par les missionnaires au temps de l’esclavage, mais il mêle aujourd’hui sacré et profane. Les groupes chantent la Nativité comme les aventures du père Noël, en latin, en français et en créole. Pour l’historienne Élisabeth Landi, ces chants sont devenus une expression de l’identité antillaise plus qu’un simple rite.

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