Aller au contenu

D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Chalets d'un marché de Noël illuminés sous une forte chute de neige, guirlandes de lumières et de fanions tendues au-dessus des passants, enseignes en cyrillique

Noël dans le monde

Les marchés de Noël en Europe : histoire et grands marchés

Les marchés de Noël d’Europe descendent de foires que des princes et des villes accordaient pour la fin de l’année. Les plus anciennes traces connues sont viennoises, avec un marché de décembre privilégié en 1296, puis saxonnes, à Dresde en 1434 ; Nuremberg et Strasbourg suivent au XVIe siècle, au moment où la Réforme place ces foires sous le nom de l’Enfant Jésus.

  • 9 chapitres
  • 4 sources citées
  • 5 questions en fin de page

Chaque grand marché garde de cette histoire un trait qui le distingue : une brioche, un personnage, une place. Voici d’où ils viennent, ce que l’on y achetait, et ce qui fait encore leur caractère.

01

Les grands marchés de Noël d’Europe, en un tableau

VilleNom du marchéPremière traceSigne particulier
Vienne (Autriche)Marché de décembre, dit Krippenmarkt1296, privilège accordé par Albert Ier de HabsbourgPlus de vingt marchés de l’Avent officiels
Dresde (Allemagne)Striezelmarkt1434, un seul jour, la veille de NoëlLe Striezel, la brioche de Noël que l’on appelle aussi Stollen
Nuremberg (Allemagne)ChristkindlesmarktRacines vers 1530, mention explicite en 1678L’ouverture par le Christkind
Strasbourg (France)Christkindelsmärik1570Place Broglie depuis 1871, longtemps seul marché de Noël de France

Ces dates ne mesurent pas la même chose, et c’est la première chose à savoir avant de départager les villes qui se disputent le titre de plus ancien marché. Vienne invoque un privilège de marché de décembre, Dresde un marché tenu la veille de Noël, Nuremberg une boîte en bois vendue au marché de l’Enfant : trois preuves de nature différente, qui ne se comparent qu’avec prudence.

02

Vienne, 1296 : un privilège pour le marché de décembre

La plus ancienne date avancée pour un marché de fin d’année en Europe est viennoise. Selon l’office national autrichien du tourisme, les ancêtres des marchés actuels remontent au Moyen Âge, quand, « in 1296 Albrecht I granted Vienna's citizens the privilege of holding a December Market ». Albert Ier de Habsbourg accorde alors aux bourgeois de Vienne le droit de tenir un marché en décembre, que l’on appelle aussi Krippenmarkt, le marché de la crèche.

Ce privilège fait de Vienne une aïeule plutôt qu’une doyenne en ligne directe. L’office du tourisme parle lui-même de précurseurs et précise que le caractère de ces marchés a beaucoup changé depuis. La ville en compte aujourd’hui plus de vingt officiels : devant l’hôtel de ville, où les enfants apprennent à faire des biscuits et des bougies, dans la cour d’honneur du château de Schönbrunn, au pied du Belvédère avec un marché qui reconstitue le Noël de l’époque impériale, ou dans les ruelles Biedermeier du Spittelberg, où l’on vient pour la céramique, les bijoux et les pulls chauds.

03

Dresde, 1434 : le Striezelmarkt, d’abord un marché d’un jour

Le Striezelmarkt de Dresde revendique la date de 1434, et sa propre chronique en souligne la modestie. La chronique publiée par la ville de Dresde l’écrit avec un plaisir visible : « Der erste Dresdner Striezelmarkt dauerte – sage und schreibe – einen einzigen Tag. Das war im Jahre 1434! » Le premier marché n’a duré qu’une journée.

Ce jour-là n’est pas choisi au hasard. Le prince électeur Frédéric II de Saxe et son frère le duc Sigismond accordent à la ville un marché libre chaque semaine, plus un marché tenu le jour qui précède le soir de Noël, sur l’Altmarkt. D’après la même chronique, c’était d’abord un marché à la viande : après les jours de jeûne de l’Avent, les bourgeois y choisissaient le rôti de la fête. Le marché ayant fait ses preuves, on l’a gardé et ouvert à d’autres marchandises.

Le nom vient du Striezel, la brioche de Noël devenue le Stollen. Dès 1471, les comptes des hospices de la ville notent des Striezel et des Christbrot offerts par le conseil aux pauvres et aux malades. En 1496, le conseil loue aux marchands les planches sur lesquelles on expose ces brioches, et vers 1500 le marché prend le nom de Striezelmontag, parce qu’il se tient le lundi qui précède la fête. Devant son succès, on le prolonge ensuite jusqu’au soir de Noël. Le Stollen et les autres douceurs de la saison ont leur place dans notre dossier sur les traditions de Noël en Allemagne.

La chronique de Dresde a une autre qualité : elle ne cache pas les périodes sombres. Elle raconte comment le marché est chassé du centre à partir de 1864, au profit d’un quartier de grands magasins, puis instrumentalisé dans les années 1930 par le régime nazi, qui voyait le parti à tirer de ces marchés chargés de souvenirs et d’émotion. Le Striezelmarkt ne retrouve durablement sa place sur l’Altmarkt qu’en 1977.

