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D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Cabine téléphonique rouge miniature de style britannique abritant un Père Noël sous une neige artificielle, au milieu de bibelots d'antiquaire

Noël dans le monde

Noël en Angleterre : du Christmas pudding au Boxing Day

En Angleterre, Noël se fête d’abord le 25 décembre : le grand repas de famille se prend le jour même, et la fête se prolonge le lendemain, Boxing Day, férié dans tout le Royaume-Uni. Presque chaque rituel de ce Noël anglais a une date de naissance connue, souvent victorienne, et une institution qui en garde la trace.

  • 8 chapitres
  • 4 sources citées
  • 5 questions en fin de page
01

Le Noël anglais se vit le 25 décembre

Là où beaucoup de familles françaises concentrent la fête sur la soirée du 24, le Noël anglais culmine le 25, autour du Christmas dinner servi en milieu de journée. La veille, Christmas Eve, reste une soirée d’attente : les enfants suspendent leurs chaussettes, les stockings, que Father Christmas remplit pendant la nuit, et ils en découvrent le contenu au réveil.

Le menu du Christmas dinner suit un ordre bien établi. Une volaille rôtie, le plus souvent une dinde, des pommes de terre rôties, des choux de Bruxelles, des panais, une sauce aux airelles et le gravy, cette sauce tirée du jus de cuisson. Chacun porte sur la tête une couronne de papier sortie d’un cracker, et le dessert arrive en dernier : le Christmas pudding.

Father Christmas, le nom anglais du Père Noël, compte parmi les figures qui se sont fondues dans le Santa Claus venu d’Amérique. Pour suivre cette généalogie, de l’évêque de Myre aux illustrateurs new-yorkais, voyez comment saint Nicolas est devenu le Père Noël.

02

Stir-up Sunday, le dimanche où l’on prépare le pudding

Le Christmas pudding se prépare des semaines à l’avance, et la tradition en fixe même le jour : le Stir-up Sunday, dernier dimanche avant l’Avent. Le nom ne vient pas de la cuisine mais de la liturgie. Ce dimanche-là, la prière du jour du Book of Common Prayer, le livre de prières de l’Église d’Angleterre, commence par ces mots : « Stir up, we beseech thee, O Lord, the wills of thy faithful people ». Le texte se lit toujours dans la collecte du vingt-cinquième dimanche après la Trinité, publiée par l’Église d’Angleterre.

Le jeu de mots a fait le reste. Stir up signifie réveiller, mais to stir veut aussi dire remuer : entendue à l’office du matin, la formule rappelait qu’il était temps de remuer la pâte du pudding pour lui laisser le temps de mûrir avant Noël. L’usage veut que chaque membre de la maison tourne la cuillère à son tour en formulant un vœu, et qu’une pièce glissée dans la pâte porte chance à celui qui la trouve dans sa part.

Le pudding lui-même ne ressemble à aucun dessert français. C’est une pâte dense de raisins secs, d’écorces confites, de chapelure, de graisse et d’épices, cuite longuement à la vapeur, puis laissée à reposer jusqu’aux fêtes. Le jour de Noël, on le réchauffe et on l’apporte flambé, coiffé d’un brin de houx. Sa longue conservation explique qu’on puisse le préparer si tôt ; sa texture sombre et compacte surprend souvent les convives venus du continent.

03

La première carte de Noël est anglaise, et date de 1843

La carte de vœux de Noël est née à Londres en 1843, d’un problème de courrier en souffrance. Henry Cole, haut fonctionnaire, artisan de la réforme postale et futur premier directeur du Victoria and Albert Museum, croulait sous les lettres de fin d’année restées sans réponse. Comme le raconte le V&A, qui détient aujourd’hui la collection nationale de cartes de vœux, il demanda à son ami le peintre John Callcott Horsley de dessiner une carte qu’il n’aurait plus qu’à signer.

Le journal de Cole a gardé la date. À l’entrée du 17 décembre 1843, il note : « In the Evg Horsley came & brought his design for Christmas Cards ». Le dessin montre trois générations de la famille réunies autour de la table, encadrées de scènes de charité : on y nourrit ceux qui ont faim, on y habille ceux qui ont froid. Célébrer et donner : ce double message deviendra celui de toutes les cartes victoriennes.

L’opération commerciale, elle, ne fut pas un succès immédiat. Selon le Postal Museum de Londres, qui expose l’un des rares exemplaires conservés, le premier tirage comptait 1 000 cartes, lithographiées puis coloriées à la main, et Cole vendit celles dont il n’avait pas l’usage un shilling pièce, sous le pseudonyme de Felix Summerly. Le V&A juge ce prix élevé pour l’époque et parle d’un échec commercial : il faudra attendre les années 1870 pour que l’habitude s’installe vraiment.

