Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Noël dans le monde
En France, Noël se resserre sur la soirée du 24 et le jour du 25. En Amérique latine, il s’étire sur près de deux mois : dès le 7 décembre, la Colombie allume ses bougies et le Guatemala brûle le diable ; au Mexique, les posadas occupent les neuf soirs qui précèdent Noël, et le cycle ne se referme qu’au 2 février, jour de la Chandeleur.
D’un pays à l’autre, ces traditions partagent un même fond : un christianisme arrivé avec la colonisation, greffé sur des fêtes et des savoir-faire plus anciens, et une fête qui se vit dehors, dans la rue et sur la place, entre voisins. Voici les principales, dans l’ordre du calendrier.
Le tableau ci-dessous réunit les rendez-vous détaillés dans cette page. Chacun s’appuie sur une source publiée dans le pays concerné, par une ville, une université, un ministère ou un journal.
| Date | Pays | Tradition |
|---|---|---|
| 7 décembre au soir | Colombie | Día de Velitas, la nuit des petites bougies |
| 7 décembre à 18 heures | Guatemala | Quema del diablo, le diable brûlé devant les maisons |
| Du 16 au 24 décembre | Mexique | Posadas et piñatas |
| 23 décembre | Mexique (Oaxaca) | Noche de Rábanos, les sculptures en radis |
| 24 décembre | Pérou (Cusco) | Santuranticuy, la foire du Niño Manuelito |
| Nuit du 24 au 25 décembre | Pays hispanophones | Misa de Gallo, la messe de minuit |
| 6 janvier | Mexique | Rosca de Reyes, la couronne des Rois |
| 2 février | Mexique | Chandeleur : tamales et atole offerts par le parrain |
La saison de Noël colombienne s’ouvre le 7 décembre au soir avec le Día de Velitas, aussi appelé Noche de Velitas. La mairie de Bogotá en rappelle l’origine : le 8 décembre 1854, le pape Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception, et la veille de l’annonce, les fidèles allument des centaines de bougies en hommage à la Vierge. La coutume s’étend ensuite à d’autres pays.
Le rituel reste simple : allumer des bougies et des lanternes devant les maisons, partager des plats typiques en famille, écouter de la musique de Noël. La ville présente cette soirée comme le début officiel de la saison des fêtes. Allumer des lumières pour ouvrir Noël n’est pas propre à la Colombie ; l’Europe a sa propre histoire des illuminations de Noël.
Le 7 décembre à 18 heures, le Guatemala brûle le diable. L’origine exacte de la quema del diablo reste inconnue, mais les historiens cités par le quotidien guatémaltèque Prensa Libre la rattachent aux fêtes coloniales de la Vierge de la Conception, considérée alors comme la patronne de la monarchie espagnole. Selon l’historien Fernando Urquizú, les fêtes patronales commençaient à 18 heures la veille : celle de la Conception s’ouvrait donc le 7 décembre au soir pour s’achever le lendemain à la même heure.
Ce soir-là, on allumait des feux au passage de la procession de la Vierge, pendant les prières. Luis Luján, dans son livre Tradiciones navideñas de Guatemala, en tire l’explication la plus citée : « se podría afirmar que el origen de la quema del diablo está en las luminarias o fogatas que se colocaban en las calles para facilitar el camino del rezado al oscurecer ». Des feux d’éclairage, donc, pour guider la procession à la tombée de la nuit, devenus avec le temps le symbole de la défaite du diable devant la Vierge. C’est pour cela, ajoute Luján, que des pétards résonnent dans tout le pays à 18 heures.
La coutume a dérivé au XXe siècle, quand on s’est mis à brûler des pneus, des ordures et de vieux objets. À la fin du siècle, des piñatas en forme de petit diable ont pris leur place, pour retrouver le sens de la fête et limiter la pollution.
Du 16 au 24 décembre, le Mexique vit au rythme des posadas. Le magazine de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) les décrit comme « una celebración que se lleva a cabo nueve días antes de la Navidad, del 16 al 24 de diciembre », et comme l’un des exemples les plus riches du syncrétisme culturel du pays. Chaque soir, un cortège rejoue la quête d’un abri par Marie et Joseph et chante une litanie que presque tous les Mexicains ont récitée un jour : « En el nombre del cielo, os pido posada ».
