Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Noël dans le monde
Le matin du 25 décembre, les enfants scandinaves ont déjà ouvert leurs cadeaux : dans tous les pays nordiques, Noël se fête d’abord le soir du 24, quand la famille se retrouve autour du repas. Le reste change d’un pays à l’autre, du buffet suédois au lutin d’étable norvégien, de la Paix de Noël proclamée en Finlande aux treize garçons de Noël d’Islande.
Au sens strict, la Scandinavie réunit la Suède, la Norvège et le Danemark ; la Finlande et l’Islande, pays nordiques, partagent une bonne part de leurs coutumes de Noël. Toutes mêlent des couches d’époques différentes : rites chrétiens, usages paysans, emprunts à l’Allemagne et culture populaire moderne.
| Pays | Moment fort | À table | Figure de Noël | Coutume à retenir |
|---|---|---|---|---|
| Suède | Le 24 décembre | Le julbord : jambon, boulettes, hareng | Le jultomten | Donald Duck à la télévision, à 15 heures |
| Norvège | Le 24 décembre | Ribbe, pinnekjøtt, lutefisk | Le fjøsnisse, lutin de l’étable | Le bol de bouillie de riz porté à l’étable |
| Danemark | Le soir du 24, autour du sapin | Douceurs et gâteaux | Les cœurs de papier tressés | |
| Finlande | Le 24 décembre à midi | La Paix de Noël proclamée à Turku | ||
| Islande | Les treize nuits avant Noël | L’agneau fumé | Les treize garçons de Noël | La chaussure posée sur le rebord de la fenêtre |
Le soir du 24 décembre est le sommet du Noël nordique. Le Nordiska museet de Stockholm, musée d’histoire culturelle des pays nordiques, le dit en une phrase : « Christmas Eve on 24 December is the highlight of the Nordic Christmas tradition. » Le musée relie cette préférence pour la veille à la manière dont on comptait les jours il y a plusieurs siècles.
Dans la société paysanne, la veille de Noël était le jour le plus important et le plus solennel de l’année. Le bois était rentré, les outils rangés, l’abri des bêtes nettoyé et la table dressée avant que la fête commence. Par endroits, on répandait sur le sol une paille particulière que l’on appelait julglädjen, la joie de Noël.
La Suède a gardé ce calendrier. Pour Visit Sweden, l’office suédois du tourisme, « In Sweden, 24 December is the main day for celebrating Christmas, the most important family holiday of the year. » L’attente commence bien avant : étoiles de papier et chandeliers de l’Avent aux fenêtres, calendrier dès le 1er décembre, une nouvelle bougie allumée chaque dimanche de l’Avent, puis, le 13 décembre, la procession de Lucia, à laquelle nous consacrons un article sur la Sainte-Lucie et sa fête des lumières.
Les Scandinaves ne disent pas Noël mais jul, et l’origine du mot divise les sources. Le Nordiska museet reste prudent : jul viendrait probablement d’un mot du vieux suédois lié à l’idée de festin ou d’invitation, et le lien entre Noël et de supposées fêtes nordiques du milieu de l’hiver, antérieures au christianisme, reste incertain. Autrefois, précise le musée, on ne disait pas célébrer Noël mais « dricka jul », littéralement boire Noël.
Visit Norway, l’office norvégien du tourisme, est plus affirmatif : le mot jul est antérieur à l’arrivée du christianisme, et si l’on sait peu de choses des fêtes des anciens païens, on sait qu’ils y sacrifiaient des animaux. Les deux lectures ne se contredisent pas tout à fait, mais elles montrent qu’un musée et un office du tourisme ne racontent pas le passé avec la même prudence. Pour ma part, je retiens celle du musée : le mot est ancien, sa signification païenne l’est beaucoup moins sûrement.
Les Scandinaves ne disent pas Noël mais jul, et l’origine du mot divise les sources.
Le reste du Noël nordique est un assemblage d’époques. Le sapin, par exemple, arrive en Suède au XVIIe siècle par l’Allemagne, à la faveur des guerres d’expansion suédoises. D’abord réservé aux familles nobles, il apparaît en plein air chez les fermiers aisés au XVIIIe siècle, se répand à la fin du XIXe siècle et ne connaît sa vraie percée qu’après la Seconde Guerre mondiale, selon le Nordiska museet. Ses débuts en Alsace et en Allemagne sont racontés dans cinq siècles d’histoire du sapin de Noël.
Le Père Noël suédois est un mélange. Selon le Nordiska museet, il combine des traditions européennes et une figure nordique, le gårdstomte, l’esprit de la ferme. Ce petit être d’apparence humaine protégeait la ferme et ses bêtes ; son nom vient de tomt, le terrain. Il ne donnait pas de cadeaux : invisible, il veillait, et celui qui négligeait les animaux pouvait recevoir une gifle. C’est à lui que l’on laisse traditionnellement une bouillie de Noël. Au XIXe siècle, les illustrations de l’artiste Jenny Nyström ont façonné l’image du Père Noël suédois à partir de cet esprit de ferme.