04

Nuremberg : le Christkindlesmarkt et sa boîte de 1678

Le marché de Nuremberg date sa naissance avec une prudence d’archiviste. Sa chronique officielle résume : « Its roots date back to 1530. It was first explicitly mentioned in 1678. » Les racines renvoient aux lettres de l’humaniste Willibald Pirckheimer, où des religieuses du couvent de Bergen font venir des épices du marché pendant l’Avent ; la chronique précise elle-même qu’il s’agit probablement de celui de Nuremberg.

La preuve de 1678 est un objet. Au fond d’une boîte ovale en bois de 19 centimètres, décorée de fleurs et conservée au Germanisches Nationalmuseum, une inscription à l’encre noire indique qu’elle a été envoyée à Regina Susanna Harßdörfferin à l’occasion du marché de l’Enfant de 1678. Elle contient encore ses douze écheveaux de soie. C’est, pour la chronique, la plus ancienne preuve de l’existence du marché.

La même chronique montre combien le marché comptait déjà dans la vie de la ville. En 1616, le pasteur de l’église Saint-Sébald se plaint d’avoir dû annuler les vêpres et le sermon de l’après-midi, la veille de Noël : personne n’était venu, tout le monde était parti acheter des cadeaux. En 1737, cent quarante personnes ont le droit d’y vendre, et presque tous les métiers de Nuremberg sont représentés dans ce que l’on appelle la petite ville des étals de bois.

Le Christkind, figure du marché, arrive plus tard. En 1933, le marché revient sur la grand-place et s’ouvre par un prologue récité par une actrice habillée en ange de Noël. Depuis 1969, ce sont les habitants qui choisissent parmi eux la jeune fille qui incarne le Christkind. En 1973, la ville avance l’ouverture du 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe, au vendredi qui précède le premier dimanche de l’Avent, pour mieux répartir la foule : le marché dépasse alors, pour la première fois, le million de visiteurs.

05

Pourquoi « marché de l’Enfant Jésus » : la Réforme est passée par là

Christkindlesmarkt à Nuremberg, Christkindelsmärik à Strasbourg : les deux noms désignent le marché de l’Enfant Jésus, et tous deux portent la trace de la Réforme. Avant elle, les cadeaux de l’hiver venaient de saint Nicolas, fêté le 6 décembre. La chronique de Nuremberg note qu’en 1545, Martin Luther faisait apporter les cadeaux de ses enfants par le saint Enfant, le Christkind, alors qu’ils les recevaient jusque-là de saint Nicolas.

À Strasbourg, le changement se lit dans le calendrier. Le site de Noël de la Ville de Strasbourg explique qu’au Moyen Âge, un marché de la Saint-Nicolas se tenait autour du 6 décembre, et qu’il fut interdit après la Réforme, qui proscrivait la vénération des saints. À partir de 1570, sous le nom de Christkindelsmärik, il change peu à peu de lieu et de dates. Le déplacement des cadeaux eux-mêmes, du 6 au 25 décembre, est raconté dans notre histoire des cadeaux de Noël.

06

Strasbourg, le Christkindelsmärik : de la place Broglie à la capitale de Noël

Le marché de Strasbourg est le doyen des marchés français. La Ville le présente en ces termes : « Established in 1570, it is one of the oldest Christmas markets in Europe and was for a long time the only one in France. » Né en 1570, il a donc longtemps été le seul marché de Noël du pays.

Son emplacement actuel date de 1871, année où il s’installe place Broglie. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, il fusionne avec une foire de Noël qui commençait le 26 décembre, jour de la Saint-Étienne. Il s’étire ensuite sur tout l’Avent et jusqu’en janvier, avant de devenir, à partir de 1991, l’ensemble de marchés que la ville appelle « Strasbourg, capitale de Noël ».

Ce que l’on y trouve a peu changé sur le fond. Selon la Ville, le Christkindelsmärik propose, hier comme aujourd’hui, des jouets, des douceurs sucrées et salées, de l’artisanat et des sapins de Noël. Les autres coutumes de la région, des bredele aux personnages de l’hiver, sont réunies dans Noël en Alsace : bredele, marchés, traditions.

07

Pain d’épices, jouets de bois, sapins : ce qu’on achetait sur les marchés

Les marchés de Noël étaient d’abord des marchés d’approvisionnement, et la chronique de Dresde en donne un inventaire précis. En 1704, la liste des marchands inscrits compte notamment 8 pâtissiers de pain d’épices, 20 marchands de dentelle, 21 marchands d’étoffes, 11 tourneurs sur bois, 10 passementiers, 6 potiers, 3 orfèvres et 2 marchands de verre.

Autour de 1700 apparaissent aussi les jouets. Des marchands venus des campagnes proposent des jouets de bois peints, qu’ils achètent aux familles d’artisans des monts Métallifères, l’Erzgebirge, qui travaillent à domicile. L’artisanat de l’Erzgebirge reste aujourd’hui l’une des rubriques que le Striezelmarkt met en avant.

