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D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Panettone entamé, une part debout au premier plan montrant sa mie jaune parsemée de raisins secs et de fruits confits, sur fond noir

Noël dans le monde

Noël en Italie : la Befana et le panettone

Dans la nuit du 5 au 6 janvier, une vieille femme à balai descend par les cheminées italiennes : c’est la Befana, qui a le dernier mot d’un Noël courant du 25 décembre jusqu’à l’Épiphanie. Entre-temps, les tables italiennes se partagent le panettone de Milan et le pandoro de Vérone, et Naples sculpte les personnages de ses crèches dans une rue entière.

  • 7 chapitres
  • 4 sources citées
  • 4 questions en fin de page

Un détail dit bien le sérieux que l’Italie met dans ses fêtes : le panettone y est défini par un décret, au pourcentage de beurre près. On aurait tort d’y voir une simple affaire de pâtissiers. Du charbon de la Befana aux santons napolitains, le Noël italien est fait de traditions très anciennes que le pays entretient avec soin.

01

Qui apporte les cadeaux en Italie ?

En Italie, les cadeaux n’arrivent pas tous le même jour, ni par le même messager. Babbo Natale, le Père Noël italien, passe dans la nuit du 24 au 25 décembre, comme en France. Mais dans plusieurs provinces du Nord, autour de Bergame, de Brescia ou de Vérone, les enfants attendent aussi sainte Lucie, dans la nuit du 12 au 13 décembre, une tradition cousine de la Sainte-Lucie suédoise, née de la même martyre sicilienne. À Bari, qui garde ses reliques, saint Nicolas est fêté le 6 décembre, comme dans l’Est de la France et en Belgique avec la Saint-Nicolas.

Et partout, la Befana ferme la saison. Pour le portail officiel du tourisme italien, qui consacre une page à la Befana d’Urbania, sa fête est, quelle que soit la façon dont on l’interprète, celle qui marque la fin des fêtes de Noël. Un proverbe italien le dit à sa manière : L’Epifania tutte le feste porta via, l’Épiphanie emporte toutes les fêtes avec elle.

Ce long calendrier, du 25 décembre au 6 janvier, recouvre exactement les douze jours de Noël, de Noël à l’Épiphanie, une période que la Befana vient clore.

02

La Befana, une vieille femme née de l’Épiphanie

La Befana doit son nom à la fête qu’elle clôt. La notice « Befana » de l’Enciclopedia Italiana publiée par Treccani, rédigée en 1930 par Raffaele Corso, l’explique d’emblée : Befana, ou Befania, est une déformation populaire d’Epifania, l’Épiphanie. Le mot vient du grec epiphaneia, qui désigne une apparition, une manifestation.

Pour le peuple, précise la même notice, la Befana est « un mitico personaggio in forma di orribile vecchia » : un personnage mythique sous les traits d’une horrible vieille, qui parcourt la terre jusqu’au 6 janvier. La dernière nuit de son séjour, le monde est plein de prodiges. Les arbres se couvrent de fruits, les animaux parlent, l’eau des rivières et des sources se change en or. Les enfants attendent leurs cadeaux ; les jeunes filles cherchent leur avenir amoureux dans des feuilles d’olivier posées sur la cendre chaude ; des groupes de jeunes et d’adultes parcourent le village en chantant les étrennes, la Befanata.

La Befana d’aujourd’hui est plus aimable que celle de la notice. Elle vole sur un balai, porte un fichu et des chaussures usées, et descend par la cheminée pour remplir les chaussettes suspendues : des bonbons pour les enfants sages, du charbon pour les autres, un charbon que les confiseurs fabriquent désormais en sucre. Le portail italia.it rattache ces cadeaux au voyage des rois mages, venus honorer l’Enfant Jésus avec leurs présents. Il propose aussi une lecture plus profane : l’année écoulée s’achève, vieille comme la Befana, et les cadeaux sont un vœu de prospérité pour l’année qui commence.

Un récit populaire, raconté aux enfants dans toute l’Italie, prolonge ce lien avec les Mages : ils auraient demandé leur chemin à une vieille femme, qui refusa de les suivre, se ravisa trop tard et, depuis, dépose un cadeau dans chaque maison où dort un enfant, au cas où ce serait le bon. C’est une légende chrétienne ; la notice de Treccani, elle, fait remonter le mythe de la Befana à des traditions magiques préchrétiennes.