La carte suit ensuite les progrès de l’imprimerie et de la poste. Une deuxième carte, dessinée par William Maw Egley, paraît en 1848 ; on l’a longtemps crue plus ancienne que celle de Horsley, parce que sa date avait été lue 1842. Vers 1879, l’éditeur Hildesheimer lance le « penny basket », un assortiment d’une douzaine de cartes vendu chez les buralistes, les drapiers et les marchands de jouets, et le Half Penny Post, en 1894, fait de la carte postale, moins chère à acheter comme à envoyer, le format le plus répandu.

Le geste pratique de Cole est devenu une habitude de masse. Le V&A estime à environ un milliard le nombre de cartes de Noël achetées chaque année au Royaume-Uni, et rapporte qu’un exemplaire de la première carte s’est vendu 22 000 livres aux enchères en 2013. Le musée conserve lui-même plus de 30 000 cartes de vœux, dont plus de la moitié célèbrent Noël.

En 1843, l’année même de la première carte, Charles Dickens publie A Christmas Carol. Dans ces mêmes années 1840, le prince Albert, époux de la reine Victoria, fait connaître au public britannique plusieurs coutumes allemandes, dont l’arbre décoré. Le Noël anglais doit beaucoup à ces traditions de Noël venues d’Allemagne, et le sapin des Windsor a joué son rôle dans la conquête de l’Europe par le sapin décoré.

04

Houx, rouges-gorges et paysages de neige : l’imagerie victorienne

Les cartes victoriennes ont fixé l’imagerie de Noël que l’on retrouve aujourd’hui sur les emballages, les vitrines et les vêtements. Entre 1860 et 1890, âge d’or de la carte selon le V&A, la chromolithographie, les encres métalliques et la découpe permettent de multiplier les modèles : rouges-gorges, houx, feuillages persistants, églises de campagne sous la neige, mais aussi le sapin qu’on décore, le repas, les jeux d’enfants, les personnages de pantomime et les crackers. Le collectionneur George Buday, qui a légué sa collection au musée, voyait dans cet engouement la naissance d’un art populaire. Au tournant du siècle, une carte montre même Father Christmas filant dans la neige à bicyclette, la machine à la mode du moment.

Le pull de Noël à motifs, le Christmas jumper que les Britanniques enfilent volontiers pendant les fêtes, puise dans ce même répertoire de flocons, de sapins et de silhouettes festives. Le Pull Moche, boutique publiée par le même éditeur que ce site, a consacré une page entière à l’histoire du Christmas jumper, pour qui voudrait suivre ce fil de laine jusqu’au bout.

Les cartes victoriennes ont fixé l’imagerie de Noël que l’on retrouve aujourd’hui sur les emballages, les vitrines et les vêtements.

05

Le cracker, de la papillote parisienne au claquement de table

Le Christmas cracker, ce tube de papier que deux convives tirent chacun par un bout jusqu’à ce qu’il claque, est une invention londonienne. L’histoire du cracker retracée par le V&A commence chez Tom Smith (1823-1869), confiseur et pâtissier installé dans les années 1840 sur Goswell Road, à Clerkenwell. L’idée lui vient de France : « On a trip to Paris he discovered the French 'bon bon', a sugared almond wrapped in a twist of tissue paper. » Une dragée dans un papier de soie torsadé, voilà l’ancêtre du cracker.

Smith glisse d’abord une petite devise amoureuse dans l’emballage, pour vendre ses bonbons en dehors des fêtes. Le claquement, dit-on, lui aurait été inspiré par le crépitement d’un feu de bois. Il dépose un premier brevet en 1847 et perfectionne le mécanisme dans les années 1860 : deux fines bandes de papier superposées, l’une enduite de fulminate d’argent, l’autre rugueuse, dont le frottement produit la petite détonation. Son fils Walter ajoute les chapeaux de papier et fait venir de menus cadeaux d’Europe, d’Amérique et du Japon.

Le succès transforme l’atelier en fabrique. D’après le musée, l’entreprise emploie 2 000 personnes dans les années 1890, dont beaucoup d’ouvrières, et produit encore 30 000 crackers par semaine dans les années 1950 et 1960. Le rituel de table n’a guère changé depuis : on tire, on déplie la couronne de papier, on lit à voix haute la devise ou la plaisanterie imprimée, et l’on garde le petit objet.

06

Le message royal de Noël, depuis 1932

Le message du souverain le jour de Noël remonte à 1932. Le site officiel de la famille royale en retrace les débuts : l’idée revient à Sir John Reith, le fondateur de la BBC, qui voulait inaugurer l’Empire Service, devenu le BBC World Service. Le 25 décembre 1932, George V parle à la radio depuis un petit bureau de Sandringham.

Le texte de ce premier message avait été écrit par Rudyard Kipling. Il s’ouvre sur une phrase restée célèbre : « I speak now from my home and from my heart to you all. » Le roi s’adressait ensuite aux hommes et aux femmes isolés par la neige, le désert ou la mer, que seules des voix venues des airs pouvaient atteindre. Le message royal est resté depuis l’un des rendez-vous fixes du 25 décembre britannique.

