Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Symboles et coutumes
Les chants de Noël que tout le monde fredonne ont presque tous moins de deux siècles. Douce nuit naît en Autriche entre 1816 et 1818, Mon beau sapin prend sa forme allemande en 1824, Jingle Bells sort d’une salle de spectacle de Boston en 1857, et White Christmas comme Petit Papa Noël sont des chansons de cinéma des années 1940.
Ce répertoire s’est formé par couches : l’église d’abord, puis la maison, puis la scène et l’écran. Chaque chant en raconte un morceau, et plusieurs ont changé de sens en chemin.
| Chant | Auteurs | Date | Lieu de naissance | Ce qu’on oublie souvent |
|---|---|---|---|---|
| Douce nuit (Stille Nacht) | Joseph Mohr (texte), Franz Xaver Gruber (musique) | Texte en 1816, création en 1818 | Mariapfarr, puis Oberndorf, près de Salzbourg | Le poème précède la mélodie de deux ans |
| Mon beau sapin (O Tannenbaum) | Ernst Anschütz pour la version allemande ; Laurent Delcasso pour la française | 1824 ; 1856 en français | Allemagne ; Strasbourg pour la traduction | Une première attestation au XVIe siècle |
| Jingle Bells (One Horse Open Sleigh) | James Lord Pierpont | 1857 | Boston | Aucun lien prouvé avec Thanksgiving |
| White Christmas | Irving Berlin ; chanté par Bing Crosby | Écrit en 1940, enregistré en 1942 | Le film Holiday Inn | Environ 50 millions d’exemplaires vendus selon le Guinness |
| Petit Papa Noël | Henri Martinet (musique), Raymond Vincy (paroles) | 1946 | Le film Destins | Les premières paroles parlaient d’un enfant et de son père soldat |
Douce nuit, Stille Nacht en allemand, est né de deux hommes et de deux villages de la région de Salzbourg. D’après la Stille Nacht Gesellschaft, l’association qui étudie et fait connaître l’histoire du chant, le vicaire Joseph Mohr en écrit le texte en 1816 à Mariapfarr, dans le Lungau, où il est alors en poste. La date est attestée par la seule partition autographe de Mohr que l’on connaisse, retrouvée en 1995, qui porte la mention « Text von Joseph Mohr mpia Coadjutor 1816 ».
La musique vient deux ans plus tard. Le 24 décembre 1818, Mohr, devenu vicaire de la nouvelle paroisse Saint-Nicolas d’Oberndorf, confie son poème à l’organiste Franz Xaver Gruber, qui est aussi instituteur à Arnsdorf. Gruber a lui-même raconté la scène en 1854, dans un récit que l’association cite : Mohr lui remet « a poem, with the request to write a fitting melody for 2 solo voices together with choir and for accompaniment by guitar ». Gruber compose dans la journée, et le chant est donné le soir même à la messe de Noël. Mohr chante la partie de ténor et tient la guitare, Gruber chante la basse ; l’assistance, surtout des bateliers, des charpentiers de bateaux et leurs familles, l’accueille selon lui avec une approbation générale.
Pourquoi une guitare ? Le récit de Gruber ne le dit pas. L’association rapporte qu’une hypothèse veut que l’orgue de l’église ne fonctionnait plus, et rappelle que la première de Douce nuit a ensuite été brodée de nombreuses histoires romantiques, qui ajoutent leurs détails aux faits connus. Les versions qui décrivent avec précision la panne de l’orgue relèvent de ces embellissements plutôt que du témoignage de Gruber.
L’église elle-même n’existe plus. Après les crues qui ont poussé Oberndorf à se reconstruire plus haut sur la Salzach, l’ancienne église Saint-Nicolas du village a été démolie ; une chapelle du souvenir, la Stille-Nacht-Kapelle, s’élève à sa place depuis 1937, et un musée voisin fait entendre le chant dans de nombreuses traductions.
Le contexte de 1816 éclaire un couplet que l’on chante rarement. Mariapfarr, où Mohr écrit son poème, a beaucoup souffert du retrait des troupes d’occupation bavaroises en 1816 et 1817, et Mohr en a été témoin. La Stille Nacht Gesellschaft en tire une lecture du quatrième couplet, dont le texte exprime, selon elle, un grand désir de paix et de réconfort.
