Histoire de Noël
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
D’où viennent nos traditions de Noël, ici et ailleurs

Noël dans le monde
Un tirage de loterie pour ouvrir les fêtes, une cavalcade de rois pour les fermer : c’est le cadre du Noël espagnol. Entre les deux prennent place la Nochebuena du 24 décembre, les raisins du 31 et, en Catalogne, une bûche que les enfants frappent à coups de bâton pour qu’elle leur donne des cadeaux.
Pour beaucoup d’enfants espagnols, le grand jour des cadeaux n’est d’ailleurs pas le 25 décembre, mais le 6 janvier, jour des Rois. Ce calendrier très étiré dit quelque chose de l’Espagne : Noël y est moins une journée qu’une saison, où la rue compte autant que la maison. Voici ses grands rendez-vous, et d’où ils viennent.
Les fêtes espagnoles suivent un ordre que presque tout le pays partage, même si chaque région y ajoute ses couleurs :
Une chose n’a pas changé depuis les débuts : ce sont des enfants du collège madrilène de San Ildefonso qui tirent les numéros et les chantent. La coutume est même plus ancienne que la loterie de Cadix. Selon Telemadrid, le premier enfant de San Ildefonso à chanter les numéros et les gains, un certain Diego López, officiait dès 1771, pour la loterie lancée par le roi Charles III sur le modèle de celle qu’il avait connue à Naples.
Cette loterie plus ancienne, la Lotería Primitiva, avait le même but que celle de 1812 : alimenter les caisses de l’État sans créer d’impôt. Le tirage de Noël a donc hérité à la fois d’une idée fiscale du XVIIIe siècle et d’une voix d’enfant, et c’est cette voix, chantant les numéros un à un, que l’Espagne associe au début des fêtes.
Sur la table espagnole des fêtes, le turrón tient la place d’honneur parmi les douceurs. Cette confiserie d’amandes et de miel se décline en deux grands styles : le turrón de Jijona, tendre, aux amandes broyées, et le turrón d’Alicante, dur, aux amandes entières. L’un et l’autre sont des indications géographiques protégées, les IGP Jijona et Turrón de Alicante.
Le Consejo Regulador des IGP Jijona et Turrón de Alicante décrit ainsi sa mission : l’organisme « vela especialmente por la promoción y propaganda de los productos amparados », c’est-à-dire qu’il veille à la promotion des produits protégés, mais aussi à la défense des appellations, à l’application de leur règlement et au contrôle de la qualité des turrons élaborés à Jijona. Il dépend de l’administration agricole de la région, qui encadre les contrôles de qualité nécessaires à la certification.
Si vous achetez du turrón pour les fêtes, l’indication géographique inscrite sur l’emballage vous dit donc deux choses : le style de la confiserie, tendre ou dur, et le fait qu’elle a été contrôlée par ce conseil régulateur. À côté du turrón, les polvorones et les mantecados, petits sablés qui s’effritent sous la dent, accompagnent le café des après-midi de fête.
La Catalogne a un personnage de Noël qui déroute les visiteurs : le Tió, une bûche. Dans beaucoup de familles, on l’installe à la maison dès le début de décembre, on lui dessine un visage, on le couvre d’une couverture pour qu’il n’ait pas froid et on le nourrit chaque soir. À Noël, les enfants le frappent à coups de bâton en chantant une chanson qui lui ordonne de « caguer » ; sous la couverture, ils découvrent alors des friandises et de petits cadeaux.
Le rite existe aussi sur la place publique. Le catalogue du patrimoine festif de la Generalitat de Catalunya décrit celui d’Arbúcies, dans la comarque de la Selva : sur la place de la Vila, on installe un tió géant, des joueurs de flabiol, la petite flûte catalane, jouent des airs, et « els nens van passant, fan cagar el tió i aquest els regala petits presents ». Autrement dit, les enfants passent à tour de rôle, font caguer le tió, et celui-ci leur offre de petits présents.
La Catalogne a un personnage de Noël qui déroute les visiteurs : le Tió, une bûche.
Le verbe est cru, et il est assumé. La crèche catalane cache d’ailleurs souvent un caganer, un petit personnage accroupi occupé à se soulager dans un coin du décor. Ces deux figures disent la même chose : en Catalogne, Noël sait rire de lui-même sans cesser d’être une fête de famille.
Le 5 janvier au soir, la plupart des villes d’Espagne ont leur cabalgata, le défilé des Rois mages. La plus ancienne se déroule à Alcoy, dans la province d’Alicante. Le portail du patrimoine culturel immatériel du ministère espagnol de la Culture en date ainsi les débuts : la cavalcade « se documenta por primera vez en el año 1866, si bien es a partir de 1885 cuando la Cabalgata adquiere las características que la definen ». Documentée pour la première fois en 1866, elle ne s’enracine qu’à partir de 1885, grâce à une société récréative locale, El Panerot.