07

Boxing Day, le 26 décembre férié

Le 26 décembre s’appelle Boxing Day, et c’est un jour férié. Le calendrier officiel des jours fériés britanniques l’inscrit à la suite de Christmas Day en Angleterre et au pays de Galles, en Écosse comme en Irlande du Nord. Quand il tombe un samedi ou un dimanche, la règle est simple : « If a bank holiday is on a weekend, a ‘substitute’ weekday becomes a bank holiday, normally the following Monday. » Le lendemain de Noël n’est donc jamais perdu.

Le nom renvoie aux boxes, les étrennes de Noël que l’on remettait à ceux qui vous avaient servi toute l’année : c’est l’explication la plus souvent donnée, et les archives de la poste britannique montrent combien ces gratifications comptaient. Le Postal Museum a exhumé l’affaire des Christmas boxes des facteurs : un usage décrit comme immémorial, que le directeur général des Postes, Lord Hardwicke, voulut interdire en juillet 1852 en défendant aux agents de les solliciter auprès du public. La mesure souleva une vague de protestations, 369 pétitions parvinrent à l’administration, et les facteurs de Londres, d’Édimbourg et de Dublin obtinrent d’être exemptés.

Les sommes en jeu expliquent cette colère. En août 1852, deux responsables de la poste londonienne écrivaient que plus de 1 300 facteurs se partageaient ces gratifications, pour un total d’au moins 8 000 livres par an. À Leeds, les facteurs chiffraient la perte à deux ou trois shillings par semaine, une réduction sérieuse pour des salaires déjà modestes, à une époque où ni retraite ni congés payés ne les protégeaient.

Le 26 décembre est aussi, dans le calendrier chrétien, la fête de saint Étienne, le premier martyr. Aujourd’hui, Boxing Day est un jour de promenade, de matchs de football et de restes du repas de la veille, et pour beaucoup de Britanniques le premier jour des soldes d’hiver.

08

Mince pies, pantomime et Twelfth Night : une saison entière

Le Noël anglais ne tient pas en deux jours. Pendant tout décembre, on sert des mince pies, petites tartelettes fourrées d’un mélange de fruits secs et d’épices, et l’on emmène les enfants à la pantomime, un spectacle familial qui détourne les contes, Cendrillon, Aladin ou Jack et le haricot magique, avec des rôles travestis et un public invité à répondre aux comédiens.

Les carols, ces chants de Noël repris par les chorales de rue comme par les offices du soir, accompagnent toute la saison. La fête se referme avec Twelfth Night, la douzième nuit, date à laquelle l’usage veut que l’on décroche les décorations. Ce cycle, commun à une bonne partie de l’Europe, est raconté dans notre article sur les douze jours qui séparent Noël de l’Épiphanie.

Questions fréquentes

Quand les Anglais fêtent-ils Noël ?

Le temps fort du Noël anglais est le 25 décembre, avec le Christmas dinner pris en famille en milieu de journée. La soirée du 24, Christmas Eve, est surtout celle où l’on suspend les chaussettes que Father Christmas remplira dans la nuit. Le 26 décembre, Boxing Day, est férié dans tout le Royaume-Uni, ce qui prolonge la fête d’une journée.

Pourquoi le Christmas pudding se prépare-t-il en novembre ?

Le pudding se prépare traditionnellement le Stir-up Sunday, dernier dimanche avant l’Avent, qui tombe fin novembre. Le nom vient de la prière de ce dimanche dans le Book of Common Prayer, qui commence par « Stir up », un appel à réveiller la volonté des fidèles. Le verbe to stir signifiant aussi remuer, la formule est devenue le signal pour mélanger la pâte, qui a ensuite plusieurs semaines pour mûrir.

D’où vient le nom de Boxing Day ?

L’explication la plus souvent donnée rattache Boxing Day aux Christmas boxes, les étrennes que l’on remettait à Noël aux domestiques, aux artisans et aux employés qui avaient rendu service toute l’année. Les archives du Postal Museum montrent l’importance de ces gratifications pour les facteurs victoriens : quand l’administration voulut en interdire la sollicitation en 1852, des centaines de pétitions affluèrent.

Qui a envoyé la première carte de Noël ?

La première carte de Noël commerciale a été commandée à Londres en 1843 par Henry Cole, futur premier directeur du Victoria and Albert Museum. Le dessin est du peintre John Callcott Horsley : une famille réunie autour de la table, entourée de scènes de charité. Le premier tirage comptait 1 000 exemplaires, lithographiés et coloriés à la main.

Qui a inventé le Christmas cracker ?

Le cracker a été inventé par Tom Smith, confiseur londonien installé à Clerkenwell dans les années 1840. Inspiré par les papillotes découvertes à Paris, il ajoute une devise à ses bonbons, puis le petit claquement, breveté en 1847 et perfectionné dans les années 1860. Son fils Walter y ajoute les chapeaux de papier.

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