Cette lecture change la façon d’entendre le chant. Douce nuit n’est pas seulement une berceuse de la crèche : c’est aussi le texte d’un jeune prêtre qui sort d’une période de guerre et d’occupation. Pour qui le chante le soir du 24, ce contexte donne du poids aux mots ; les autres rituels de ce soir-là sont racontés dans la veillée du 24 décembre et ses rituels en famille.
Mon beau sapin est un chant traditionnel allemand bien plus ancien que la mélodie que nous connaissons. La Fondation Napoléon situe sa première attestation en Allemagne au XVIe siècle. En 1824, Ernst Anschütz le remanie sous le titre O Tannenbaum, une version « qui reprend l’air que nous connaissons aujourd’hui et développe l’image autour du sapin ».
La version française est née à Strasbourg sous le Second Empire. En 1856, Laurent Delcasso, recteur de l’académie de Strasbourg, publie une traduction dans un recueil de chants allemands, avec une partition de Pierre Gross, maître adjoint à l’école normale de la ville. La Fondation note avec humour que l’on ne sait pas si Napoléon III a entonné ce chant.
Le succès vient après 1870. Le chant se répand en France lorsque des Alsaciens quittent leur région annexée et apportent avec eux la tradition du sapin décoré, dont l’histoire du sapin de Noël, de Sélestat à Versailles retrace les étapes. Le chant et l’arbre ont voyagé ensemble.
Jingle Bells n’a été écrit ni pour Noël ni pour Thanksgiving. La chanson s’appelait d’abord One Horse Open Sleigh et elle est signée James Lord Pierpont. Interrogée par la radio publique américaine NPR, la chercheuse Kyna Hamill, de l’université de Boston, date sa première exécution : « in a minstrel hall in Boston in 1857. In September, by the way, of 1857. »
Jingle Bells a gagné Noël par l’usage, pas par son sujet : la chanson parle de neige, de traîneau et, à l’occasion, de course.
Le minstrel show est une forme de spectacle où des interprètes blancs se grimaient en Noirs, et NPR rappelle que la chanson a d’abord été chantée par des hommes blancs au visage noirci. Pierpont ne cherchait pas à écrire une chanson de fête, mais à profiter d’une mode : selon Kyna Hamill, entre 1854 et 1859 environ, les chansons de traîneau avaient la faveur du public, un peu comme les chansons de voitures dans les années 1950.
La thèse de la chanson de Thanksgiving, qui circule chaque automne, n’a selon elle aucun fondement : « There's no evidence at all. » Elle a aussi examiné les revendications de Savannah, en Géorgie, et de Medford, dans le Massachusetts, qui se disputaient la naissance du morceau, sans trouver de preuve pour l’une ni pour l’autre. Jingle Bells a gagné Noël par l’usage, pas par son sujet : la chanson parle de neige, de traîneau et, à l’occasion, de course.
White Christmas détient un record que le Guinness World Records formule sans détour : la chanson de Bing Crosby « has sold an estimated 50 million copies worldwide ». C’est, selon la fiche du record, le single physique le plus vendu au monde, une estimation que l’organisme présente comme telle.
Irving Berlin écrit la chanson en 1940. Bing Crosby l’enregistre en dix-huit minutes, le 29 mai 1942, pour le film Holiday Inn, où il partage l’affiche avec Fred Astaire. Parue en juillet 1942 dans un recueil des chansons du film, elle atteint en octobre la première place du classement des disques les plus vendus aux États-Unis et la garde onze semaines de suite. Berlin, lui, ne doutait de rien ; le Guinness cite sa phrase : « I just wrote the best song I've ever written – heck, I just wrote the best song that anybody's ever written! »
J’y vois une explication que le Guinness ne formule pas : en 1942, beaucoup de familles américaines passent Noël loin d’un fils ou d’un mari mobilisé, et une chanson qui rêve d’un Noël d’autrefois tombe au bon moment. C’est une lecture, pas une mesure.