Les marchés de Noël étaient d’abord des marchés d’approvisionnement, et la chronique de Dresde en donne un inventaire précis.

La liste de Dresde dit aussi une chose simple : le pain d’épices est là depuis le début. Nuremberg, Dresde et l’Alsace en ont chacun fait une spécialité, et c’est souvent lui, avec les jouets de bois et les sapins vendus sur la place, qui donne aux allées leur odeur et leur allure.

08

Plus au nord : les marchés de Noël en Suède

Le modèle germanique a essaimé bien au-delà du Rhin. En Suède, l’office suédois du tourisme décrit des marchés de Noël organisés dans tout le pays, chacun avec son caractère. On y achète aux artisans locaux des objets de bois et de céramique, des moufles tricotées ou des chaussons en peau de mouton, entre deux gourmandises de saison. Les autres coutumes du Grand Nord, du 24 décembre au lutin de ferme, sont décrites dans Noël en Scandinavie et ses traditions.

09

Quel marché de Noël choisir en Europe ?

Le bon marché dépend de ce que vous venez chercher. Pour la plus longue histoire, Dresde et Vienne se disputent la première place, avec les nuances que l’on a vues : un marché d’un jour attesté en 1434 d’un côté, un privilège de marché de décembre en 1296 de l’autre.

Pour une cérémonie, Nuremberg reste à part : le marché s’ouvre le vendredi qui précède le premier dimanche de l’Avent, par le prologue du Christkind, une jeune fille de la ville élue par ses habitants. Pour la durée, Strasbourg s’étend sur tout l’Avent et jusqu’en janvier. Pour le choix, Vienne aligne plus de vingt marchés officiels, du parvis de l’hôtel de ville au château de Schönbrunn.

Les dates changent d’une édition à l’autre ; mieux vaut les vérifier sur le site officiel de chaque marché avant de réserver. Pour comprendre d’où vient la tradition, un marché suffit à mon avis : Nuremberg, dont la chronique date chaque étape, de la boîte de 1678 au Christkind choisi par les habitants.

Questions fréquentes

Quel est le plus ancien marché de Noël d’Europe ?

Tout dépend de ce que l’on compte. Vienne fait remonter ses marchés de l’Avent à un marché de décembre privilégié par Albert Ier de Habsbourg en 1296. Dresde date son Striezelmarkt de 1434 : un marché d’un seul jour, tenu la veille de Noël. Nuremberg situe ses racines vers 1530 et en tient une preuve écrite de 1678, et Strasbourg revendique 1570, ce qui en fait le plus ancien de France.

Pourquoi les marchés de Noël s’appellent-ils Christkindlesmarkt en Allemagne ?

Le nom signifie marché de l’Enfant Jésus et date de la Réforme. Avant elle, les cadeaux venaient de saint Nicolas le 6 décembre ; les protestants, qui refusaient le culte des saints, ont confié ce rôle au Christkind. À Strasbourg, le marché de la Saint-Nicolas, interdit après la Réforme, renaît en 1570 sous le nom de Christkindelsmärik.

Quand ouvre le marché de Noël de Nuremberg ?

Depuis 1973, le Christkindlesmarkt ouvre le vendredi qui précède le premier dimanche de l’Avent. Il ouvrait auparavant le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe ; la ville a avancé la date pour mieux répartir les visiteurs. L’ouverture se fait par un prologue récité par le Christkind, une jeune fille de Nuremberg choisie par les habitants depuis 1969.

Depuis quand Strasbourg est-elle la capitale de Noël ?

L’appellation date de 1991, selon la Ville de Strasbourg. Le marché lui-même, le Christkindelsmärik, remonte à 1570 et s’est installé place Broglie en 1871. Au fil du XIXe siècle, il a fusionné avec une foire qui commençait le 26 décembre, puis s’est étendu sur tout l’Avent et jusqu’en janvier.

Que veut dire Striezelmarkt ?

Striezelmarkt signifie marché du Striezel, la brioche de Noël de Dresde, que l’on appelle aussi Stollen. Dès 1471, le conseil de la ville en offrait aux pauvres et aux malades des hospices, et vers 1500 le marché, tenu le lundi précédant Noël, prend le nom de Striezelmontag.

Le magazine

Les cinq rubriques

Deux bougies de cire allumées parmi des noix et des pommes de pin dorées, dans la pénombre

Histoire de Noël

Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.

Deux verres de vin chaud vus du dessus, avec bâton de cannelle, anis étoilé, canneberges et rondelle d'orange, près d'oranges tranchées et d'un brin de romarin

Noël en France

La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.

Grands sapins lumineux surmontés d'étoiles devant des façades soulignées d'ampoules, sous la neige, la nuit en ville

Noël dans le monde

Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.

Bractées rouge vif d'un poinsettia en gros plan, autour des petites fleurs vertes du cœur de la plante

Symboles et coutumes

Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.