03

Brûler la vieille : les feux de l’Épiphanie

La notice de Treccani décrit un rite que l’on connaît mal en France : la mise à feu de la Befana. Pour donner une forme visible au mythe, on fabriquait en certains lieux un pantin de chiffons ou d’étoupe, exposé aux fenêtres, comme le faisaient autrefois les gens du peuple à Florence ou les forains de Rome. Dans la Romagne toscane, les paysans promenaient le pantin sur une charrette, dans les cris et les sifflets, jusqu’à la placette du village, où l’on allumait le feu destiné à brûler la Befana.

Ces feux dépassent l’Italie. La même notice signale qu’en Franche-Comté, on allumait treize feux, dont le treizième pour la sorcière, et que des feux s’allumaient dans la nuit du 6 janvier en France, en Angleterre ou en Allemagne ; parfois, les villageois parcouraient les champs avec des torches pour purifier les cultures. Les spécialistes, conclut Treccani, voient dans ce bûcher de la Vieille, de la Befana ou de la Sorcière, que l’on retrouve un peu partout en Europe, un rite lié aux esprits malfaisants, hérité de croyances bien antérieures au christianisme.

04

Urbania, la maison de la Befana

Si la Befana a une adresse, c’est Urbania, un bourg perché dans les collines des Marches, dans la province de Pesaro-Urbino. Le portail italia.it en a fait le symbole de la fête : « Whereas Father Christmas lives at the North Pole, the Befana has found her home right here ». Autrement dit, là où le Père Noël habite au pôle Nord, la Befana a élu domicile à Urbania.

La fête y dure quatre jours, du 3 au 6 janvier. La ville devient le village de la Befana, avec sa maison, son bureau de poste et 4 000 chaussettes suspendues un peu partout. Le portail aligne les records : une écharpe tricotée par la Befana de 50 mètres, une chaussette de 70 mètres qui défile dans les rues et qu’il présente comme la plus longue du monde, 420 kilos de bonbons, et 30 000 visiteurs par an. Des Befana dansent dans le centre historique ; l’une descend d’un clocher par un saut de 36 mètres, une autre s’envole depuis la tour de l’hôtel de ville, en musique et en lumières.

Autrement dit, là où le Père Noël habite au pôle Nord, la Befana a élu domicile à Urbania.

Pour qui voyage dans les Marches début janvier, la fête est aussi l’occasion de goûter les produits de la région au Bistrot della Befana, de la truffe d’Acqualagna au crostolo, la spécialité d’Urbania, et de visiter la ville ducale sous la conduite de la Befana elle-même.

05

Le panettone, un gâteau défini par la loi

Le panettone est le gâteau de Noël de Milan, et l’Italie le prend assez au sérieux pour l’avoir défini par décret. Le décret du 22 juillet 2005 sur la production et la vente de certains produits de boulangerie-pâtisserie, publié à la Gazzetta Ufficiale, le journal officiel italien, le 1er août 2005, réserve le nom de panettone à une pâte levée par fermentation naturelle au levain, de base ronde, à la croûte supérieure craquelée et incisée, à la mie souple aux alvéoles allongées.

La recette obligatoire tient en une courte liste, que l’on peut lire dans le texte intégral du décret reproduit par AmbienteDiritto :

  • de la farine de blé et du sucre ;
  • des œufs de catégorie A ou des jaunes, pour au moins 4 % de jaune ;
  • de la matière grasse butyrique, c’est-à-dire du beurre, « in quantita' non inferiore al sedici per cento », soit au moins 16 % ;
  • des raisins secs et des écorces d’agrumes confites, pour au moins 20 % ;
  • un levain naturel, et du sel.

Le fabricant peut ajouter du lait, du miel, du malt, du beurre de cacao ou des émulsifiants, et un peu de levure, dans la limite de 1 %. Le décret autorise expressément des panettoni sans raisins ni fruits confits, et des versions fourrées ou nappées, à condition que la pâte de base représente au moins la moitié du poids du produit fini. Aucune autre matière grasse que le beurre n’est admise dans ces ajouts. Le texte ne dit rien de l’origine du panettone : il fixe ce qu’il doit contenir, ce qui, pour un gâteau de fête, est déjà une forme de consécration.

