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D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Pierogi crus façonnés à la main, alignés sur une planche farinée, à côté d'un rouleau à pâtisserie en bois

Noël dans le monde

Noël en Pologne : la Wigilia et ses douze plats

Une première étoile guettée dans le ciel, une fine hostie de Noël, l’opłatek, partagée entre convives, un couvert laissé vide : ainsi commence la Wigilia, le grand repas de Noël que la Pologne sert le 24 décembre au soir. Ce souper sans viande compte douze plats, et presque chaque geste y a un sens.

  • 8 chapitres
  • 4 sources citées
  • 4 questions en fin de page

Wigilia signifie veille. National Geographic Traveller la présente comme la fête la plus attendue de l’année en Pologne, et le repas de la veille de Noël comme le plus grand festin de l’année, partagé entre proches, de la soupe aux gâteaux.

01

Pourquoi le repas attend la première étoile

Le repas de la Wigilia ne commence pas à une heure fixe, mais quand la première étoile devient visible. National Geographic énonce la règle telle quelle, en y joignant le sens du chiffre douze.

When the first star is visible in the sky, the meal can begin, with the 12 courses representing the 12 apostles and the 12 months of the year.

Ren Behan, « How to celebrate Christmas, Polish style », National Geographic Traveller (UK)

Ce sont souvent les enfants qui guettent le ciel et donnent le signal. Dans la tradition chrétienne, cette étoile rappelle celle qui, selon l’Évangile de Matthieu, guide les mages vers Bethléem. En France, la veillée du 24 a d’autres rites, racontés dans la veillée de Noël et ses rituels en famille.

02

L’opłatek, l’hostie que l’on rompt avant le repas

Avant la première bouchée, la famille partage l’opłatek, une hostie de Noël. Le guide In Your Pocket de Varsovie en donne le sens : les douze plats honorent les douze apôtres, et l’opłatek est la part du treizième, Jésus. « This is why, before the feast kicks off, the family shares the opłatek - the Christmas wafer », écrit-il.

Le geste se fait de personne à personne. Chacun va vers chacun des autres, lui adresse un vœu de bonheur pour l’année qui vient, rompt un morceau de son hostie et le mange, puis l’on s’embrasse sur la joue, une fois ou trois. Le guide reconnaît que ce moment intime peut sembler un peu gauche à qui ne parle pas polonais ; pour les familles, c’est l’ouverture solennelle de la soirée.

03

Le foin sous la nappe et le couvert pour le voyageur

Toutes ces versions disent la même chose : le soir de Noël, la table polonaise reste ouverte à celui qui frappe à la porte.

Deux détails se remarquent avant même que l’on s’asseye. D’abord, un peu de foin glissé sous la nappe, qui rappelle la mangeoire de Bethléem où l’Enfant fut couché. Ensuite, un couvert de plus, dressé pour un invité que personne n’attend.

Qui est cet invité ? Les récits varient. National Geographic parle d’une place pour l’« unknown guest », l’invité inconnu ; In Your Pocket énumère le voyageur affamé, l’Enfant Jésus lui-même ou un parent disparu, « whoever arrives first ». Toutes ces versions disent la même chose : le soir de Noël, la table polonaise reste ouverte à celui qui frappe à la porte.

04

Douze plats, pour les douze apôtres et les douze mois

Le chiffre douze est la signature de la Wigilia. National Geographic y lit les douze apôtres et les douze mois de l’année ; In Your Pocket retient les apôtres et ajoute une croyance populaire : goûter un peu de chaque plat serait une manière de saluer chacun d’eux, et plus on mange, plus l’année qui vient sera prospère.

Le compte n’obéit pas à une liste figée. Les douze plats varient d’une famille à l’autre et d’une région de Pologne à l’autre, et une soupe, un gâteau ou une compote comptent chacun pour un. La Provence connaît un rituel voisin, avec un autre chiffre : les 13 desserts de Noël en Provence, eux aussi servis le soir du 24.

Le repas est entièrement maigre. S’abstenir de viande à certaines périodes de l’année est une observance catholique, rappelle In Your Pocket, et le poisson n’y est pas compté comme viande : voilà pourquoi la carpe et le hareng tiennent le haut de la table.

06

La carpe, et pourquoi elle nageait dans la baignoire

La carpe est le poisson emblématique de la Wigilia. Pendant la période communiste, raconte In Your Pocket, les pénuries obligeaient à acheter le poisson plusieurs jours à l’avance et à le garder vivant jusqu’au jour du repas : la carpe nageait alors dans la baignoire familiale avant d’être tuée, préparée et cuite pour le 24. Aujourd’hui, les marchands de carpes se chargent volontiers de cette dernière étape pour leurs clients.