Petit Papa Noël doit sa naissance à un contretemps. Le site Pure Charts raconte qu’après la Seconde Guerre mondiale, Tino Rossi est engagé pour un film musical, Destins, où il doit chanter une chanson de Noël avec un groupe de chanteurs nord-américains. Ceux-ci se désistent au dernier moment, et il faut trouver un autre morceau.
Tino Rossi s’adresse alors aux compositeurs en vogue et s’arrête chez Henri Martinet, auteur d’opérettes, dont l’imprésario finit par lui proposer un air écrit pour une opérette jamais montée. Les paroles de départ, précise Pure Charts, parlaient d’un enfant allemand qui prie pour que son père, soldat, lui revienne. Raymond Vincy réécrit le texte, Raymond Legrand réorchestre la musique, et Tino Rossi chante Petit Papa Noël pour la première fois dans Destins, sorti en 1946.
La chanson devient le plus grand succès de sa carrière : Pure Charts avance plus de 30 millions d’exemplaires écoulés, un chiffre d’éditeur plutôt qu’un comptage officiel. Ce qui frappe, c’est la parenté avec Douce nuit : deux chants de Noël écrits dans l’ombre d’une guerre, et dont la douceur a fini par la faire oublier.
Mis bout à bout, ces cinq chants racontent trois âges du répertoire. Le premier est celui de l’église : Douce nuit est créé pendant une messe, dans une paroisse de bateliers. Le deuxième est celui de la maison : Mon beau sapin accompagne l’arbre décoré, qui passe d’Allemagne en Alsace puis dans toute la France. Le troisième est celui de la scène et de l’écran : Jingle Bells sort d’une salle de minstrel show, White Christmas et Petit Papa Noël de deux films.
Ce passage d’un âge à l’autre explique pourquoi tant de chants de Noël ne parlent pas de Noël. Jingle Bells raconte une promenade en traîneau, Mon beau sapin célèbre un arbre, White Christmas rêve de neige. Ils sont devenus des chants de Noël par l’usage : on les chante en décembre, en famille, et c’est ce moment partagé qui les a fixés.
Chaque région a d’ailleurs son propre répertoire, que l’on ne retrouve pas dans les classements de ventes. Les Antilles en offrent un bel exemple avec le Chanté Nwel, Noël chanté aux Antilles. Si je ne devais garder qu’une leçon de cette histoire, ce serait celle-ci : un chant de Noël se reconnaît moins à ses paroles qu’au moment où on le chante.
Le texte de Douce nuit (Stille Nacht) est de Joseph Mohr, vicaire, qui l’écrit en 1816 à Mariapfarr, dans la région de Salzbourg. La mélodie est de Franz Xaver Gruber, organiste et instituteur, qui la compose le 24 décembre 1818 à la demande de Mohr. Les deux hommes le chantent le soir même à la messe de Noël de l’église Saint-Nicolas d’Oberndorf.
Non. La chercheuse Kyna Hamill, de l’université de Boston, interrogée par NPR, estime que cette thèse n’a aucune preuve. La chanson, intitulée à l’origine One Horse Open Sleigh et écrite par James Lord Pierpont, a été créée dans une salle de minstrel show de Boston en septembre 1857, à une époque où les chansons de traîneau étaient à la mode.
White Christmas, écrit par Irving Berlin en 1940 et enregistré par Bing Crosby en 1942 pour le film Holiday Inn. Selon le Guinness World Records, le titre s’est vendu à environ 50 millions d’exemplaires, ce qui en fait le single physique le plus vendu de tous les temps.
Petit Papa Noël a été créé par Tino Rossi dans le film Destins, sorti en 1946. Selon Pure Charts, la musique d’Henri Martinet avait d’abord été écrite pour une opérette jamais montée, avec des paroles sur un enfant allemand qui prie pour le retour de son père soldat. Raymond Vincy a réécrit le texte pour le film.
Oui. Selon la Fondation Napoléon, le chant est attesté en Allemagne dès le XVIe siècle et prend sa forme actuelle en 1824 sous la plume d’Ernst Anschütz, avec le titre O Tannenbaum. La version française est publiée en 1856 à Strasbourg par Laurent Delcasso et se répand dans le reste de la France après 1870.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.
Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.
Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Sylvestre, douze jours de Noël, Épiphanie.