06

Pandoro et colomba, les cousins du panettone

Le même décret définit le pandoro, l’autre gâteau de Noël italien, que l’on associe à Vérone. Sa forme est réglementaire : un tronc de cône à section en étoile à huit branches, sans croûte, à la mie soyeuse et aux alvéoles fines et régulières, parfumé au beurre et à la vanille. Il ne contient ni raisins ni fruits confits, mais davantage de beurre : au moins 20 % de matière grasse butyrique, contre 16 % pour le panettone.

Si vous hésitez entre les deux, la loi vous donne la clé. Le panettone, plus fruité, garde la croûte et les alvéoles allongées d’une pâte au levain ; le pandoro, plus beurré, joue la douceur et la vanille. Le troisième gâteau du décret, la colomba, en forme de colombe, glacée et décorée de sucre en grains et d’amandes, appartient à Pâques ; elle repose sur la même pâte au levain, avec au moins 15 % d’écorces d’agrumes confites.

07

Naples et sa rue des crèches

La crèche, le presepe, est l’autre grand décor du Noël italien, et Naples en a fait un artisanat. Au cœur de la vieille ville, entre la via dei Tribunali et Spaccanapoli, la via San Gregorio Armeno est connue comme la rue des crèches : ses ateliers fabriquent à la main les personnages de la crèche napolitaine.

Selon le guide Campania.info consacré à la via San Gregorio Armeno, cette ancienne rue romaine abritait un temple dédié à Cérès, déesse de la fertilité et de la terre : « Citizens would leave terracotta figurines as votive offerings at the temple ». Les habitants y déposaient des figurines votives en terre cuite, et la rue s’est remplie d’ateliers d’artisans qui les fabriquaient.

Avec le christianisme, les familles aisées de Naples ont commandé aux artisans non plus des offrandes, mais les personnages des Évangiles. L’essor de la crèche napolitaine, au milieu du XVIIIe siècle, fait la renommée de la rue. Les santonniers y travaillent toute l’année et ne s’interdisent aucune actualité : à côté des bergers, vous trouverez des figurines de responsables politiques, de sportifs et de célébrités du moment.

Questions fréquentes

Qui apporte les cadeaux de Noël aux enfants italiens ?

Babbo Natale, le Père Noël italien, apporte les cadeaux dans la nuit du 24 au 25 décembre. Dans plusieurs provinces du Nord, autour de Bergame, de Brescia ou de Vérone, sainte Lucie passe aussi dans la nuit du 12 au 13 décembre. Enfin, la Befana remplit les chaussettes dans la nuit du 5 au 6 janvier : des bonbons pour les enfants sages, du charbon, souvent en sucre, pour les autres.

Quand passe la Befana ?

La Befana passe dans la nuit du 5 au 6 janvier, veille de l’Épiphanie, dont elle tire son nom : Befana est une déformation populaire d’Epifania. Sa fête marque la fin des fêtes de Noël en Italie. À Urbania, dans les Marches, les festivités en son honneur durent du 3 au 6 janvier.

Quelle est la différence entre le panettone et le pandoro ?

Le panettone, gâteau de Milan, est une brioche au levain naturel, ronde, à la croûte incisée, qui contient au moins 16 % de beurre et 20 % de raisins secs et d’écorces d’agrumes confites. Le pandoro, associé à Vérone, a la forme d’un tronc de cône en étoile à huit branches, sans croûte ni fruits, avec au moins 20 % de beurre et un parfum de vanille. Les deux sont définis par un décret italien du 22 juillet 2005.

Où fêter la Befana en Italie ?

Urbania, dans les Marches, se présente comme la maison de la Befana : du 3 au 6 janvier, la ville accueille une maison et un bureau de poste de la Befana, des milliers de chaussettes suspendues, des spectacles de rue et des Befana qui s’élancent des clochers. Ailleurs, la tradition des feux de l’Épiphanie, où l’on brûle une effigie de la vieille, survit dans plusieurs régions.

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