La carpe n’a pourtant plus le monopole. National Geographic note que les Polonais d’un certain âge se souviennent d’une carpe choisie pour sa fraîcheur et son prix modeste, panée et frite au beurre, mais que les tables d’aujourd’hui servent aussi du cabillaud sur un lit de carottes ou de la brème au four avec un beurre à l’aneth.

07

Après le repas : cadeaux, chants et messe de minuit

La Wigilia se termine en chansons et en cadeaux. Selon In Your Pocket, on découvre alors que, pendant le repas, un ange a déposé les cadeaux sous le sapin ; saint Nicolas, qui a déjà eu sa fête, n’y est pour rien. Sur le personnage et ses traditions du début décembre, voyez la Saint-Nicolas du 6 décembre.

Viennent ensuite les chants de Noël, puis beaucoup de familles sortent pour la messe de minuit. National Geographic décrit la Wigilia comme un repas de famille calme : l’essentiel se joue autour de la table, dans le partage.

08

Les szopki de Cracovie, crèches inscrites à l’UNESCO

À Cracovie, Noël a aussi ses crèches : les szopki, des constructions légères et colorées où la Nativité est entourée des maisons et des monuments de la ville. L’UNESCO a inscrit cette tradition en 2018 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, et en décrit le rendez-vous annuel : « On the first Thursday of every December, makers gather on Krakow Main Square to present their work ». Le Musée historique de la ville rend ensuite les œuvres accessibles au public de décembre à février.

La tradition est née au XIXe siècle chez les maçons des faubourgs de Cracovie, privés de chantiers pendant l’hiver. L’office de tourisme de Petite-Pologne attribue le modèle à Michał Ezenkier, maçon et potier de Krowodrza, qui promène sa crèche chaque hiver à travers la ville à partir de 1864 ; ses tours et ses coupoles, inspirées du château du Wawel et du clocher de la basilique Sainte-Marie, ont fixé le style. La même source rappelle que les crèches de Cracovie étaient entrées dès 2014 sur la liste nationale polonaise du patrimoine immatériel.

Le concours actuel remonte à 1937 : 86 artisans avaient alors apporté leur crèche au pied du monument à Adam Mickiewicz. Organisé par le Musée de la ville de Cracovie depuis 1946, il n’a été interrompu que par l’occupation nazie. Certaines szopki mettent en scène, à côté de la Sainte Famille, des figures cracoviennes comme le Lajkonik ou le dragon du Wawel, et les rois mages n’y apparaissent qu’à partir du 6 janvier.

Questions fréquentes

Pourquoi y a-t-il douze plats à la Wigilia ?

Les douze plats de la Wigilia représentent les douze apôtres et, selon National Geographic Traveller, les douze mois de l’année. La liste exacte change d’une famille et d’une région à l’autre : une soupe, un gâteau ou une compote comptent chacun pour un. Une croyance populaire veut que goûter à chaque plat porte chance pour l’année qui vient.

Pourquoi met-on un couvert en plus à Noël en Pologne ?

Le couvert supplémentaire de la Wigilia est réservé à un invité inattendu. Selon les récits, c’est le voyageur affamé, l’Enfant Jésus ou un parent disparu. Le geste signifie que, le soir de Noël, la table reste ouverte à qui frappe à la porte.

Qu’est-ce que l’opłatek ?

L’opłatek est une fine hostie de Noël que la famille polonaise partage avant le repas de la Wigilia. Chacun va vers chacun des autres, lui souhaite une bonne année, rompt un morceau de son hostie et le mange, puis l’on s’embrasse. Selon le guide In Your Pocket, l’opłatek honore Jésus, quand les douze plats honorent les apôtres.

Mange-t-on de la viande au repas de Noël polonais ?

Non, la Wigilia est un repas maigre : aucun des plats traditionnels ne contient de viande, conformément à une observance catholique. Le poisson n’étant pas compté comme viande, la carpe et le hareng tiennent le haut de la table, avec les soupes, les pierogi au chou et aux champignons et les desserts au pavot.

Le magazine

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Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.

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La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.

Grands sapins lumineux surmontés d'étoiles devant des façades soulignées d'ampoules, sous la neige, la nuit en ville

Noël dans le monde

Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.

Bractées rouge vif d'un poinsettia en gros plan, autour des petites fleurs vertes du cœur de la plante

Symboles et coutumes

Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.