Le mot posada désignait d’abord un lieu d’hébergement pour voyageurs, à une époque sans hôtels, explique María Angélica Galicia Gordillo, chercheuse à l’Institut de recherches anthropologiques de l’UNAM. La tradition se formalise au XVIe siècle, en particulier à San Agustín Acolman, dans l’actuel État de Mexico, où des religieux s’en servent pour enseigner aux peuples autochtones le récit de la naissance de Jésus, par des scènes jouées et des actes liturgiques.
La posada ne naît pas pour autant dans le vide. Selon la même chercheuse, elle rencontre des fêtes préhispaniques, notamment celles liées à la naissance de Huitzilopochtli. Les Européens apportent les neuvaines, les messes dites d’aguinaldo et les rites de l’Avent, avec leurs bougies et leurs prières ; les peuples autochtones y mettent le chant, la danse et la convivialité, pratiques rituelles bien antérieures à l’arrivée des Espagnols.
Les posadas n’ont plus le même visage partout. En ville, la participation recule avec le coût des préparatifs ; dans les communautés rurales, on célèbre encore les neuf jours complets, les rues sont décorées et tout le village y prend part. « La diferencia entre ambos contextos no es una pérdida, sino una adaptación », résume la chercheuse.
Autre pièce de la fête, la piñata a changé de sens en chemin. Pendant l’évangélisation, rapporte l’UNAM, les religieux en avaient fait un support d’enseignement : ses sept pointes représentaient les sept péchés capitaux, la briser figurait le triomphe de la vertu, et les friandises ou les fruits qui s’en échappaient récompensaient la bonne conduite.
Cette charge morale s’est diluée avec le temps. La piñata n’a plus de fonction édifiante et se vit surtout comme un jeu, mais elle reste, note l’université, un symbole de fête partagée. Au Guatemala, on l’a vu, c’est elle qui a remplacé les feux d’ordures du 7 décembre, sous la forme d’un petit diable.
Autre pièce de la fête, la piñata a changé de sens en chemin.
Le poinsettia, plante emblématique des fêtes de décembre, est d’origine mexicaine. Au Mexique, il porte un nom qui dit la fête, flor de Noche Buena, la fleur de la Nuit sainte, parce que la légende le fait fleurir pour la première fois une veille de Noël. Un article du bureau historique de la Chambre des représentants américaine cite aussi ses autres noms mexicains, plante de feu et feuille peinte.
Son nom international vient d’ailleurs : d’un diplomate américain en poste au Mexique dans les années 1820, qui l’a acclimaté dans ses serres. Nous racontons ce voyage botanique dans notre page sur les symboles de Noël et leur signification. Au Mexique, le nom garde la mémoire de la nuit de Noël ; dans le reste du monde, c’est celui du diplomate qui s’est imposé.
Le 23 décembre, la grand-place d’Oaxaca devient une galerie de sculptures en radis. D’après le média d’information Infobae, les artisans exposent à partir de 17 heures des œuvres taillées dans des radis hors norme, dont certains atteignent 50 centimètres de long et 3 kilos. Les scènes représentent des crèches, des calendas (les défilés festifs de la ville) ou des fêtes locales, dans une ambiance de musique et de feux d’artifice.
« La festividad tiene orígenes coloniales, pero no fue sino hasta 1897 que se celebró la primera exposición oficial de estas obras vegetales », précise Infobae. Ce premier concours, lancé par le président municipal de l’époque, devait encourager la floriculture et l’horticulture. Deux catégories se sont ajoutées au fil du temps : la flor inmortal, qui garde sa couleur et sa forme en séchant, et le totomoxtle, la feuille de maïs.
La fête dépend d’une agriculture qui recule. Le radis criollo, recherché pour sa résistance et ses formes capricieuses, pousse sur des terres que la ville grignote, et les autorités distribuent désormais des radis gratuitement pour que la tradition continue.