Depuis 1885, une étoile ouvre le cortège pour montrer le chemin aux Mages, comme dans le récit évangélique, et les rois vont adorer l’Enfant dans une crèche dressée pour l’occasion. Le reste s’est ajouté par couches successives : en 1887, un télégramme affiché la veille annonce aux enfants l’arrivée imminente des rois ; en 1889 naît le défilé des petits bergers, Les pastoretes ; en 1924 apparaît le bando, la proclamation royale.
Le bando est le moment que les enfants d’Alcoy attendent le plus. Le 4 janvier, à la tombée de la nuit, un ambassadeur des rois parcourt les rues et déclame en valencien un poème qui annonce leur venue ; derrière lui avancent de petites ânesses conduites par des pages, chargées de boîtes aux lettres où les enfants glissent leurs lettres aux Rois. La fiche du ministère atteste cette coutume des lettres à Alcoy au moins depuis 1931.
Le 5 janvier, plus de mille personnes participent à la cavalcade, sur un parcours d’un peu plus de deux kilomètres et demi. Depuis le début des années 1970, les rois montent chameaux et dromadaires, et Balthazar, surnommé à Alcoy el Rei Negre, avance entre les deux autres au lieu de fermer la marche. Des dizaines de pages, munis d’échelles, distribuent les paquets. L’adoration devant la crèche se fait au son du Magnificat de Haendel, dans le fracas des cloches et des feux d’artifice ; le lendemain matin, les rois rendent visite aux résidents des établissements de soins de la ville qui n’ont pas pu voir le défilé.
Pour beaucoup de familles espagnoles, c’est le matin du 6 janvier que l’on ouvre les cadeaux, apportés par Melchior, Gaspard et Balthazar. La veille, les enfants laissent leurs chaussures bien en vue et, souvent, de quoi désaltérer les chameaux des rois. Le Père Noël, Papá Noel, s’est ajouté au calendrier, et bien des enfants reçoivent désormais des cadeaux aux deux dates. Pourquoi les Mages sont-ils devenus des porteurs de cadeaux ? C’est l’histoire que retrace notre article sur l’origine des cadeaux de Noël.
La journée se termine autour du roscón de Reyes, une brioche en couronne parfumée à la fleur d’oranger et décorée de fruits confits, qui cache une petite figurine et une fève. La tradition veut que celui qui trouve la figurine soit à l’honneur, et que celui qui tombe sur la fève paie le roscón. C’est un proche cousin de la couronne des rois que l’on mange dans le sud de la France, et un lointain parent de notre galette des rois.
Le 6 janvier referme ainsi la saison ouverte par la loterie. Entre les deux, l’Espagne a joué, chanté, partagé le turrón et suivi ses rois dans la rue : une manière de fêter Noël qui laisse une large place à la ville et aux enfants.
Le Gordo est le premier prix du Sorteo de Navidad, le tirage de la loterie de Noël espagnole, qui ouvre les fêtes quelques jours avant le 25 décembre. Le premier tirage de cette loterie moderne a eu lieu à Cadix le 18 décembre 1812, pour financer la guerre contre l’occupation française : le billet coûtait 40 réaux et le Gordo valait 8 000 pesos. Les numéros sont chantés par des enfants du collège madrilène de San Ildefonso.
Traditionnellement, ce sont les Rois mages, Melchior, Gaspard et Balthazar, qui apportent les cadeaux dans la nuit du 5 au 6 janvier, après les cavalcades du 5 au soir. Les enfants leur écrivent des lettres et laissent leurs chaussures en évidence. Le Père Noël, Papá Noel, s’est ajouté plus récemment, si bien que beaucoup d’enfants reçoivent des cadeaux le 25 décembre et le 6 janvier. En Catalogne, le Tió apporte aussi des friandises à Noël.
Le Tió de Nadal est une bûche au visage peint, tradition catalane de Noël. Les familles la couvrent d’une couverture et la nourrissent pendant l’Avent ; à Noël, les enfants la frappent à coups de bâton en chantant pour qu’elle « cague » des friandises et de petits cadeaux, cachés sous la couverture. Certaines communes, comme Arbúcies, installent un tió géant sur la place publique.
La cavalcade d’Alcoy, dans la province d’Alicante, est considérée comme la plus ancienne d’Espagne : documentée pour la première fois en 1866, elle prend à partir de 1885 la forme qui la caractérise encore. Elle se distingue par son bando du 4 janvier, où un ambassadeur des rois recueille les lettres des enfants dans des boîtes portées par des ânesses, et par ses pages qui distribuent les cadeaux à l’aide d’échelles.
Le magazine
Du calendrier romain de 354 au Père Noël new-yorkais : la fête, document par document.
La veillée du 24, les treize desserts, les bredele alsaciens, le Chanté Nwel des Antilles.
Wigilia en Pologne, Befana en Italie, Tió en Catalogne, poulet frit au Japon.
Le sapin, le gui, la bûche, le calendrier de l’Avent, les chants et la lettre au Père Noël.
Saint-Nicolas, Sainte-Lucie, Saint-Sylvestre, douze jours de Noël, Épiphanie.