Avant lui, aux XVIIe et XVIIIe siècles, le porteur de cadeaux était souvent le bouc de Noël. Figure effrayante associée au mal, il était aussi lié à saint Nicolas, qui paraissait dans les mystères médiévaux du 6 décembre avec un bouc en laisse, image du diable dompté. Le bouc de Noël ne survit plus guère que sous la forme d’une décoration de paille.
Le cadeau lui-même porte un nom qui raconte une farce. En Suède, on l’appelle julklapp : le mot vient de l’habitude de frapper à une porte le soir de Noël et d’y jeter un morceau de bois ou une poupée sculptée, en guise de cadeau pour rire. Le julklapp s’installe dans les foyers bourgeois au XIXe siècle. Aujourd’hui, raconte Visit Sweden, le jultomten distribue les cadeaux en personne, et la plaisanterie des adultes consiste à sortir chercher le journal pour revenir déguisé.
La Norvège a son propre lutin. Visit Norway présente le fjøsnisse, petit personnage semblable au Père Noël qui vit dans l’étable ; la tradition veut qu’on lui porte le soir du 24 décembre un bol de nissegrøt, une bouillie de riz. Le passage de ces esprits de ferme au Père Noël moderne se comprend mieux avec l’histoire du Père Noël, de l’évêque de Myre au personnage moderne.
Le repas du 24 décembre est le cœur de la fête, et chaque pays a sa table. En Suède, c’est le julbord, un buffet qui, selon Visit Sweden, va du jambon de Noël, le julskinka, aux boulettes de viande, au hareng mariné et à la salade de betterave, avec de plus en plus de plats végétariens. Au dessert vient le Ris à la Malta, un riz au lait à la vanille servi avec des quartiers d’orange ; côté boisson, on sert le julmust, un soda de saison.
La Norvège met le porc et l’agneau à l’honneur. Visit Norway cite trois plats : le ribbe, une poitrine de porc rôtie servie avec de la choucroute, des pommes de terre, des saucisses de Noël, des boulettes et une sauce ; le pinnekjøtt, des côtes d’agneau salées, séchées et parfois fumées ; et le lutefisk, un poisson séché que l’on fait tremper dans l’eau et la soude avant de le cuire au four, vieille méthode de conservation. La tradition exige aussi sept sortes de petits gâteaux de Noël, tous faits maison.
Le Grand Nord a donné à l’hiver un vêtement devenu symbole : le pull norvégien. L’office norvégien du tourisme consacre une page entière au tricot norvégien et rappelle que personne ne connaît l’âge exact de cet art, mais qu’il serait répandu en Norvège depuis le début du XVIe siècle, voire avant. L’industrie mécanisée du tricot démarre au XVIIIe siècle, et des motifs locaux se développent au point de faire partie, dans certains villages, du costume traditionnel.
Chaque région a son dessin : Setesdal, Telemark, Valdres, Lofoten, Fana, Haukeli ou Henningsvær ont leurs pulls. Les plus célèbres restent le motif Marius et la rose de Selbu, que l’on retrouve sur les moufles et les vestes de Selbu. Annemor Sundbø, que ses recherches sur l’histoire du tricot ont fait surnommer the mother of knitting, en donne la raison dans la page de Visit Norway sur le tricot : « I think Norwegian knitting is popular because our patterns are so distinctive that they've almost become national symbols. »
De ces motifs d’hiver aux pulls de fête, il n’y avait qu’un pas. Si l’idée vous tente pour les réveillons, Le Pull Moche (nous éditons aussi cette boutique) propose le pull norvégien en version pull de Noël ; pour une pièce de tradition, tricotée en laine sur le motif d’une vallée précise, mieux vaut vous adresser aux artisans norvégiens.
À 15 heures, le 24 décembre, une grande partie de la Suède regarde des dessins animés de Disney. L’émission s’appelle Kalle Anka och hans vänner önskar God Jul (Donald Duck et ses amis vous souhaitent un joyeux Noël). Selon le magazine Atlas Obscura, « about 40 percent of the country gathers round the squawk box on Christmas Eve », pour regarder Donald.
Les sources ne s’accordent pas sur la première diffusion : Atlas Obscura écrit que le programme passe chaque année depuis 1959, le Nordiska museet depuis 1960. Le magazine avance une explication simple : pendant des décennies, la Suède n’a eu que deux chaînes, et c’était le seul moment de l’année où l’on pouvait voir des dessins animés américains à la télévision. L’ethnologue Charlotte Hagström, de l’université de Lund, citée par le magazine, résume l’affaire : « It’s more like it’s a ritual to sit down with your family every year at the same time watching the same films. »
Pour Visit Sweden, une veille de Noël suédoise ne serait pas complète sans ce rendez-vous. Le rituel a changé de forme plus que de fonction : la famille se rassemble, à heure fixe, autour d’histoires qu’elle connaît par cœur.
La Finlande ouvre officiellement les fêtes par une proclamation. Selon Yle, la radiotélévision publique finlandaise, « The declaration ceremony is held every year at noon on Christmas Eve in the Old Great Square in Turku », l’ancienne capitale du pays, et Yle la retransmet en direct depuis 1983. La déclaration est lue en finnois et en suédois, puis suivie de l’hymne national dans les deux langues.