À Cusco, au Pérou, la veille de Noël se passe sur la Plaza Mayor. Le Santuranticuy, fête d’origine coloniale, y réunit le 24 décembre des milliers d’artisans venus de tout le pays, décrit PromPerú, l’agence de promotion du Pérou : anges, crèches, peintures, céramiques, photographies, orfèvrerie et bijoux liés aux couronnes et aux auréoles des saints. La foire dure jusqu’à minuit.
Au centre de la fête se tient le Niño Manuelito, nom donné à l’Enfant Jésus. Les paysans y vendent ce qu’il faut pour garnir les crèches : branches d’eucalyptus, de molle et de queñua, fougères, bottes d’ichu, une herbe des Andes. Le lendemain, les habitants font bénir leurs statuettes du Niño Manuelito, et des danseurs de huaylía se joignent à la fête. Le Santuranticuy a été déclaré Patrimoine culturel de la Nation en 2009.
Dans les pays hispanophones, la messe de minuit de la nuit du 24 au 25 porte un nom parlant : Misa de Gallo, la messe du coq. Le nom garde le souvenir d’un horaire ancien : selon le manuel des fêtes chrétiennes du jésuite Francis X. Weiser, les règles romaines fixaient, entre 400 et 1200 environ, la première messe de Noël au chant du coq, vers trois heures du matin.
Le cycle se prolonge jusqu’aux Rois. Au Mexique, le 6 janvier, familles et amis partagent la rosca de Reyes. Le ministère mexicain de la Culture la décrit comme une couronne de pain à la farine blanche et à la levure, sucrée au miel et ornée de figues, de dattes et de noix ; la coutume, qui a pris de l’ampleur au Moyen Âge, arrive au Mexique dans les premières années de la vice-royauté. Sa forme circulaire figure l’amour éternel de Dieu, sans commencement ni fin, et la petite figurine cachée dans la pâte représente l’Enfant Jésus.
Celui qui trouve la figurine devient le parrain : il doit habiller de neuf une statuette de l’Enfant Jésus, la présenter à l’église le 2 février, jour de la Chandeleur, puis offrir une fête avec tamales et atole. Certaines régions cachaient aussi une bague et un dé à coudre : la bague promettait un mariage prochain, le dé au moins une année de célibat. La France fête les Rois avec un autre gâteau, dont nous racontons l’histoire de la galette des rois, et l’Espagne a ses propres rites, que détaille notre page sur Noël en Espagne.
Des bougies de Bogotá aux feux du Guatemala et aux pétards de 18 heures, un fil court sous toutes ces traditions : la lumière dans la nuit, et une fête qui appartient à la rue autant qu’à l’église.
Le temps fort reste la nuit du 24 au 25 décembre, avec la Misa de Gallo, mais la saison est bien plus longue : elle s’ouvre le 7 décembre au soir en Colombie et au Guatemala, passe au Mexique par les neuf soirs de posadas du 16 au 24 décembre, et ne se referme qu’au 6 janvier, voire au 2 février, jour de la Chandeleur.
Les posadas sont neuf soirées festives célébrées au Mexique du 16 au 24 décembre. Un cortège rejoue la recherche d’un abri par Marie et Joseph en chantant une litanie, puis la soirée se termine en fête de quartier. Formalisées au XVIe siècle à San Agustín Acolman par des religieux, elles mêlent rites européens de l’Avent et pratiques festives préhispaniques.
Pendant l’évangélisation du Mexique, les sept pointes de la piñata représentaient les sept péchés capitaux. La briser figurait le triomphe de la vertu, et les friandises qui en tombaient récompensaient la bonne conduite. Ce sens moral s’est effacé : la piñata est aujourd’hui surtout un jeu de fête.
La quema del diablo viendrait des feux allumés à l’époque coloniale, la veille de la fête de la Vierge de la Conception, pour éclairer la procession à la tombée de la nuit. Ces feux sont devenus le symbole de la défaite du diable devant la Vierge. Depuis la fin du XXe siècle, des piñatas en forme de diable remplacent les feux d’ordures et de pneus.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.
Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.
Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Sylvestre, douze jours de Noël, Épiphanie.