La tradition remonte au XIVe siècle. Pendant la période de la Paix de Noël, les délits étaient punis plus sévèrement qu’en temps ordinaire ; le texte menace toujours d’une peine aggravée, mais il n’a plus de conséquence juridique depuis 1889. Pour beaucoup de Finlandais, selon Yle, cette proclamation marque le vrai début des fêtes.
Le sapin danois a une histoire bien documentée. Selon le Nationalmuseet, le musée national du Danemark, la coutume d’un arbre décoré dans la maison vient d’Allemagne ; au début du XIXe siècle, elle reste surtout l’affaire de la noblesse et de la bourgeoisie, puis elle gagne les foyers ordinaires au fil du siècle. À la campagne, l’arbre remplace d’anciennes décorations de fête, comme les textiles blancs brodés que l’on suspendait.
Le musée prend l’exemple d’une famille aisée de meuniers de Fionie. Le soir de Noël, la famille et les domestiques qui n’étaient pas rentrés chez eux se réunissent autour de l’arbre, chantent des psaumes de Noël, mangent des douceurs et des gâteaux, et les enfants reçoivent leurs cadeaux, le plus souvent quelques jouets, des livres ou des vêtements.
Les décorations disent le reste. Au XIXe siècle, des fabricants allemands, notamment à Nuremberg, produisent des ornements de verre coloré, de fil métallique et de perles, largement exportés vers le Danemark. Dans beaucoup de foyers, on fabriquait aussi ses décorations : roses de papier de soie, et surtout cœurs tressés, paniers et cornets pour les friandises, que le musée juge indispensables.
L’Islande n’a pas un porteur de cadeaux, mais treize. D’après un article du Smithsonian Magazine sur les Yule Lads, les treize garçons de Noël, les jólasveinar, rendent visite aux enfants tour à tour pendant les treize nuits qui précèdent Noël. Chaque soir, les enfants posent leurs chaussures sur le rebord de la fenêtre : les sages y trouvent une friandise le lendemain matin, les autres une pomme de terre pourrie.
Ils n’ont pas toujours été aussi aimables. Mentionnés pour la première fois au XVIIe siècle, ils étaient d’abord décrits comme des trolls géants et balourds, fils de l’ogresse Grýla, qui descendait de sa montagne à Noël pour chercher les enfants désobéissants. Le chat de la famille, énorme, rôdait le soir du 24 et dévorait les enfants qui ne portaient pas au moins un vêtement neuf. La peur marchait si bien qu’en 1746, selon le magazine, un décret public interdit aux parents d’user de ces histoires pour effrayer leurs enfants.
Leurs noms disent leurs manies : le Lécheur de cuillères, le Racleur de marmites, le Claqueur de portes, le Chipeur de saucisses, le Renifleur de portes ou le Mendiant de chandelles, qui convoite les bougies pour leur lumière. Leur liste a été fixée en 1932 par un poème de Jóhannes úr Kötlum. Au XXe siècle, sous l’influence du Père Noël, les treize frères se sont adoucis, au point de devenir des porteurs de cadeaux. De tous les personnages de Noël du Nord, ce sont eux qui gardent le mieux la trace des vieilles peurs de l’hiver.
Dans les pays nordiques, la fête se concentre sur le soir du 24 décembre. Le Nordiska museet de Stockholm présente la veille de Noël comme le sommet de la tradition nordique, et Visit Sweden rappelle qu’en Suède, le 24 décembre est le jour principal de Noël. C’est ce soir-là que l’on prend le repas de fête et que l’on ouvre les cadeaux.
En Suède, le julbord est un buffet de jambon de Noël, de boulettes de viande, de hareng mariné et de salade de betterave, suivi du Ris à la Malta, un riz au lait à la vanille. En Norvège, Visit Norway cite le ribbe (poitrine de porc rôtie), le pinnekjøtt (côtes d’agneau salées et séchées) et le lutefisk, un poisson séché trempé dans la soude.
Depuis 1959 selon Atlas Obscura, ou 1960 selon le Nordiska museet, la télévision suédoise diffuse chaque 24 décembre à 15 heures un programme de dessins animés de Disney présenté par Donald Duck. Pendant des décennies, c’était le seul moment de l’année où l’on voyait ces dessins animés à la télévision. Environ 40 % du pays le regarde, selon Atlas Obscura.
En Suède, c’est le jultomten, un Père Noël qui mêle les traditions européennes et le gårdstomte, l’esprit protecteur de la ferme. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ce rôle revenait souvent au bouc de Noël. En Islande, treize garçons de Noël déposent une friandise dans les chaussures des enfants sages pendant les treize nuits qui précèdent Noël.
C’est une proclamation lue chaque 24 décembre à midi sur la Vieille Grande Place de Turku, en finnois et en suédois, et retransmise en direct par Yle depuis 1983. La tradition remonte au XIVe siècle : les délits commis pendant la Paix de Noël étaient punis plus sévèrement. Le texte n’a plus de conséquence juridique depuis 1889.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.
Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.
Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Sylvestre, douze jours de Noël, Épiphanie.